23 juin 2009
Amora/Maille - Exide : exit les gars, exit les bonnes femmes !
Fulmen, fabricant auxerrois de batteries pour l’automobile, l’agriculture, l’armée, l’industrie etc, est tombé voici quelques années sous la coupe de la société américaine Exide Technology.
Or, pour des raisons de productivité, d’obéissance aux actionnaires désirant gagner toujours plus (sans pour autant travailler plus), cette société vient de déclarer la fermeture des usines Fulmen, pourtant génératrices de bénéfices, donc la mise au chômage des 314 salariés qui y travaillent. Tout cela pour monter au Canada un nouveau site industriel “performant“, y développer la fabrication de batteries au lithium — comme si cette fabrication ne pouvait s’effectuer à Auxerre, mais passons.
Le plus drôle, dans l’affaire, est qu’un repreneur s’est présenté, s’engageant à conserver l’ensemble des salariés.
Eh bien, pour une raison de haute stratégie — le repreneur risquant d’entrer en concurrence avec lui — Exide refuse de vendre.
Dans cette affaire, le traité de Lisbonne qui prône une concurrence libre et non faussée, n’est même pas respecté.
Dans ce même ordre d’idée, la société Amora/Maille, proche d’Auxerre, vient elle aussi de fermer boutique. Non en raison de la mévente de ses moutardes, mais parce que le groupe UNILEVER, qui se l’est appropriée, a besoin d’argent pour sa prochaine campagne de pub. Alors dehors les gars, dehors les bonnes femmes qui s’y crèvent !
Pauvre Nicolas Sarkozy, qui s’est mis en tête (du moins le prétend-il), de moraliser le système capitaliste !
— Au fait, avez-vous entendu parler du Grand Marché Transatlantique, qui doit s’ouvrir en 2015 ?
— Non ?
— Alors allez voir J-L M, il passe à la télé.
20 juin 2009
Buster
Au fond, le bordel de sa vie, à Buster, n’est pas aussi catastrophique qu’on pourrait le songer. Du moins pas aussi systémique que les conneries d’un monde dans lequel chacun patauge. Simplement, notre Buster a lâché un instant le fil qui le reliait à lui-même, c’est à dire à ce qu’il fut à l’aube de sa jeunesse : un demi-dieu auquel rien n’allait résister, et dont l’imagination, la clairvoyance et l’idéal allaient illuminer la confrérie de ses semblables.
Car Buster, s’il se veut aujourd’hui un être ayant conquis sa liberté, se revendique l’égal des autres (avec bien entendu la foi en une même égalité des autres non seulement entre eux mais aussi avec lui). Nous n’en sommes pas encore là, hélas, et Buster, pour atteindre de ce paradis ne serait-ce que le seuil, se déclare prêt à confier au souffle de l’avenir les innombrables semences dont il protégea les promesses contre tsunamis et vents glacés durant l’hiver de son adolescence. Si cet hiver en effet se prolongea au-delà du raisonnable, si le froid lui fut intolérable, et révoltante à ses yeux l’indifférence des filles, il assume aujourd’hui son destin, en ressent de la fierté.
En effet, après une longue période de gestation de soi, durant laquelle il prit à diverses reprises ses rêves pour la réalité, il a fini par ébranler les murs de sa prison intime, par crever les parois de la chrysalide en laquelle l’avait enfermé une inadéquation tragique entre son monde à lui, nourricier, généreux, luxuriant, et l’univers de malades en lequel on voulait qu’il se tînt. Mais basta ! Hier, en réunion de son parti, réunion au cours de laquelle il fut question d’écologie, d’aspirations des peuples et de fraternité entre les hommes, il dut sans le savoir se transporter dans le monde chaud de son enfance. De cette réunion en tout cas il ressortit vif et joyeux. Les restes de sa chrysalide, de même les gravats de son passé, avaient totalement disparu. Le monde lui ouvrait les bras. Les graines qu’il avaient conservées dans ses poings allaient bientôt germer.
.
17 juin 2009
Buster, le naufrage
.
On annonce son retour dans la blogosphère, on effectue un premier pas… et le lendemain patatras, il faut aller chercher des tracts au diable vauvert puis accueillir un frère mince et barbu qu’on n’a pas vu depuis deux ans. On profite alors de la pluie pour s’accorder trois jours à échanger, fraterniser devant des cerises et se raconter deux vie — plutôt deux tentatives parallèles en vue d’un incertain bonheur —, puis on s’octroie une quatrième journée, et revoici le soleil. On s’étire alors devant sa porte-fenêtre pour découvrir son jardin envahi d’herbes et de limaces, ses laitues naufragées qui vous renvoient le jardinier à son désordre intime, une véritable barcasse… — nom de Dieu ! Buster a maintenant le cerveau comme de la béchamel et la pensée en vrille — largué, le zèbre ! Comprend plus rien à rien, patauge dans les arcanes de facebook où viennent de l’inviter Sylvaine et quelques autres, l’avoue honteusement à Sylvaine, laquelle Sylvaine, adorable, aimante, lui fait parvenir le mode d’emploi mais que dalle, comprend de moins en moins, et voici que Firefox commence à lui jouer des tours, bloque, débloque, déménage avant de tomber en javelle. De quoi s’arracher les cheveux tandis que Sylvaine, cette photographe internationale, cette artiste, qui connaît un tas de gens tandis que lui très peu, très peu d’amis Buster dans ce foutu facebook, et Sylvaine qui vous torche avec son Haselblad des photos qu’à les voir on tomberait à genoux alors que lui la tête en perdition, qui ne sait rien faire qu’inventer des conneries et foncer tête baissée, et maintenant KO, qui contemple sur son bureau le bordel de sa vie…
.
11 juin 2009
Buster, le retour
Frères et sœurs délaissés (mais nullement oubliés), me revoici. Pas tout à fait fringant, ni au plus haut de ma forme, mais à peu près vertical, encore qu’épuisé par trois semaines d’une campagne électorale intense. Quelque peu titubant, donc.
Le résultat ? Pas si mauvais qu’il y paraît puisque le Front de Gauche a fait un score non négligeable et obtenu 5 sièges. Si le NPA, devancé de 1,5%, avait daigné se joindre à lui, la synergie produite aurait sans doute mené la gauche de la gauche au niveau du PS et des Verts. Aucune rancœur cependant, ni d’un côté ni de l’autre, et chacun de souhaiter une union durable pour les prochaines échéances.
Il faut vous dire que nous, gens de gauche, vivons sous le signe de l’espoir.
Et des rêves inachevés, en plus des fantasmes qui nous visitent.
A propos de fantasmes, l’un des miens s’est réalisé de manière fortuite : celui d’un dénommé Buster prophète mis en scène dans un ancien billet, et qui pour l’occasion s’adressait à un groupe de décideurs obèses, angoissés à l’idée de perdre leur pognon. Si je me souviens bien, il leur affirmait que l’amour du prochain, soutenu par une vie saine…
Mais revenons à nos moutons.
Poussé par la seule espérance de ramener au Front de Gauche un maximum de voix, j’ai demandé une voiture, une sono, un micro et, moi qui n’avais jamais parlé en public, l’autorisation de porter à travers la campagne une parole puissante. J’ai eu tout cela, avec en prime une liberté totale.
Carte blanche.
Alors pour m’exprimer, je me suis exprimé. A travers tout le département, et en direct, à visage découvert.
J’avais au début des petits papiers que je déclamais au micro, puis que je modifiais selon les circonstances, puis que je liais ou que je fractionnais. Mais petit à petit j’improvisais, qi bien que je me suis vite élevé au-dessus de ma condition de mortel.
Bien sûr, j’ai subi quelques agressions verbales, un bourgeois fou furieux a même voulu arracher les haut-parleurs crachant la vérité, une hystérique m’a dit d’aller me faire voir du côté de Tien An Men, un flic municipal bourré comme une mule a voulu saisir la voiture avant de m’ordonner de me casser, mais c’est tout. Rien de bien méchant, mais les montées d’adrénaline que j’ai ressenties à chaque fois ont réveillé Buster, si bien que ce n’est plus vraiment moi qui parlais au micro devant la gare d’Auxerre, par un soleil magnifique et dans un vent d’électrons, et que ce n’était plus moi que les gens écoutaient mais bien celui qui venait de s’éveiller, mon rôle à moi se réduisant à surveiller le bougre qui risquait, emporté par l’ivresse des harangues et le désir d’en rajouter, et d’en rajouter à la pelle, à chaque instant de péter un fusible.
Il n’a pas disjoncté durant ces trois semaines , notre cher Buster, ni pété le moindre câble. Simplement, lorsqu’il rentrait le soir après s’être égosillé durant quelques heures, avoir collé une vingtaine d’affiches et défendu son honneur, sa peau et celle du peuple, il n’avait plus de voix.
Aphone qu'il était, le bougre. Et ce n'était plus du Bergerac qu'il portait à ses lèvre, mais un sirop sans sucre, une vraie dégueulasserie.



