Chronique, virgule

Chronique d'idées, de mots et d'humeurs : derrière la virgule, il y a toujours à lire...

27 octobre 2009

Le grand départ

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Lors de l’évacuation, qui fut un bordel sans pareil, Rudolf Höss, retrouva son génie.

— Büroführer Mitburg, mettez en route les Dehomag, prenez les piles de cartes dont les machines auront soustrait les tire-au-flanc, et dressez-moi deux listes de Häftlings en état de carburer. Exécution !

— Yawohl, Herr Kommandant, expectora Mitlys. Et de gagner le bureau de feu Grapner, de se placer devant les rayonnages où s’alignaient, au-dessus de trieuses débranchées, quelques dizaines de milliers de bristols, d’en repérer le centre.

— Fertig, mein Kommandant !

— Gut ! Alors la moitié gauche pour l’Oberkolonneführer Haseweiss, décida Rudolf en désignant un officier qui n’osa pas broncher, la moitié droite pour l’Obergruppenführer Speckschnak, qui n’osa pas non plus… A présent, Haseweiss et Speckschnak, scindez en deux vos Oberkolonnen, attribuez à chacune des moitiés le Kolonnführer de votre choix, lequel Kolonnführer divisera sa colonne en sous-colonnes ayant chacune à sa tête un Untercolonnefüher, et ainsi de suite jusqu’aux sous-groupes et aux sous-groupeführers, et pour finir au préposé à la lanterne rouge. Exécution !

— Yawohl !

En moins de dix minutes, les quatre-vingt-quinze mille pensionnaires, chacun représenté par une carte perforée qui ne traduisait plus rien, furent répartis en quatre-vingt-quinze Untergruppen de mille têtes, les Untergruppen en Gruppen, les Gruppen à leur tour en Obergruppen, chacune des unités, sous-unités et super unités ayant à sa tête sous-Führer, Führer et suprême de Führer, les sous-suprêmes n'ayant de comptes à rendre qu'aux suprêmes, les suprêmes à leur commandant, lequel, tout en feignant de tutoyer le Reichsführer Himmler lorsqu’il avait Mitlys au fil, continuait de nous obéir au doigt, à l’œil et aux Walter PK que nous braquions sur lui de l’intérieur de nos poches.

Ces regroupements n'étaient évidemment que miroir aux alouettes. Plusieurs milliers de cartes perforées, portées par des intérimaires dont un grand nombre arriva sur les fesses au bas d’escaliers verglacés, s’abîmèrent à jamais dans la tourbe. Au bout du compte, la répartition s’effectua selon le système en vigueur sur la rampe : « Du, rechts, du links, du rechts, du links, du rechts, usw, jusqu’au dernier qui voulut bien n’en pas faire qu’à sa tête, emboîter le pas à son frère ou sa sœur. Car les femmes elles aussi partaient pour le grand large, ce qui engendra comme de juste désordre et coups de gueule. Les fiancés et maris en effet, demeurés sans nouvelles de l’âme sœur depuis leur arrivée, espéraient la retrouver à la faveur d’un changements de file, d’un changement de groupe, du passage clandestin d’un sous-groupe à un autre, puis d’une colonne à la colonne précédente ou suivante, les fiancées et épouses de leur côté agissant selon un schéma similaire où se mêlaient quelques mioches sortis on ne savait d’où, sans doute de sous leurs jupes puisque les maternelles et les crèches avaient été liquidées au mortier. Conséquence : frustrations, désespoir en veux-tu en voilà, mais parfois des retrouvailles, dont il fallait cependant ne rien laisser paraître.

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Posté par curiosofurioso1 à 09:55 - Auschwitz Karnaval - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires

Büroführer Mitburg,

Un récit saisissant et brillant ...la montée du Nazisme et de la barbarie est toujours un phénomène inexplicable et révoltant ...j'aime l'apreté de ton billet ! merci Michel !

PS: as tu vu "ruban blanc" le dernier Michael Haneke ?

Posté par jean-philippe, 28 octobre 2009 à 19:42

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