19 octobre 2009
L'arrivée du train.
La scène se passe en gare de Birkenau, après le Karnaval.
.
Il s’agissait d’un convoi de six
wagons dont une silhouette chétive, fantôme de Stück ou mécano de quelque Générale née du délire d’un fou, entreprit
de descendre. Le gars traversa l’esplanade encombrée de vareuses et de casques,
remarqua que les premières contenaient encore des bras, les seconds des têtes
de cons ou des moitiés de trognes, parcourut en gloussant les derniers mètres
la séparant de nous.
C’était un homme de petite taille,
un employé de la Polnichbahn dont nous pûmes constater que l’errance au milieu
des champs de mines, dans la fluctuation des fronts, n’avait en rien entamé le
moral. Nous souriant de ses dents restantes, il tira de la poche de son bleu
une feuille tirebouchonnée qu’il défroissa et nous tendit.
Quelques mots, griffonnés à la
hâte … apparemment signés Ivri.
Je me tournai vers Mordekhaï qui se
tourna vers Treblinka, qui vint
chercher mon regard.
— Ivri… Ivri… ach ja, finit par se souvenir. Myklos. Mais
oui, Ivri, parti gitan dans Opel frau Mengele…
… — Où
est-il ? demandai-je au mécano.
— Rotwaffe…
Soviet Waffe… Staline Armada… vous comprendre ? Mais trop féroce
mitraille, ajouta-t-il, lui venir ultérieur.
… — Et
toi ?
… — Moi
Zbiqk ! Zbiqk Szymon, poloniski terroriski. Pour Ivry voiturage
crapouille !…
Il pêcha un gourdin, en apprécia le
poids, puis demanda à Guturdjieff de lui passer « fousile » qu’il
portait à l’épaule, en vérité un Knorr Bremse, pistolet-mitrailleur à culasse
rectifiée.
… — Gut
Maschine, ja ! apprécia Zbiqk en en abaissant le cran de sûreté. Bon
dégommer nazis, précisa-t-il en nous souriant de ses trous. Ça bardé Warszawa
Bialystok, alle kaputt, vous regarder !…
… Il
souleva une bâche, fit coulisser une porte sur des grognements de bétail.
… — Alle
raus !
… Mais
nul ne semblant l’entendre — Achtung ! —, il recula, braqua fousile
Bremse, lâcha rafale qui amena silence.
— Nun raus, schnnell !
reprit-il à l’intention d’une épave dont luisait la prunelle.
« Wstawai ! » Et comme le débris ne bougeait pas, il
l’empoigna, le propulsa sur le ballast, l’honora d’un coup de crosse.
… — Murderzuk,
Totschlager, Ashischin, déclara-t-il en lui crachant dessus. Lui tuer femme
Zbiqk, tuer enfant Zbiqk, tuer grand-mère Zbiqk et violer fille, et quand
violer finir lui incendier kabane et vouloir nouvelle fille mais moi là, moi
Zbiqk, alors moi taper gueule et vouloir crabouiller, tous fumiers crabouiller fureur mais Ivri pas vouloir, lui dire Auschwitz, gaskeller und feuer tous
nazis, tous S.S. défoncés kérosène jetés vrac wagons porcs wagons chiens, alors
partis veaux vaches locomotive, partie cochons ventre vide et rien mange,
seulement fumer schnouf et boire schnaps, et partout pisser schnaps et chier
schnouf, vous sentir, eux dégueuler schnouf et schnaps, alors zyklon finir.
Zbiqk, qui s’était approché du nazi
éborgné, le remit sur le dos. Puis, se tournant vers nous :
… — D’accord gaz ?
.
Commentaires
Bravo
Tu es doué !
Merci de me lire c'est sympa.
Ne lâche pas ta plume.
Moi rire et atchoumer en même temps.
Et au prochain, ma Mû, atchoumeras-tu ou riras-tu ? Et au suivant ?
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