Chronique, virgule

Chronique d'idées, de mots et d'humeurs : derrière la virgule, il y a toujours à lire...

18 novembre 2009

Citation

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Ce monde
n’irait pas si vite s’il n’était  constamment poursuivi
par la proximité de son effondrement.

Comité invisible - L'Insurrection qui vient

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16 novembre 2009

Chronique Virgule

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Tandis qu’un certain nombre de manuscrits s’accumulent au fond de mes tiroirs, que mon Auschwitz Karnaval se trouve pour la n-ième fois, grâce à Mû, entre les mains d’un éditeur, s’est dessiné un projet qui m’empêchera, je l’espère, de tourner en rond en me rongeant les ongles. Un projet qui me tient à cœur depuis que j’ai ouvert ce blog pour ne plus le lâcher, même si je m’en suis éloigné le temps d’un deuil.

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Mais voici que ce mot, deuil, me fait lever les yeux vers la photo de mon fils, que les larmes me montent aux yeux, que…

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Fi du chagrin, la douleur est en moi, il me faut vivre avec.

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Mon projet, donc…

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Rien de plus simple : je reprend les billets de Chronique Virgule, je les revois, je les retravaille et, s’ils ont conservé à mes yeux un intérêt quelconque, si j’estime qu’ils sont encore animés d’un soupçon de vie, je les mets en page.

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Alors voilà, les ayant virtuellement transportés, tous, dans un dossier virtuel  intitulé Blog Book, je viens de revoir le premier.

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Et j’ai trouvé le titre.

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14 novembre 2009

Le pignouf (copié-collé).

sarkozy

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Que peut-il ? Tout. Qu’a-t-il fait ? Rien.

Avec cette pleine puissance, en huit mois, un homme de génie

eût changé la face de la France, de l’Europe peut-être.

Seulement voilà, il a pris la France et ne sait qu’en faire.

Dieu sait pourtant que le président se démène :

il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ;

ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ;

c’est le mouvement perpétuel ;

mais hélas ! cette roue tourne à vide.

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L’homme qui, après sa prise du pouvoir, a épousé une princesse étrangère

est un carriériste avantageux.

Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots,

ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir.

Il a pour lui l’argent, l’agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort.

Il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse.

Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit,

et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve énorme,

il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise.

On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds,

lui rit au nez, la brave, la nie, l’insulte et la bafoue !

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Triste spectacle du galop que celui, à travers l’absurde,

d’un médiocre échappé.

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  Victor Hugo

  Napoléon le petit

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12 novembre 2009

Toilettage


Jiri_Kolar
Jiri Kolar - méthodes

 

      La vie est n’est pas simple. Disons que le manque de temps, à mettre en relation avec l’afflux des tâches à mener à bien, provoque chez tout individu l’équivalent de bouchon sur les routes. Ou encore que le poids des choses vous cloue le prosateur devant une montagne impossible à franchir. C’est ce qui m’est arrivé. Dégoûté par des actions militantes qui ne menaient nulle part, j’assistai au détricotage de mes illusions, et je voyais chronique virgule sombrer pareillement dans l’inexistence et l’oubli. Plus rien à vous offrir, plus le moindre carburant qui pût remettre en route la machine à écrire me trottant dans la tête. Donc ce réflexe de ma part : pour ne pas laisser ce blog se couvrir de poussière et de toiles d’araignées, lui confier quelques uns des tableaux de mon Karnaval. Ce que j’ai entrepris.

 

Et cela m’a réveillé.

Il n’est pas difficile choisir de une demi-douzaine de scènes, d’en extraire des passages susceptibles de communiquer l’envie de connaître la suite… En revanche, faire entrer un extrait de roman dans le cadre d’un blog est une autre histoire. Là, le billet doit se lire rapidement, 2000 signes me semblent le maximum. Or , aucun des passages que je jugeais dignes de vous être offerts n’entrait dans un tel cadre : tous s’étalaient sur plus ou moins trois pages, nécessitaient un résumé des précédents chapitres.

J’ai donc taillé dans le vif, supprimé l’inutile, et je me suis aperçu que non seulement ce travail me passionnait, mais que mon texte s’allégeait, montait d’un cran sur l’échelle du pouvoir et gagnait en puissance. Ainsi, j’ai songé que mon Karnaval de 305 pages profiterait on ne peut mieux d’un toilettage le ramenant aux alentours de 250. J’ai donc entrepris sa taille, éliminé nombre de ses adjectifs, raccourci certaines phrases, flanqué à la poubelle des élucubrations me semblant superflues.

Au final, une réduction de cinq petits pour cent…

 

Déçu ? Que nenni. Je viens de redécouvrir ce que je savais depuis longtemps : une œuvre de fiction a besoin d’espace, de surface, de temps, elle a besoin de dériver au vent de l’imaginaire. Pas le billet d’un bog, qui doit couper le souffle en plus de frapper l’esprit.

Auschwitz Karnaval compe à présent de 288 pages. Il restera ainsi.

 


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04 novembre 2009

Fin de Karnaval…

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En vertu de l’atavisme voulant que quiconque, même polyglotte, polydactyle ou polytechnicien, régresse devant l’image du Père, et quand bien même ce dernier aurait-il des allures de moins-que-rien, je dois avouer que le Führer a fortement impressionné les humbles Zigeuners, Juden, Musulmanner et Marxisten-Leninisten que nous redevînmes devant lui. Non par faiblesse de notre part, mais par l’effet de la flamme habitant le branquignol, la rage le maintenant dans un état de férocité dont aucun prédateur n’aurait pu se prévaloir. Car il était petit et plutôt mal fichu, le Terminator teuton. Membres fluets, front bas et pif de clown, moustaches à faire pleurer. En revanche deux yeux de sanglier, deux braises vous désignant l’enfer.

Heil Hitler ! nous sommes nous écriés. Mais le bougre, à deux doigts du cyanure par lequel il comptait échapper à ses juges, n’avait nulle envie de plaisanter.

— Wer sind Sie ? éructa-t-il de sa voix rocailleuse.

— Nous sommes ton pire cauchemar, mon chéri, lui susurra Guturdjieff.

Il a voulu rameuter les siens, mais il y avait longtemps que les siens s’étaient jetés dans les canots de sauvetage, et le seul spadassin à se manifester fut étendu d’une balle entre les yeux. Mais il fallut encore venir à bout de la mariée, laquelle réalisait, son époux n’ayant pas que des amis, qu’il était temps de sortir ses griffes. Vanité ! Kratzko abattit d’un seul ploc la dernière dame du Reich.

Vision sinistre que cette mariée vous fixant de son œil bleu, un coquelicot sur le chemisier. J’ai ramassé le bibi tombé à terre, le lui ai remis sur la tête et c’est à ce moment-là que son mari de la vingt-cinquième heure et son amant de douze années de gâchis eut cette réaction qui nous cloua sur place : frappant le béton de sa canne et trépignant au bord de l’hystérie, il se mit à hurler.

« Mon canard, tenta Mordekhaï, je vois que tu l’aimais, ta cocotte. Tu lui faisais son affaire un peu trop vite hélas, réalises-tu maintenant qu’elle te quitte — un si gentil petit lot !… Et te voici qui regrettes de n’avoir profité de son amour, de ses désirs de femme… Elle aurait tant aimé un enfant, un petit Adolf qui serait à son tour devenu un de ces preux que le monde réclame pour écraser les Freud, les Rothschild et les bon sang d’Einstein qui l’ont mené au mur ! Et qu’as-tu fait, au lieu d’honorer ta poulette ? Tu as terrorisé Einstein, tu as pourchassé Freud, tu as gaspillé ton charbon à les transporter, ton gaz à les éliminer, ton énergie à les refroidir. Et tout ça pour des cendres, celles qui recouvrent aujourd’hui, dans ton empire en vrac, ton peuple désormais errant ! Alors comment veux-tu, devant un tel manque de jugeote, qu'un rigolo de mon espèce parvienne à pardonner ?

» Et dire que tu projetais d’unifier l’Europe, de remettre Charlemagne en selle !…

» Putain la selle ! »

Nous avions en projet de l’abattre, de le balancer au diable…Dans le prolongement de cette vision, nous avons envisagé de le hisser au jour pour le ficeler à l’antenne radio de son trou de taupe, puis de lâcher le ballon qui la maintenait en l'air, de regarder s’élever le guignol qui allait fasciner Ouzbeks, Tabriskis et Mongols, les faire s'agenouiller, fermer un œil, amener ses gesticulations dans le réticule de leur viseur. Nous avons même pensé lui trancher les bretelles de façon que son pantalon, tombé sur ses godasses et le dénudant du bas, fît songer le sniper à quelque batracien mené au Nirvana par l'ange de la radiophonie… De fil en aiguille, nous en sommes arrivés à l’imbiber d’essence avant qu’il ne monte au ciel, à regarder les flammes lui lécher le fondement.

Mais voici que le drôle s’agitait, vagissait et bavait. Alors savez-vous ce qu’il a fait, Mordekhaï Kosteki ? Il a tiré son canif, s’est saisi d’une oreille, l'a tranchée et tendue à Panzer. Et comme Junkerine s’inquiétait de n’avoir rien reçu, il a tranché la seconde et la lui a offerte. Nous naviguions en plein surréalisme, du côté de la névrose.

— Tu as tout de Van Gogh, mon lapin, s’amusa Mordekhaï, le couronnant d’une rose tombée de la coiffe de la mariée..

— Et du Kandinsky de foire du Trône, renchérit Kratzko en le barbouillant de rouge… Mais trêve de plaisanteries, passons à la sentence….

Pour éviter que le sang ne lui obstruât les conduits et ne l’empêchât de saisir nos propos, Mordekhaï avait plaqué sur son visage un linge d’où émergeaient deux entonnoirs de fer remplaçant les oreilles. Kratzko de son côté, pour interdire au délinquant de perturber le verdict par la sempiternelle mise en accusation de son état-major, lui avait cloué le bec d'une bande de chatterton. Inspiré à son tour, Ladislav l’avait si bien ficelé que feu le maître du monde, la tête sur le billot, ressemblait à ce point à l’Agneau que nous serions tombés à genoux, le front levé vers le Seigneur. Mais ce n’était là que manière du démon de faire trembler nos âmes, et la Cour poursuivit.

« Hitler Adolf ici présent, en application de la loi du talion, de nombreux yeux réclament tes yeux, de nombreuses dents tes crocs, et des millions de squelettes souhaitent qu’on te désosse. »

» Maintenant vois Abdul, prince des Romanichels, qui t’offre ce dernier plaisir, le godet de l’adieu — moitié carburant de V1, moitié poudre à canon rehaussée de graisse de char, avec un soupçon de cet alcool de synthèse dont ta Buna a débordé… — goûte-moi ça, une merveille !

Il a goûté, il a même englouti, Mordekhaï ceinturant l’animal, Guturdjieff lui enfonçant un troisième entonnoir dans le gosier, Cabriolet lui bouchant les narines pendant que j'inclinais le bidon. Kratzko pendant ce temps, accompagné des chiens de la solution finale, contraignait à reculer trois blattes lancées dans une opération Ardennes : le secrétaire particulier du commandant suprême, un certain Bormann, accompagné d’un Goebbels pantelant suivi de son épouse, ex-tragédienne qui venait de suicider leurs mômes. Elle a reçu elle aussi son pruneau dans la couenne, a porté une main blanche à son cœur, a cherché le soutien de son seigneur. Mais son seigneur ne l’avait pas attendue, qui gisait à ses pieds. Silencieusement, d’un beau et lent mouvement coulé, elle l’a alors rejoint, et c’en fut terminé des blattes.


Avant de regagner l’air libre, nous saisimes encore le Führer, ainsi que sa moitié …

Pardon, c’est trop épouvantable,      

je ne puis continuer

j’arrêterai là,

merci.                                                Hitler_froiss__

 

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03 novembre 2009

Vers les entrailles du globe.

PerleTotenkopf

  Perle Totenkopf - photo X.

Un coup de chiffon suffit à rendre à nos bottes le brillant des beaux jours, et le brossage de nos uniformes à les débarrasser de la poussière risquant d’indisposer le Pouvoir.

Et voilà ! Serviteurs inconditionnels d’un régime en javelle, officiers demeurés à leur poste malgré que tout fût en vrac et que la fierté allemande fût passée à la trappe, nous avons investi, dans la carcasse de la Chancellerie, une salle dont le gigantisme tenait lieu de mouroir à un millier de S.S. sérieusement amochés, dont le remugle des blessures faillit nous jeter bas.

— Courage, kameraden, s’écria Mordekhaï, pris soudain du désir de dynamiser le bataillon s’en allant au cimetière. Courage, Spetznazen und Schweinen ! De nouvelles armes, vous entendez, de nouvelles armes, Allah Akbar ! vous sont livrées en gare de Görl…

A ce moment, une formidable déflagration sonna la fin du monde. Une colonne vacilla, une autre l’imita, si bien que la majeure partie du dôme, haut de vingt mètres, s’effondra sur les agonisants, étouffant râles et gémissements dans un nuage de plâtre, enterrant puanteur et souffrance sous des tonnes de moellons.

— Prévenir Herr Hitler, schnell, postillonna Guturdjieff à l’intention d’un S.S. estourbi qui cependant, recouvrant ses facultés et reconnaissant Himmler en la personne de Cabriolet, nous invita à le suivre. C’est ainsi que nous parvînmes, accompagnés de nos chiens et alourdis d’un armement dont personne ne parut s’inquiéter, devant le blindage où se terrait la Bête.

Mordekhaï a fait feu, notre guide est tombé. Enjambant son corps, Kratzko a frappé au guichet.

— Die Losung, bitte, a demandé une voix.

Le losung à la manque, le putain de mot de passe, nous ne l’avions évidemment pas, du moins pas sur la langue. Non plus que dans nos poches, mais il aurait fallu plus d’une broutille de cette espèce pour nous contraindre à la retraite. Reculant pour nous faire admirer, en Militärmanner huilés et formatés, aux regards affinés par les opérations de sabotage et d’éradication de juifs, Heil Hitler ! avons-nous éructé à la face du destin. Cela en exhibant un H.H. pitoyable, arraisonné alors qu'il tentait de s’enfuir par l’escalier de service, pour preuve le pruneau… attendez qu'on le déloque… voyez le travail !… et vous exigez…

Le judas s’est refermé, des appels ont retenti, puis un martèlement de bottes est monté des abîmes, deux yeux ont clignoté dans le noir du judas.

— Die Losung, bitte. Le Führer l'exige.

— Mais bordel de bordel, s'est emporté Gorbatchev, enfin Guturdjieff. On débarque de l’enfer, trois jours qu'on n'a pas mangé, qu’on n’a pas baisé et qu’on a vu la mort à tous coins de rues, et de la pourriture partout, tout ça pour cette enflure, pour ce Reichsführer à la graisse d’oie, et s'entendre réclamer… die Losung ? — A chier ! Alors va dire à ton Führer, Heil Hitler !, que si jamais tu n'ouvres pas vite fait, son chochotte, on le passe au barbecue. Exécution !

Conciliabule, bottes qui s’en vont et remontent, et de nouveau l'œil noir : « Papieren, bitte ».

On a refilé les Ausweiss d'on ne savait plus qui, on a appris que le Führer frôlait l’attaque, et la porte s'est ouverte sur nous cinq, nos chiens et trois coups de feu, ploc, ploc, ploc, sortis du silencieux de Ladislav. Enjambant trois cadavres, nous nous sommes alors dirigés vers les entrailles du globe.
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02 novembre 2009

En piste !

bonobo
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Tout droit, tout droit… il en avait de bonnes , Abdul ! D’après la carte, il suffisait de suivre la Prinz-Alberchtstrasse (mais cette artère n’existait plus que dans les souvenirs) et la Wilhelmstrasse, qui devait nous mener à la Chancellerie, située dans l’axe du Reichstag, et qui changeait de direction selon que le souffle des bombes avait orienté les panneaux dans tel sens ou tel autre, et ne débouchait que sur des escaliers descendus à la caves et des fenêtres béantes.

— L'ambiance ! exultait 302.

Prends à droite, s’emportait à présent Guturdjieff, et file jusqu’au Landwehr Kanal. Ça nous oblige à un karrabar tchak de burdiskopf, mais si jamais on rejoint Charlottenburg Chaussee, pas de pétard, on file vers la Brandeburger Tür, et plus qu’à mettre en troisième, enfiler la seconde à droite, puis la première à gauche, et trouver un endroit où remiser.

A gauche, et de nouveau à droite, conseillait à présent Kratzko qui ne se rendait pas compte, ce molovoï, du nombre de manœuvres à effectuer pour amener notre putain de cuirassé devant les grilles d’un foutu bois de Vincennes réduit à des troncs d’arbres, à des squelettes aux branches auxquels se balançaient des officiers passés en conseil de guerre, pendus séance tenante, abandonnés aux singes qui s’empressaient de récupérer la chemise, la casquette et les bottes, puis jouaient les King Kong, paradaient devant leurs moitiés. Himmler-Cabriolet n’en pouvait plus, Mordekhaï se tapait sur les cuisses, pissait dans son bénard à la vue d’un Waffen à poil ras dégringolé d’une branche, remonté sur une autre et niquant sa femelle sous la menace d’un flingue.

— A présent à gauche, non, attends… à droite, oui, continue à droite,, à droite de la girafe, c’est ça, vas-y, et encore à droite… encore un coup, encore un mais… nom d’un chien, garabatchoï, gaffe au rhino !…

Bien que des chimpanzés casqués s’en fussent pris aux fanions déployés sur nos ailes, eussent compissé le pare-brise et déféqué sur le capot, je parvins, en trois coups de volants et autant de marches arrière suivies de contre-attaques et de replis en catastrophe, à nous remettre en piste. J'évitai même un tamanoir pour aussitôt, dans l’aperçu d’une croupe d’hippo, me voir prié de prendre de nouveau à gauche, puis de virer sous les naseaux d’un zèbre et de suivre un tapir, une autruche, une dernière bestiole avant de quitter le Tiergarten, d’engager le paquebot dans une artère assez large pour qu’y eût subsisté, grâce aux alligators en quête de marigots plus sûrs, un passage où se glisser. Obligation de s’arrêter tous les vingt pas pour dégager ici un lit, une cuisinière, là une armoire ou une baignoire — tout en se gardant de carnivores en rogne. Après la fin des camps c’était la fin des villes, l’ère du chambardement et de l’étripage, du dépiautage des Aubusson par nos amies les bêtes. Nous pûmes encore progresser de quelques mètres avant de redevoir nous arrêter, et là c’était sérieux.

— J'y vais, dit Kratzko.

Un pavé sous la tête, un moellon sur le ventre, trois briques sous chacune des jointures et la robe retroussée sur une venue au monde qui se présentait de travers, une fille au milieu du passage… Alors là, sans un mot, sans même nous consulter, nous avons agi, et agi en S.S.

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01 novembre 2009

Berlin Karnaval


ruines


Je ne sais à quoi ressemblait Dresde après le passage de la Royal Air Force, mais je ne pense pas que le spectacle fût aussi grandiose que celui de Berlin. Chaque nuit livrait à la capitale son lot de nouveautés, chaque lever de soleil peignait en noir et blanc le bariolage des nuits. En plus des bombes américaines lâchées à la volée, les obus soviétiques tirés à bout portant venaient à bout, dans d’effondrement général, d’armées autrefois paradant. Et partout des immeubles béants, des façades n'attendant qu’une pichenette pour ajouter des larmes à la tétanie de chacun quand se précisaient les tirs. Et ça tournait des manivelles, ça implorait des ordres, ça découvrait Oskar dans une mare de sang, tentait de le remettre sur ses jambes et rameutait les autres mais les autres n’entendaient pas, n’entendaient plus, n’entendraient plus jamais. Et le bidasse de rendre l’âme sous des gravats d'où dépassaient sa botte, le canon de son fusil tandis qu’on enjambait son corps — Heil Hitler —, puis qu’on rasait les murs pour aller se planquer dans les caves, au milieu des civils en haillons. Là, comme cloué sur le pot, la tête entre les genoux et les oreilles bouchées, on se comptait les abattis pendant que le sous-sol tremblait, prêt à s’ouvrir sur un déluge de feu, à enflammer par la même occasion le cœur de millions de prisonniers.

Les seules clartés, au long de rues qu’on eût dit de Guernica tant les moitiés de poussettes faisaient écho à la douleur des mères, eh bien les seules clartés, les seuls sourires qui pussent encore éclairer ce chaos émanaient des panzers à pédales. Rien n’arrêtait la vie, les enfants guerroyaient pendant que leurs génitrices en haillons, épouses des seigneurs du désastre, se battaient pour un trognon, un rogaton qu’il faudrait protéger d’animaux affamés remontés du sous-dol. Quant aux chiens, aux chats et autres mets de choix, ils avaient depuis longtemps disparu dans le ragoût du pauvre. Restaient à peine quelques autruches traquées dans les bosquets du zoo, dans les jardins et jusque dans les égouts que s’étaient attribués crocodiles et pythons.

Qu’il était beau, le Brigadeführer décapité par la mitraille alors qu’il se planquait derrière l’hippopotame ! Et celui-là, lancé à la poursuite d’un gnou fuyant la cuisine des armées ! Et pan, dans la bouse d’ l'Oberroffizier Shafferhof, et paf, dans le pissou  le caporal venu lui porter secours. Et ouille, ouille, ouille, un pied emporté par un tigre, le Feldmarschall qui n’ira pas plus loin et appellera en vain, et aille, aille, aille l’Oberst qui fléchit et s’écroule tandis qu’un vautour vient se poser sur une branche, l'observe d’un œil rond avant de lui chier dessus.

Un immense appétit de S.S., qu'ils fussent béquillards, faisandés de la tripe ou fêlés de la cafetière, avait gagné la confrérie des bêtes. Alors nous, pensez donc, avec nos deux terreurs irlandaises pourchassant le nazi, nous ramenant une guibole, un fessier, un biceps ou un cœur, nous eûmes tôt fait de sympathiser avec le berlinois de la rue et surtout son épouse, cuisinière dans la haute. Ainsi fûmes-nous reçus dans les meilleures familles, nous rapprochant ainsi du but que nous ne voulions manquer.

— Jamais je n’ai dégusté de met aussi goûteux, susurrait Mordekhaï à Madame.

— En êtes-vous sûr, cher… euh, pardonnez-moi, j’ai oublié votre nom.

— Höss, Madame. Rudolf Höss, von Birkenau.

— Birkenau, ach so, Auschwitz-Birkenau,… Ne s’agit-il pas de ce camp de travail dont nous a tant entretenu le Stürmer sous la plume … — oh mein Gott ! oh mon Dieu ! — de ce cher Rosenberg ?

Si le sujet passionnait notre hôtesse bien que rien ne lui fût épargné, notre impudence nous rapprochait de cet objectif : trouver la limousine nous permettant de passer pour de hauts dignitaires devant lesquels on déroule le tapis — tapis menant bien entendu au bunker du Führer, puis à la porte du Führer, puis au Führer lui-même…

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En plus de grabataire (encore qu’il pût s’acheminer vers la cuvette et se torcher sans aide), Adolf, paraît-il, n’était plus qu'un vieillard à ce point décati, vacillant et tremblant à l'idée de s’incliner devant Staline, qu’on devait le rassurer, l’alimenter à la petite cuiller. Terrorisé était-il en effet par le fracas des bombes répandant leur fumée sur ses contre-offensives, le brouillon de ses projets, le marais de ses amours, sa défiance à l'égard de chacun. Mentalement démoli, à jamais ravagé par la hargne, il avait pu faire croire en son génie par des victoires sur les nations imprévoyantes. Mais le roc stalinien lui restait en travers de la gorge, et sa dégradation psychique s’était amplifiée depuis l’échec de Paulus à deux doigts de la victoire mais pas de pot, la Luftwaffe prisonnière du grésil ! Ajoutez à ces maux les malheurs du Duce, le débarquement de Normandie doublé de l’attentat qui faillit le priver d’une oreille, et vous comprendrez que son humeur se fût assombrie. Le vertige le broyait, la seule évocation de son rival — “le petit père des peuples“, so ein Scheiß, ! — le faisait trembler au point qu’il n’osait se montrer. Mais depuis quel balcon aurait-il accueilli des vivats ? Le pouvoir avait sombré dans les gravats de la rue, nul n’aurait reconnu son Führer sous des tonnes de poussière.

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29 octobre 2009

Honneur et P38

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Parvenus le lendemain à la croisée des routes de Mikolow et Pszczyna, en queue de la gigantesque cohorte dont un millier de participants, dépouillées de leurs pelures sitôt quitté ce monde, gisaient déjà ici et là, nous avons opté pour la direction de Bielsko-Biala, plus accueillante à première vue que celle de Gliwice et Wroclaw. Peut-être nous trompions-nous, mais difficile d’en juger car les attaques et contre-attaques des différentes armées, d’après la BBC, faisaient rage tant au sud qu’au septentrion, et les campagnes n'étaient pas mieux loties que les villes : partout des bombardiers, en vertu de quoi effondrement de ponts, déviations à n’en plus finir, soldats et déserteurs n’y comprenant plus rien… Et puis il nous parut que la montagne offrirait de meilleures opportunités que la plaine. Nous projetions d’y enfouir nos sacs, de venir les reprendre sitôt le Führer au trou.

Seuls à présent en compagnie d’un commandant qui ne commandait plus, nous dérivions parmi des paysages que maintenait sous sa griffe la svastika du radiateur. Nous aurions volontiers arraché ce symbole, aurions de même éjecté le père Höss, tant son opacité nous devenait pesante. Mais tant que le cessez-le-feu n’aurait pas retenti, nous ne pouvions souhaiter meilleur laissez-passer.

Papieren, bitte… Ah, Rudolf Höss, der Kommandant des grobe Konzentrationslager Auschwitz ? Heil Hitler ! ya, ya, gut, hé hé ! und gut Reise, Herren… mais ce n'était que rêve. Vautrés dans un néant moelleux alors que des milliers de nos semblables pataugeaient dans la neige et retournaient leurs poches pour ne rien y pêcher, nous avions le moral en chute libre. Et ce ne sont pas les butors des jeunesses hitlériennes dont une demi-douzaine, armée de fusils de la Grande Guerre, venait de surgir devant nous, qui purent le remonter. Nous leur conseillâmes de filer, mais les gamins se cramponnaient à leur pétoire avec une telle foi en leur avenir que je me résignai à en descendre quelques-uns — treize ans, quatorze à tout casser, à peine un poil sur le menton mais des allures de fauve, et maintenant de cadavres dont les marcheurs s’appropriaient les fripes, les bottes, le fric et les Auschweiss…

Comment le peuple allemand, qui comptait autrefois tant de poètes et de penseurs, n’avait-il pas compris que le Juif, répugnant à force de courber l'échine, devait cela au S.S. qu’amusait sa terreur ? Et comment la majorité des Allemands, au seuil de la défaite, pouvait-elle continuer d‘ignorer l’état des miséreux qu'on poussait vers des camps, puis d'autres camps et encore d'autres jusqu'à ce qu'il n'existât plus de camps, ni de mourants, ni de populace allemande, ni d’Allemagne, ni rien… On voyait des marmots abandonner leur pouce et se mettre au service de Satan, des mères s’enlaidir à frapper la boiteuse qui ne les saluait pas. De moins en moins de dignité chez le péquin de la rue, rien que des bonnes femmes qui empoignaient le balai pour se venger de leur propre abjection sur l’échine du marcheur, puis désignaient le malheureux au cochon qu'elles souhaitaient pour gendre. Et à chaque fille son assassin — mais chut, laisser le silence veiller sur la vertu des chiennes, laisser les chiennes dans la contemplation du veau tirant son P 38, visant la guenon harassée et pressant la détente.

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27 octobre 2009

Le grand départ

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Lors de l’évacuation, qui fut un bordel sans pareil, Rudolf Höss, retrouva son génie.

— Büroführer Mitburg, mettez en route les Dehomag, prenez les piles de cartes dont les machines auront soustrait les tire-au-flanc, et dressez-moi deux listes de Häftlings en état de carburer. Exécution !

— Yawohl, Herr Kommandant, expectora Mitlys. Et de gagner le bureau de feu Grapner, de se placer devant les rayonnages où s’alignaient, au-dessus de trieuses débranchées, quelques dizaines de milliers de bristols, d’en repérer le centre.

— Fertig, mein Kommandant !

— Gut ! Alors la moitié gauche pour l’Oberkolonneführer Haseweiss, décida Rudolf en désignant un officier qui n’osa pas broncher, la moitié droite pour l’Obergruppenführer Speckschnak, qui n’osa pas non plus… A présent, Haseweiss et Speckschnak, scindez en deux vos Oberkolonnen, attribuez à chacune des moitiés le Kolonnführer de votre choix, lequel Kolonnführer divisera sa colonne en sous-colonnes ayant chacune à sa tête un Untercolonnefüher, et ainsi de suite jusqu’aux sous-groupes et aux sous-groupeführers, et pour finir au préposé à la lanterne rouge. Exécution !

— Yawohl !

En moins de dix minutes, les quatre-vingt-quinze mille pensionnaires, chacun représenté par une carte perforée qui ne traduisait plus rien, furent répartis en quatre-vingt-quinze Untergruppen de mille têtes, les Untergruppen en Gruppen, les Gruppen à leur tour en Obergruppen, chacune des unités, sous-unités et super unités ayant à sa tête sous-Führer, Führer et suprême de Führer, les sous-suprêmes n'ayant de comptes à rendre qu'aux suprêmes, les suprêmes à leur commandant, lequel, tout en feignant de tutoyer le Reichsführer Himmler lorsqu’il avait Mitlys au fil, continuait de nous obéir au doigt, à l’œil et aux Walter PK que nous braquions sur lui de l’intérieur de nos poches.

Ces regroupements n'étaient évidemment que miroir aux alouettes. Plusieurs milliers de cartes perforées, portées par des intérimaires dont un grand nombre arriva sur les fesses au bas d’escaliers verglacés, s’abîmèrent à jamais dans la tourbe. Au bout du compte, la répartition s’effectua selon le système en vigueur sur la rampe : « Du, rechts, du links, du rechts, du links, du rechts, usw, jusqu’au dernier qui voulut bien n’en pas faire qu’à sa tête, emboîter le pas à son frère ou sa sœur. Car les femmes elles aussi partaient pour le grand large, ce qui engendra comme de juste désordre et coups de gueule. Les fiancés et maris en effet, demeurés sans nouvelles de l’âme sœur depuis leur arrivée, espéraient la retrouver à la faveur d’un changements de file, d’un changement de groupe, du passage clandestin d’un sous-groupe à un autre, puis d’une colonne à la colonne précédente ou suivante, les fiancées et épouses de leur côté agissant selon un schéma similaire où se mêlaient quelques mioches sortis on ne savait d’où, sans doute de sous leurs jupes puisque les maternelles et les crèches avaient été liquidées au mortier. Conséquence : frustrations, désespoir en veux-tu en voilà, mais parfois des retrouvailles, dont il fallait cependant ne rien laisser paraître.

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25 octobre 2009

Flash de 16 heures

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Au beau milieu du Karnaval, alors que les S.S. déguisés en détenus titubent sous l’action du Cognac Ukrainien qu’on leur sert à la louche, les détenus déguisés en S.S. se font un plaisir de vider leurs chargeur sur ces clampins et leurs bonnes femmes.

 

Voyons maintenant ce qui se passe à l’étage supérieur…

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Confrontés à cet ahurissant pugilat, les surveillants de miradors renonçaient d’autant plus à comprendre que la pharmacopée de Myklos, dont l’alcool décuplait les effets, venait d’agir sur leurs synapses dans le sens de la déglingue. Le bidasse du mirador 21, qui tenait à faire coïncider le réticule de son viseur avec il ne savait plus quoi, sentit un pruneau ricocher sur son casque. Trop mal en point pour réaliser qu’il s’agissait d’un projectile perdu, que le collègue du 20 ne l’avait pas visé, lui, Ausgar Buzuk, mais que c’était tout comme puisque la balle lui avait cabossé le casque, il parvint à tirer le levier d’armement de sa 111 MG, sulfateuse aérienne qui vous coupait un Stormovik en deux, et réussit à introduire une ration de pruneaux dans la fente adéquate. Il fit alors pivoter sa pétoire, porta son attention sur son voisin de l’est, dont l’allure peu amène annonçait la raclée. A sa gauche une menace identique, mais on ne pouvait brûler la vie par les deux bouts alors prends ça, Arschloch, c’est envoyé de bon cœur !… Et Arschloch, manqué d’un poil et d’autant plus furieux qu’il n’y était pour rien, d’agir à son tour sur les leviers de sa volonté, puis sur ceux de sa sulfateuse, de presser la détente et de balancer la sauce.

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Mais le Seigneur veillait. Buzuk ne fut ni rectifié, ni même égratigné, encore qu’il eût pris sur la tronche une bonne moitié du toit, lequel s’enflamma sur le gaz où chauffait sa gamelle. Et comme la visière de son casque avait franchi la ligne de ses sourcils pour lui défoncer le nez, la sensation de pisser le sang, qui plus est dans le noir, et qui plus est dans un tohu-bohu du diable, le contraignit à chercher à tâtons, pour fuir les flammes qui lui léchaient le postère, le chemin du retour vers une terre d’où s’élevaient des ferraillements à ce point soutenus que nul ne pouvait percevoir ses appels au secours. Craquement de mauvais augure, lent basculement de la structure devenue tripode, puis bipode, et finalement dégringolade. L’incendie s’était propagé aux béquilles du fichu mirador, d’où torsion de l’édifice, le déplacement du centre de gravité entraînant le cisaillement des boulons et ce dernier provoquant, au moment de l’effondrement, un cri vite étouffé.

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Trois jours plus tard, alors qu’à l’horizon se déchaînaient les orgues de Staline, parvenait à Auschwitz, rédigé par Kratsko et paraphé par moi-même, l’ordre d’évacuation.

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22 octobre 2009

Chiens, Totnenkopfs et Schützen

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Après la révolte des détenus, nous voici au beau milieu du démontage d'un crématoire.
Face aux Stücken chargés de la récupération des briques, les S.S. et leurs chiens. Le problème réside en la  tension grandissante entre  nazis et  Schäferhunds.

 

Scène IV

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Pour l’instant pas un son, on s’observe. Dans la prunelle des chiens, les S.S. mesurent capacités d’attaque et pouvoir d’encaisser, déterminent l’effet que produira sur leur couenne les mâchoires exhibées. Si par malheur ils loupent la cible, adieu cochons couvées, Schweinen und Bruten. C’en sera fini pour eux.

Côté mastards, raisonnement identique, à cette seule différence que le chien n’a pas la faculté que possède le nazi de raisonner par concepts, images et métaphores. Pour lui, seule la ligne droite mène d’un point à un autre, et le problème se résume à ceci : ou je te saigne, ou tu me tues.

Si tout se brouillait dans les cerveaux nazis, tout se clarifiait au contraire dans le cortex de quadrupèdes dressés à déchirer du Juif — et pourquoi pas du S.S. si la situation le voulait. Et la situation ne pouvant perdurer, il fallait bien que la tension, après l’engloutissement de toute logique dans le naufrage de la raison, tranchât les liens maintenant les pulsions dans les limites permises.

C’est dans la caboche de Zoltan Borzembach que le voltage a soudain dépassé les bornes, créant le court-circuit qui mit le feu aux poudres.

Borzembach, promu gardien de camp en récompense de sa destruction à la masse de la mercerie de son quartier lors de la nuit de cristal, paniquait à la vue du molosse dont il avait la charge. Cette bête obtuse, dévoyée par un dressage à la diable, le fixait d’un regard de malade. A tel point que Borzembach se demandait, le bestiau le prenant d’évidence pour une os de quelle manière il pourrait s’en sortir. C’est alors, en cherchant à changer de main son fusil mitrailleur, qu’il fit un faux mouvement. L’arme lui échappa, qu’il voulut rattraper. Hélas, ce n’est pas sur elle qu’il referma son gant, mais sur la queue de Vilbur, lequel fit volte face et lui trancha deux doigts. Hurlement de Borzembach, coup de pied dans les burnes de Vilbur, fureur du quadrupède qui lui happa si bien la botte qu’apparut un orteil aussitôt englouti. Borzembach voyait rouge, le berger voyait noir, nous revenions à l’essence du nazisme.

Un Schäferhund aux yeux jaunes, qui venait de sauter à la gorge d’un S.S. aux yeux fous, fut abattu par le S.S. de droite — à la suite de quoi ce dernier fut agressé par son propre clébard, charogne qui refusa de le lâcher tandis que son voisin de gauche abattait un bestiau entendant l’égorger. Le second S.S. de droite, qui se protégeait le groin après qu’on lui avait bouffé le nez, demeurait cul à l’air. Et ça bardait à tel point que l’heure n’était plus à compter les victimes mais à envisager l’ensemble des faits d’arme, à déterminer d’un coup d’œil qui serait décoré le lendemain, sur l’Appellplatz, dans le déploiement des étendards et le déchaînement des cuivres.

Hélas, rien n’est simple. Si je me trouvais sur les lieux en compagnie de Guturdjieff, de Mordekhaï et d’Abdul  quand retentit le premier tir, nous en étions à jauger la Daimler, à tenter de savoir s’il nous serait possible d’y charger suffisamment de munitions et de nourriture en vue de l’évacuation prochaine… Les événements se sont alors enclenchés avec une telle rapidité que nous n’eûmes pas le temps de lever les yeux que nombre de chiens, de Totenkopfs et de Schützen, déjà, se noyaient dans leur sang. J’eus l’impression qu’un Schäferhund rampait, qu’un S.S. essayait de récupérer son arme sous le ventre d’un voisin, qu’on se culbutait à droite, qu’on on se déchirait à gauche, qu’on se bastonnait de partout. Un poignard surgissait, valsait aussitôt un képi et ferraillait un casque tandis que volait la neige sous les raclements conjugués des semelles et des griffes. Et ça grondait, ça aboyait et gueulait avec une telle énergie, un tel désespoir en même temps, qu’il eût fallu plusieurs cameramen pour couvrir la mêlée.

Mais le spectacle continuait. Du Kanada jaillissaient des troupes fraîches, une troisième armada parvenait sur les lieux, et des colonnes entières dérapaient dans la neige, arrivaient sur les fesses pendant que les combattants, hommes et bêtes mêlés, noués, parfois même emmanchés et haletants, tentaient de surnager. Et si l’un des protagonistes s’inquiétait du pourquoi, du quoi quoi, du qui quo, du que qui, il n’avait pas le temps de s’interroger. Il prenait une des balles qui sifflaient aux oreilles de chacun (Höss lui-même avait trouvé refuge derrière sa limousine, dont avaient éclaté les pneus), mêlait ses hurlements, ses mugissements et vociférations au ramdam général pour la raison que son clébard, qui venait de lui broyer le poignet, s’intéressait à présent à ses prunes. Et les chiens de faire de même dans leur langage à eux, et les Stücks d’applaudir à chaque nouvelle saignée, à chaque nouvelle peignée, ce qui se traduisait par un applaudissement unique, prolongé par l’écho.

Ne restèrent bientôt plus, sur le béton de l'ancienne chambre à gaz, que quelques hommes et bêtes hagards, certains le crâne ouvert, d’autres amputés d’une guibole ou d’une patte, qui se fixaient comme des pestiférés.

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21 octobre 2009

La mise à mort

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Après leur extraction du convoi, les sans grade sont immédiatement conduits au “bunker“ et gazés. Les autres, essentiellement des officiers, sont plongés dans le cirages et disposés dans les sous-sols du crématoire numéro III. Protéges par des glaces sans tain, les détenus les observent. Ils sont accompagnés du commandant.

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En cet instant cependant, nos héros se trouvaient, en compagnie d’un chien et d’une poignée de gaspards, dans l’antre du nazisme, au cœur de l’entreprise industrielle à laquelle ils avaient œuvré — autrement dit prisonniers d’un sphincter sur le point de les vomir. Mais rien n’était encore perdu, et d’innombrables questions se bousculaient sous les crânes : comment s’en tirer à mains nues, comment se hisser à six mètres et manœuvrer une trappe qui n’offrait pas de poignée, et de quelle manière, sans mitraillette ni rien, briser une série de miroirs que protégeait une grille… Et où aller pisser, où s’accroupir alors qu’on se sait observé ?

Dépités, ces messieurs décrivaient autant de cercles que la stupidité dans une tête de bois. Pourtant, lorsque j’ai vu un gros lard se mettre à trépigner et chercher l’isolement, j’ai coupé la lumière par respect de sa pudeur, et de la fosse aux lions est monté un plaisant soupir d’aise. Hélas la grossièreté reprit ses droits, et nombre de jurons s’élevèrent.

— Terminé ? 

Pas de réponse. J’ai donc rétabli la lumière, cela au moment où se reboutonnaient le gros lard et son biquet de voisin. Biquet a baissé les yeux, Gros Lard a offert à la ronde une tête de six pieds de long alors que ses semblables, le nez pincé, se détournaient de ses déjections. Intéressé, le Schäferhund s’en approcha, les huma, puis les compissa. Applaudissements des spectateurs, j’ai éclairé la loge.

Leur effarement, quand ils ont distingué notre alignement, nos uniformes ! Et leur soulagement lorsqu’ils ont vu nos deux commandants les saluer. Rudolf de son plus beau sourire, son second d’un claquement des talons et d’un lancer de dextre — mais pas le moment de plaisanter.

A leurs yeux, ce à quoi nous les confrontions relevait du gag un peu salé. Le défécateur se sentit soulagé, les non défécateurs de même, et comme certains exprimaient leur désir de communiquer, je leur offris le micro.

— Schutzführer S.S. Brotschnitte, Herren Kommandanten, se présenta un cabot à la casquette en ruine, qui vint se placer devant ses troupes en ordre de repli. Heil Hitler !

— Heil Hitler ! enchaînèrent les bidasses tandis que le chien, peu rassuré par cet échange, se prenait à aboyer, ce qui lui valut un coup de botte.

Conforté dans sa virilité par le rétablissement de l’ordre, et recouvrant l’aplomb qu’il avait failli perdre, Brotschnitte remonta au créneau, exprima son désir de recevoir le soleil.

— Die Schlüssel, bitte, Herren Kommandanten.

L’objet de son désir, la clé de la liberté, la Schlüssel désirée, c’est moi qui la détenais. Je la sortis de ma poche et me fis un plaisir de la lui promener sous le nez. Puis, d’un guichet, je la laissai choir en direction des mains qui se tendaient vers elle. S’en saisit Brotschnitte, qui fila aussitôt et s’en revint, exprimant un profond désarroi.

— Je ne comprends pas, Herr Major, la porte n’a pas de serrure.

— Comment cela, pas de serrure ? Bien sûr que si, répondis-je. Mais pas de ce côté-ci, mon garçon. De l’autre.

Incompréhension du larron.

— Du côté extérieur, dus-je préciser. Et de lui expliquer qu’il s’agissait de la porte de la chambre à gaz où l’on exterminait les petites filles qui jouaient à la marelle quelques instants plus tôt.

Je vis se décomposer le visage du cabot.

— Je ne comprends pas, Herr Oberst. Qui êtes-vous ?

Cette fois, je laissai tomber l’humour :

— Je me nomme Yitzhak, Yitzhak Zwostek, né à Szczecin en 1922, d’une mère juive bastonnée par des brutes portant ton uniforme, etc… … Mais, entre nous, Brotschnitte, dis-moi, combien de Juifs as-tu  exterminés, depuis le temps que tu t’acharnes ?…

 — Allez, Herr Oberst, tenta le rigolo, ça ne prend plus. Je vois que le commandant…

 — Brotschnitte, j’ai posé une question.

Le jeu aurait pu continuer longtemps, mais j’en ai eu assez. J’ai coupé la lumière, écouté de ramdam, perçu le choc des semelles contre l’acier de la porte, les aboiements des officiers, les gémissements du chien, le couinement des rats. Et j’ai rebranché le micro.

" Pour cause d’assassinat des leurs, les peuples juifs, tziganes, bolcheviques et polonais, ainsi que tous les peuples de la terre, ainsi que les objecteurs de conscience, les Témoins de Jéhovah et les homosexuels, viennent de vous condamner à la peine capitale, c’est-à-dire au Zyklon, par respect de vos coutumes. Dans quelques instants, la trappe située au-dessus de vos têtes (quatre-vingts têtes se sont alors levées) va s’ouvrir, la mort vous choir dessus (inclinaison des fronts vers l’aire d’atterrissage)… Vous pourrez ramasser les paillettes avant que le poison ne s’en dégage, ai-je alors poursuivi, mais où les mettre ? Tout le problème est là. Cependant, ne vous désolez pas. Si vous allez découvrir ce qu’on subi tant de femmes, tant d’hommes et de marmots avant vous, vous aurez sur eux l’avantage de savoir pour quelle raison on se débarrasse de vous. De surcroît, grâce au film que nous allons tourner et leur faire parvenir, vos supérieurs compatiront. Alors une dernière fois, messieurs, Heil Hitler ! et de la dignité ! Le Führer vous contemple."

*

La suite, je préfère vous la taire, elle fut épouvantable. Entre les rats qui sautaient sur les hommes et le chien, le chien qui butait dans les hommes, les hommes qui inhalaient le poison et se roulaient par terre tandis que l’écume leur sortait de la gueule, que leurs trognes prenaient les couleurs de la mort, ce fut presque insoutenable. Pour échapper à cette horreur, Frauen Höss et Baer, sensibles à la souffrance d’autrui, s’enfouirent dans leurs fourrures, leurs époux de leur côté s’en allant en pensée se promener du côté du gibet. Quant à Mordekhaï et moi-même, jouissant de ce premier aboutissement de la Vengeance, nous sommes restés jusqu’à la fin, jusqu’aux derniers soubresauts, jusqu’à ce que plus rien ne bougeât, ni les hommes, ni le chien, ni les rats. Ce fut d’autant plus difficile que ce n’était plus une poignée de nazis que nous voyions agoniser à nos pieds mais des milliers, des centaines de milliers de nos frères et de nos sœurs, de nos mères et de nos enfants, de nos tantes, de nos oncles, de nos cousins et de nos cousines déversés par wagons, sélectionnés avec indifférence, exécutés pour avoir osé être.

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19 octobre 2009

L'arrivée du train.


La scène se passe en gare de Birkenau, après le Karnaval.

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Il s’agissait d’un convoi de six wagons dont une silhouette chétive, fantôme de Stück ou mécano de quelque Générale née du délire d’un fou, entreprit de descendre. Le gars traversa l’esplanade encombrée de vareuses et de casques, remarqua que les premières contenaient encore des bras, les seconds des têtes de cons ou des moitiés de trognes, parcourut en gloussant les derniers mètres la séparant de nous.

C’était un homme de petite taille, un employé de la Polnichbahn dont nous pûmes constater que l’errance au milieu des champs de mines, dans la fluctuation des fronts, n’avait en rien entamé le moral. Nous souriant de ses dents restantes, il tira de la poche de son bleu une feuille tirebouchonnée qu’il défroissa et nous tendit.

Quelques mots, griffonnés à la hâte … apparemment signés Ivri.

Je me tournai vers Mordekhaï qui se tourna vers Treblinka, qui vint chercher mon regard.

— Ivri… Ivri… ach ja, finit par se souvenir. Myklos. Mais oui, Ivri, parti gitan dans Opel frau Mengele…

— Où est-il ? demandai-je au mécano.

— Rotwaffe… Soviet Waffe… Staline Armada… vous comprendre ? Mais trop féroce mitraille, ajouta-t-il, lui venir ultérieur.

— Et toi ?

— Moi Zbiqk ! Zbiqk Szymon, poloniski terroriski. Pour Ivry voiturage crapouille !…

Il pêcha un gourdin, en apprécia le poids, puis demanda à Guturdjieff de lui passer « fousile » qu’il portait à l’épaule, en vérité un Knorr Bremse, pistolet-mitrailleur à culasse rectifiée.

— Gut Maschine, ja ! apprécia Zbiqk en en abaissant le cran de sûreté. Bon dégommer nazis, précisa-t-il en nous souriant de ses trous. Ça bardé Warszawa Bialystok, alle kaputt, vous regarder !…

Il souleva une bâche, fit coulisser une porte sur des grognements de bétail.

— Alle raus !

Mais nul ne semblant l’entendre — Achtung ! —, il recula, braqua fousile Bremse, lâcha rafale qui amena silence.

— Nun raus, schnnell ! reprit-il à l’intention d’une épave dont luisait la prunelle. « Wstawai ! »  Et comme le débris ne bougeait pas, il l’empoigna, le propulsa sur le ballast, l’honora d’un coup de crosse.

— Murderzuk, Totschlager, Ashischin, déclara-t-il en lui crachant dessus. Lui tuer femme Zbiqk, tuer enfant Zbiqk, tuer grand-mère Zbiqk et violer fille, et quand violer finir lui incendier kabane et vouloir nouvelle fille mais moi là, moi Zbiqk, alors moi taper gueule et vouloir crabouiller, tous fumiers crabouiller fureur mais Ivri pas vouloir, lui dire Auschwitz, gaskeller und feuer tous nazis, tous S.S. défoncés kérosène jetés vrac wagons porcs wagons chiens, alors partis veaux vaches locomotive, partie cochons ventre vide et rien mange, seulement fumer schnouf et boire schnaps, et partout pisser schnaps et chier schnouf, vous sentir, eux dégueuler schnouf et schnaps, alors zyklon finir.

Zbiqk, qui s’était approché du nazi éborgné, le remit sur le dos. Puis, se tournant vers nous :

— D’accord gaz ?

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18 octobre 2009

La lutte continue.

faute d'accord de l'artiste, visuel supprimé.

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Unir les différentes composantes (une dizaine au bas mot) de la gauche située à la gauche du parti socialiste (ou, selon la terminologie actuelle, du parti social libéral étant donné qu’il a depuis Mitterrand, et sans doute depuis Guy Mollet, renoncé aux idéaux de Jean Jaurès pour devenir ce qu’on appelle une gauche d’accompagnement… d’accompagnement du Capital jusqu’à la tombe où ils basculeront ensemble, et sans doute nous aussi parce que, pendant qu’on se crêpe le chignon autour des tables rondes, la banquise continue de partir en javelle, les eaux de monter et les puits de se polluer en même temps que le bon sens — ici je ferme une parenthèse qui me permit de bien situer le problème), eh bien unir des gens et des partis d’accord sur l’essentiel (foutre en l’air le capitalisme, s’emparer de la finance, bâtir une société au sein de laquelle l’être humain, crachant enfin sur les comptes en banque, sur la rentabilité à tout prix, sur la course à des profits nocifs et sur la mise en concurrence de forces qu’il faudrait au contraire unir face aux menaces du changement climatique), au sein de laquelle l’être humain sera désormais le centre… eh bien au pays de Voltaire et de Rousseau, au pays de Nicéphore Niepce et de Fulgence Bienvenüe, respectivement inventeur de la photographie et bâtisseur du métro parisien, en bref au pays des Lumières et de l’énergie nucléaire… réussir l’union, c’est vraiment pas de la tarte.

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… Songez : hier samedi, en vue non seulement de donner une claque au PS mais aussi d’empêcher le godillot Sarkozien de s’emparer de la Bourgogne, réunion des forces vives de cette fameuse gauche — à l’exception bien sûr de Lutte Ouvrière, formation décidée à mener le combat par la seule force de son verbe — à Plombières-les-Dijon.

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… Ben vous savez quoi ? Alors que tout le monde parlait d’une même voix, était à 90% d’accord sur tout, impossible de signer le texte proposé. Les uns n’avaient aucun mandat pour ce faire, les autres devaient attendre les résultats de leur Conseil National, un troisième groupe n’était pas d’accord sur le titre, etc. Quant à la majorité des participants, elle n’éprouvait aucun désir de s’user sur trois phrases.

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… Cependant, la réunion s’est achevé sur l’Internationale. La lutte continue. Nous allons nous revoir en décembre.

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15 octobre 2009

Christine

Tout de même, quand on passe d’un coup de souris d’une Marianne triomphante à une Christine à ce point négligée qu’on la croirait maltraitée… — plus la moindre lumière dans son œil… et puis ces rides, cette veste qui ne ressemble à rien, ce regard tragique braqué sur l’incompréhension …— il faut l’avouer, on se retrouve en état de choc.

lagarde_perles


Parce que Christine d’habitude si pimpante, si séduisante et souriante, si alerte, en un mot si top, si bling-bling et tout, à la voir ainsi au saut du lit, qui vient d’ouvrir sa porte à des sans-culottes menaçant de la défoncer, eh bien je vous le dis, moi, ça renifle le comité de salut public, la charrette de la guillotine. Cependant, bien qu’il m’ennuierait de prendre le thé en compagnie de cette aristocrate (vous connaissez mes opinions), sa mauvaise mine ne me réjouit pas.

triste_Christine


Une femme dans cet état, excusez-moi, c’est insupportable.

… D’accord, on peut la critiquer ; d’accord, le soin qu’elle apporte à ses cheveux passe avant les finances du royaume ; d’accord toujours, elle mêle vessies et lanternes, ne recule devant aucun mensonge, aucun tour de passe-passe, aucun frais de toilette pour faire avaler les couleuvres présidentielles, mais quand même ! Rien à voir avec la mère Thatcher, épouvantail qui a mené la Grande Bretagne à une régression qui contraint l’écolier d’outre-manche, sous prétexte de more and more working for more and more money, à distribuer le journal et le lait avant de rejoindre l’école, et qui malmène les vieillards tout pareil, encore que dans leur cas au tableau noir se substitueront quatre planches. Cela d’autant plus rapidement qu’il faut attendre plusieurs mois pour être admis chez un médecin, que les trains ne sont pas à l’heure et qu’en plus ils déraillent…

Non, vraiment, aucun point commun entre notre Lagarde et cette Thatcher. Parce que chez nous, au pays des Lumières, des droits de l’Homme, de l’élégance et de la bonne bouffe, la retraire à soixante ans demeure une exception que nous envie l’Europe. Cerise sur le gâteau, le ministère de l’Education Nationale se bat contre l’analphabétisation exponentielle des quartiers populaires, l’aspirine reste inscrite au tableau et le trou de la sécu — y’a pas photo — sera comblé par le prochain emprunt. Quant à la dette,qui fait hurler l’opposition, elle n’est pas pire que celle des autres. Moins abyssale en tout cas que celle des allemands,des italiens, des espagnols, des belges et des roumains. Enfin, pour ce qui est de notre industrie, si elle bat de l’aile, c’est la faute à qui ?


« La faute à la crise ! » expliquera Christine en exhibant ses perles.

… « Et cette crise, reprendra-t-elle, est le résultat des trente cinq heures, le résultat de la gouvernance d’une gauche dont s’est juré notre président d’éliminer les traces. »

« Voyez-la d’ailleurs, cette gauche, poursuivra-t-elle dans un magnifique déploiement de sa crinière d’argent. Voyez-la s’insurger du fait qu’un petit gars de banlieue, instruit et méritant, démocratiquement élu et soutenu par Patrick Balkany, puisse grimper quatre à quatre les échelons du pouvoir, saisir à vingt-trois ans les rênes de l’Europe des affaires…

« Et vous parlez de scandale ? »

« Un scandale en effet, cher David Pujadas., un scandale ! Mais pas celui qu’on pense. »

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13 octobre 2009

Islam, révolution, burka et Liberté

burka_2___copie


Pour je ne sais quelle raison, je cherchais l’autre jour l’orthographe du mot burka. Un clic, et je lis aussitôt sur Google la confirmation de mes talents orthographiques. BURKA. Mais avant de revenir au texte qui m’accaparait, je clique sur “images“ et je déniche celle que voici, aussitôt dérobée pour vous la mettre sous les yeux malgré le trouble qu’elle suscite chez moi.

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Jeune afghane exhibant ses charmes à l’intention de quelque Giorgio Armani, de quelque Lagerfeld en mal d’érotisme vendeur ?

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Explication trop simple.

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Et me voici parti à rêver dans la poussière d’un marché de Kaboul. Beaucoup de monde, beaucoup de femmes intégralement voilées, qui se croisent en silence — on se demande d’ailleurs comment elles font pour ne pas se heurter, tant le grillage de toile qui dissimule leur rouge à lèvres est imperméable au regard. A celui, de l’esthète que je suis, bien sûr, dans le même temps à celui du taliban divaguant à la recherche du moindre écart, à celui du défenseur opiniâtre d’une révolution vouée à l’échec, à celui enfin du surveillant de la morale islamique. Or ce jour-là tout est calme, si bien que la censure n’a rien à se mettre sous la dent, que les bâtons restent à pendre et que… encore que… ouh là là…

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Lassé par le non-spectacle de la foule résignée, j’allais me retirer lorsque m’est venue l’idée, histoire de faire un tour du côté féminin de notre bienheureuse espèce, d’en mesurer les joies, les effrois et fous rires, de me glisser sous une burka. Déclic, un clic, et me voici en costume national, c'est-à-dire en habit de prisonnière.

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Et me voici aussitôt, matérialisation onirique de mes fantasmes les plus inavouables, me voici nue sous mes voiles, délicieusement nue et libre, et seule à le savoir, et seule à me promener ainsi au milieu de barbus qui ne soupçonnent rien, ou qui soupçonnent de telles dépravations qu’ils ne sauraient imaginer en quelle tenue je suis, en quelle indécence je vaque tandis qu’eux-mêmes cherchent la petite bête dans la démarche de mes sœurs ; enfin de quels extraordinaires plaisirs il m’est donné de jouir sous le regard d’Allah.

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Libre je suis, sensuelle et rayonnante, amusée par ces mâles occupés à leurs tâches de fourmis inquisitoriales, par leurs regards en biais, par leur souffrance devant l’interdiction de voir, l’interdiction de regarder, l’interdiction de se souiller à l’image de LA FEMME.

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Je me suis alors approchée d’une de mes sœurs emprisonnée comme moi,  je lui ai murmuré mon secret, lui ai encore glissé quelque chose à l’oreille. Puis je me suis plantée devant un de ces barbus du diable et, sans trembler, j’ai soulevé mon vêtement. Sa barbe, le type a failli se l'arracher , il a sorti son bâton et, tandis que je m'éloignais et qu'il se ruait à ma poursuite, ma sœur lui a fait un croche-pied l'envoyant au tapis.

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Maintenant regardez-moi : je n’ai pas de visage mais je ne me cache nullement, je suis une révolution en marche, une Marianne d’Arabie.

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10 octobre 2009

A la veille de Varennes.

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Au capricorne, tout s’est d’autant mieux passé que l’éclairage était trop faible pour que les dissensions se manifestent au grand jour. D’accord, le NPA et le PCF n’étaient pas sur la même longueur d’onde. Le NPA demandait des précisions, le PCF se lançait aussitôt dans des explications que le NPA prenait pour de la diversion, et ça commençait à tourner vinaigre. Buster achevait alors son verre, ramenait sa fraise et priait chacun de mettre son ego en laisse. Rien de tragique, donc, au contraire, et l’on s’est séparés copains en se promettant sur le trottoir une nouvelle rencontre aux alentours de la fin du mois, éclairés que nous serions alors suite aux conseils nationaux de nos partis respectifs. Suite également aux conciliabules que nous tiendrions chacun de notre côté.

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A propos de ce terme de “conciliabules“, je me dis que le peu de lumière du Capricorne, renforcé par le faible niveau sonore de nos discussions (nous ne voulions pas indisposer les deux ou trois consommateurs qui s’attardaient au bar) et l’inclinaison de nos silhouette vers celui qui parlait à voix basse, serrant sur son cœur ses dossiers, illustraient on ne peut mieux la préparation d’un changement de régime.

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… Parce que la révolution qui n’en finit pas de se préciser, pour se convaincre qu’elle est en marche, pas besoin d’aller chercher midi à quatorze heures : il suffit d’ouvrir la télé, d’apprécier à sa juste valeur le beau sourire de Pujadas interrogeant Sa Majesté au lendemain de Varennes. Et sans parler du reste !

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08 octobre 2009

Quand Buster remonte au créneau

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Ce soir, à 20 h au bistro le Capricorne, Buster est convié à une réunion politique majeure. Il faut vous dire que le bougre, étant donné que les militants icaunais* de son parti, sont tous sauf Nathalie, du moins le soir et le week-end, aux abonnés absents (chacun travaille et doit après le dîner, converti qu’il est au féminisme depuis la révolution des mœurs, s’occuper de la vaisselle), est à présent correspondant pour l’Yonne (conjointement avec Nathalie) des hautes instance du Parti de Gauche, création de Jean-Luc Mélenchon. Je vous jure, et c’est pas des conneries.

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Du coup, Buster a passé sa journée à trier des courriels, à en dispatcher auprès de ses camarades, puis à imprimer les plus importants en vue de la réunion qui va les mettre en contact, lui et Nathalie, avec des représentants du NPA, du PCF, du GU, des Alternatifs,de la F.A.S.E., du Parti Ouvrier Indépendant et autres grands rêveurs de lendemains fleuris, de lendemains chantants et tout. Cela pour interdire à la bande à Sarko de s’emparer de la région Bourgogne sans pour autant, vous vous en doutez, s’aligner sur un Parti Socialiste flirtant avec le MoDem, lequel MoDem, comme chacun sait, est le sous-marin de la Sarkonnerie. Sans non plus baisser sa culotte devant le NPA de Besancenot, ni engager le bras de fer avec quiconque, mais au contraire en tâchant d’accorder les violons, les mandolines et pipeaux de l’âge d’or ou, si vous préférez, du temps des cerises chanté par Mouloudji.

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Tout ça, bien sûr, c’est pas de la tarte. Mais Buster n’en fait pas une montagne. Décidé à caresser chacun dans le sens du poil, puis à payer sa tournée, le voici désormais certain d’adoucir les angles.

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La politique, comme l’amour, est une question de doigté. Le gars qui s’avance trop vite s’en prend plein la gueule. Au risque de finir devant les tribunaux pour violence aggravée, il doit alors recourir à la manière forte, soit, pour celles et ceux qui ne comprendraient pas, le forçage de la fiancée, le viol de la Nation pour les autres). Au contraire, celui qui se montre agréable, qui sourit sans trop montrer les dents ni dévoiler ses appétits secrets, eh bien celui-là bénéficie des largesses de sa proie.

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Si Buster donc, ce soir, remonte au créneau à visage découvert, sans autre arme qu’un baratin peaufiné à l’extrême, c’est qu’il est sérieusement blindé. Cependant, aucune trace de produit illicite à la surface illuminée de son œil. Le Zoloft grâce auquel il carbure désormais, sur l’insistance de son toubib, le protège du malheur.

* habitants du département de l’Yonne.
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05 octobre 2009

… et pour 27 dollars de plus.

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Coup sur coup, deux résultats électoraux qui, quand bien même seraient-ils comiques,  n’ont rien de réjouissant.

D’abord une invraisemblable interview de Serge Dassault. Selon ce chevalier de l’industrie aérienne, on ne peut mieux au fait des évolutions survenues depuis les lumières et le passage à l’ère industrielle, les syndicats ont qu’un seul rôle : inciter les ouvriers à la grève, parallèlement mettre des bâtons dans les roues de patrons qui n’ont de cesse d’enrichir la nation. Ainsi, les syndicats français poussent à réclamer des augmentations de salaire alors que leurs pendants polonais, bulgares, les chinois, birmans etc, moins avides et beaucoup plus bosseurs, produisent à des coûts hors de comparaison avec ceux de l’industrie européenne.

Il ne viendrait pas à l’idée de Serge, évidemment, qu’on pourrait raisonner à l’inverse et inciter les coolies à réclamer à leurs employeurs des salaires un peu moins indécents. Car une telle pratique serait un “ nivellement par le haut “, infiniment moins profitable, pour les nations et leurs seigneurs, par conséquent pour leurs manants, que le joyeux “ nivellement par le bas “ qu’on met en route chez nous. Mais passons.

  Passons, sans pour autant délaisser notre Serge

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Nouaille : adversaire de Dassaut

...  Ce battant, malgré son influence dans les sphères du pouvoir, fut déclaré inéligible pour avoir acheté bon nombre d’électeurs lors de scrutins qui l’ont gentiment déposé dans le fauteuil de maire de Corbeil-Essonnes. Nouvelles élections, donc, et voici notre pendard réélu — non pas en son nom, mais sous celui d’un homme de paille reconnaissant, qui s’incline déjà devant lui pour lui lécher les bottes. Elu en effet… oh pas triomphalement (27 voix d’écart avec son adversaire, soit 0,26% des suffrages), mais comme le chante son affidé, quand on aime, on ne compte pas…


Ensuite , les élections irlandaises.

Là, ce n’est pas Serge qui a triomphé, ce sont ses semblables, ses copains de l’Europe du pognon, de l’Europe du marché, de l’Europe qui déjà se vend à l’Amérique. De fins stratèges. Ils n’ont pas lésiné sur les subventions (provisoires, le temps d’empocher les bulletins), ni sur les promesses illusoires, ni sur les pub nauséabondes.

Pas de quoi se réjouir, pas de quoi non plus y aller de sa larme. Ou plutôt si, une larme. Une seule. Une toute petite.

Où va en effet notre France, où va l’Europe que nous avons souhaitée, bâties qu’elles sont l’une et l’autre sur le cynisme et le mensonge ?

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Posté par curiosofurioso1 à 18:54 - Billets d'humeur - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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