Chronique, virgule

Chronique d'idées, de mots et d'humeurs : derrière la virgule, il y a toujours à lire...

29 octobre 2009

Honneur et P38

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Parvenus le lendemain à la croisée des routes de Mikolow et Pszczyna, en queue de la gigantesque cohorte dont un millier de participants, dépouillées de leurs pelures sitôt quitté ce monde, gisaient déjà ici et là, nous avons opté pour la direction de Bielsko-Biala, plus accueillante à première vue que celle de Gliwice et Wroclaw. Peut-être nous trompions-nous, mais difficile d’en juger car les attaques et contre-attaques des différentes armées, d’après la BBC, faisaient rage tant au sud qu’au septentrion, et les campagnes n'étaient pas mieux loties que les villes : partout des bombardiers, en vertu de quoi effondrement de ponts, déviations à n’en plus finir, soldats et déserteurs n’y comprenant plus rien… Et puis il nous parut que la montagne offrirait de meilleures opportunités que la plaine. Nous projetions d’y enfouir nos sacs, de venir les reprendre sitôt le Führer au trou.

Seuls à présent en compagnie d’un commandant qui ne commandait plus, nous dérivions parmi des paysages que maintenait sous sa griffe la svastika du radiateur. Nous aurions volontiers arraché ce symbole, aurions de même éjecté le père Höss, tant son opacité nous devenait pesante. Mais tant que le cessez-le-feu n’aurait pas retenti, nous ne pouvions souhaiter meilleur laissez-passer.

Papieren, bitte… Ah, Rudolf Höss, der Kommandant des grobe Konzentrationslager Auschwitz ? Heil Hitler ! ya, ya, gut, hé hé ! und gut Reise, Herren… mais ce n'était que rêve. Vautrés dans un néant moelleux alors que des milliers de nos semblables pataugeaient dans la neige et retournaient leurs poches pour ne rien y pêcher, nous avions le moral en chute libre. Et ce ne sont pas les butors des jeunesses hitlériennes dont une demi-douzaine, armée de fusils de la Grande Guerre, venait de surgir devant nous, qui purent le remonter. Nous leur conseillâmes de filer, mais les gamins se cramponnaient à leur pétoire avec une telle foi en leur avenir que je me résignai à en descendre quelques-uns — treize ans, quatorze à tout casser, à peine un poil sur le menton mais des allures de fauve, et maintenant de cadavres dont les marcheurs s’appropriaient les fripes, les bottes, le fric et les Auschweiss…

Comment le peuple allemand, qui comptait autrefois tant de poètes et de penseurs, n’avait-il pas compris que le Juif, répugnant à force de courber l'échine, devait cela au S.S. qu’amusait sa terreur ? Et comment la majorité des Allemands, au seuil de la défaite, pouvait-elle continuer d‘ignorer l’état des miséreux qu'on poussait vers des camps, puis d'autres camps et encore d'autres jusqu'à ce qu'il n'existât plus de camps, ni de mourants, ni de populace allemande, ni d’Allemagne, ni rien… On voyait des marmots abandonner leur pouce et se mettre au service de Satan, des mères s’enlaidir à frapper la boiteuse qui ne les saluait pas. De moins en moins de dignité chez le péquin de la rue, rien que des bonnes femmes qui empoignaient le balai pour se venger de leur propre abjection sur l’échine du marcheur, puis désignaient le malheureux au cochon qu'elles souhaitaient pour gendre. Et à chaque fille son assassin — mais chut, laisser le silence veiller sur la vertu des chiennes, laisser les chiennes dans la contemplation du veau tirant son P 38, visant la guenon harassée et pressant la détente.

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27 octobre 2009

Le grand départ

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Lors de l’évacuation, qui fut un bordel sans pareil, Rudolf Höss, retrouva son génie.

— Büroführer Mitburg, mettez en route les Dehomag, prenez les piles de cartes dont les machines auront soustrait les tire-au-flanc, et dressez-moi deux listes de Häftlings en état de carburer. Exécution !

— Yawohl, Herr Kommandant, expectora Mitlys. Et de gagner le bureau de feu Grapner, de se placer devant les rayonnages où s’alignaient, au-dessus de trieuses débranchées, quelques dizaines de milliers de bristols, d’en repérer le centre.

— Fertig, mein Kommandant !

— Gut ! Alors la moitié gauche pour l’Oberkolonneführer Haseweiss, décida Rudolf en désignant un officier qui n’osa pas broncher, la moitié droite pour l’Obergruppenführer Speckschnak, qui n’osa pas non plus… A présent, Haseweiss et Speckschnak, scindez en deux vos Oberkolonnen, attribuez à chacune des moitiés le Kolonnführer de votre choix, lequel Kolonnführer divisera sa colonne en sous-colonnes ayant chacune à sa tête un Untercolonnefüher, et ainsi de suite jusqu’aux sous-groupes et aux sous-groupeführers, et pour finir au préposé à la lanterne rouge. Exécution !

— Yawohl !

En moins de dix minutes, les quatre-vingt-quinze mille pensionnaires, chacun représenté par une carte perforée qui ne traduisait plus rien, furent répartis en quatre-vingt-quinze Untergruppen de mille têtes, les Untergruppen en Gruppen, les Gruppen à leur tour en Obergruppen, chacune des unités, sous-unités et super unités ayant à sa tête sous-Führer, Führer et suprême de Führer, les sous-suprêmes n'ayant de comptes à rendre qu'aux suprêmes, les suprêmes à leur commandant, lequel, tout en feignant de tutoyer le Reichsführer Himmler lorsqu’il avait Mitlys au fil, continuait de nous obéir au doigt, à l’œil et aux Walter PK que nous braquions sur lui de l’intérieur de nos poches.

Ces regroupements n'étaient évidemment que miroir aux alouettes. Plusieurs milliers de cartes perforées, portées par des intérimaires dont un grand nombre arriva sur les fesses au bas d’escaliers verglacés, s’abîmèrent à jamais dans la tourbe. Au bout du compte, la répartition s’effectua selon le système en vigueur sur la rampe : « Du, rechts, du links, du rechts, du links, du rechts, usw, jusqu’au dernier qui voulut bien n’en pas faire qu’à sa tête, emboîter le pas à son frère ou sa sœur. Car les femmes elles aussi partaient pour le grand large, ce qui engendra comme de juste désordre et coups de gueule. Les fiancés et maris en effet, demeurés sans nouvelles de l’âme sœur depuis leur arrivée, espéraient la retrouver à la faveur d’un changements de file, d’un changement de groupe, du passage clandestin d’un sous-groupe à un autre, puis d’une colonne à la colonne précédente ou suivante, les fiancées et épouses de leur côté agissant selon un schéma similaire où se mêlaient quelques mioches sortis on ne savait d’où, sans doute de sous leurs jupes puisque les maternelles et les crèches avaient été liquidées au mortier. Conséquence : frustrations, désespoir en veux-tu en voilà, mais parfois des retrouvailles, dont il fallait cependant ne rien laisser paraître.

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25 octobre 2009

Flash de 16 heures

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Au beau milieu du Karnaval, alors que les S.S. déguisés en détenus titubent sous l’action du Cognac Ukrainien qu’on leur sert à la louche, les détenus déguisés en S.S. se font un plaisir de vider leurs chargeur sur ces clampins et leurs bonnes femmes.

 

Voyons maintenant ce qui se passe à l’étage supérieur…

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Confrontés à cet ahurissant pugilat, les surveillants de miradors renonçaient d’autant plus à comprendre que la pharmacopée de Myklos, dont l’alcool décuplait les effets, venait d’agir sur leurs synapses dans le sens de la déglingue. Le bidasse du mirador 21, qui tenait à faire coïncider le réticule de son viseur avec il ne savait plus quoi, sentit un pruneau ricocher sur son casque. Trop mal en point pour réaliser qu’il s’agissait d’un projectile perdu, que le collègue du 20 ne l’avait pas visé, lui, Ausgar Buzuk, mais que c’était tout comme puisque la balle lui avait cabossé le casque, il parvint à tirer le levier d’armement de sa 111 MG, sulfateuse aérienne qui vous coupait un Stormovik en deux, et réussit à introduire une ration de pruneaux dans la fente adéquate. Il fit alors pivoter sa pétoire, porta son attention sur son voisin de l’est, dont l’allure peu amène annonçait la raclée. A sa gauche une menace identique, mais on ne pouvait brûler la vie par les deux bouts alors prends ça, Arschloch, c’est envoyé de bon cœur !… Et Arschloch, manqué d’un poil et d’autant plus furieux qu’il n’y était pour rien, d’agir à son tour sur les leviers de sa volonté, puis sur ceux de sa sulfateuse, de presser la détente et de balancer la sauce.

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Mais le Seigneur veillait. Buzuk ne fut ni rectifié, ni même égratigné, encore qu’il eût pris sur la tronche une bonne moitié du toit, lequel s’enflamma sur le gaz où chauffait sa gamelle. Et comme la visière de son casque avait franchi la ligne de ses sourcils pour lui défoncer le nez, la sensation de pisser le sang, qui plus est dans le noir, et qui plus est dans un tohu-bohu du diable, le contraignit à chercher à tâtons, pour fuir les flammes qui lui léchaient le postère, le chemin du retour vers une terre d’où s’élevaient des ferraillements à ce point soutenus que nul ne pouvait percevoir ses appels au secours. Craquement de mauvais augure, lent basculement de la structure devenue tripode, puis bipode, et finalement dégringolade. L’incendie s’était propagé aux béquilles du fichu mirador, d’où torsion de l’édifice, le déplacement du centre de gravité entraînant le cisaillement des boulons et ce dernier provoquant, au moment de l’effondrement, un cri vite étouffé.

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Trois jours plus tard, alors qu’à l’horizon se déchaînaient les orgues de Staline, parvenait à Auschwitz, rédigé par Kratsko et paraphé par moi-même, l’ordre d’évacuation.

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22 octobre 2009

Chiens, Totnenkopfs et Schützen

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Après la révolte des détenus, nous voici au beau milieu du démontage d'un crématoire.
Face aux Stücken chargés de la récupération des briques, les S.S. et leurs chiens. Le problème réside en la  tension grandissante entre  nazis et  Schäferhunds.

 

Scène IV

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Pour l’instant pas un son, on s’observe. Dans la prunelle des chiens, les S.S. mesurent capacités d’attaque et pouvoir d’encaisser, déterminent l’effet que produira sur leur couenne les mâchoires exhibées. Si par malheur ils loupent la cible, adieu cochons couvées, Schweinen und Bruten. C’en sera fini pour eux.

Côté mastards, raisonnement identique, à cette seule différence que le chien n’a pas la faculté que possède le nazi de raisonner par concepts, images et métaphores. Pour lui, seule la ligne droite mène d’un point à un autre, et le problème se résume à ceci : ou je te saigne, ou tu me tues.

Si tout se brouillait dans les cerveaux nazis, tout se clarifiait au contraire dans le cortex de quadrupèdes dressés à déchirer du Juif — et pourquoi pas du S.S. si la situation le voulait. Et la situation ne pouvant perdurer, il fallait bien que la tension, après l’engloutissement de toute logique dans le naufrage de la raison, tranchât les liens maintenant les pulsions dans les limites permises.

C’est dans la caboche de Zoltan Borzembach que le voltage a soudain dépassé les bornes, créant le court-circuit qui mit le feu aux poudres.

Borzembach, promu gardien de camp en récompense de sa destruction à la masse de la mercerie de son quartier lors de la nuit de cristal, paniquait à la vue du molosse dont il avait la charge. Cette bête obtuse, dévoyée par un dressage à la diable, le fixait d’un regard de malade. A tel point que Borzembach se demandait, le bestiau le prenant d’évidence pour une os de quelle manière il pourrait s’en sortir. C’est alors, en cherchant à changer de main son fusil mitrailleur, qu’il fit un faux mouvement. L’arme lui échappa, qu’il voulut rattraper. Hélas, ce n’est pas sur elle qu’il referma son gant, mais sur la queue de Vilbur, lequel fit volte face et lui trancha deux doigts. Hurlement de Borzembach, coup de pied dans les burnes de Vilbur, fureur du quadrupède qui lui happa si bien la botte qu’apparut un orteil aussitôt englouti. Borzembach voyait rouge, le berger voyait noir, nous revenions à l’essence du nazisme.

Un Schäferhund aux yeux jaunes, qui venait de sauter à la gorge d’un S.S. aux yeux fous, fut abattu par le S.S. de droite — à la suite de quoi ce dernier fut agressé par son propre clébard, charogne qui refusa de le lâcher tandis que son voisin de gauche abattait un bestiau entendant l’égorger. Le second S.S. de droite, qui se protégeait le groin après qu’on lui avait bouffé le nez, demeurait cul à l’air. Et ça bardait à tel point que l’heure n’était plus à compter les victimes mais à envisager l’ensemble des faits d’arme, à déterminer d’un coup d’œil qui serait décoré le lendemain, sur l’Appellplatz, dans le déploiement des étendards et le déchaînement des cuivres.

Hélas, rien n’est simple. Si je me trouvais sur les lieux en compagnie de Guturdjieff, de Mordekhaï et d’Abdul  quand retentit le premier tir, nous en étions à jauger la Daimler, à tenter de savoir s’il nous serait possible d’y charger suffisamment de munitions et de nourriture en vue de l’évacuation prochaine… Les événements se sont alors enclenchés avec une telle rapidité que nous n’eûmes pas le temps de lever les yeux que nombre de chiens, de Totenkopfs et de Schützen, déjà, se noyaient dans leur sang. J’eus l’impression qu’un Schäferhund rampait, qu’un S.S. essayait de récupérer son arme sous le ventre d’un voisin, qu’on se culbutait à droite, qu’on on se déchirait à gauche, qu’on se bastonnait de partout. Un poignard surgissait, valsait aussitôt un képi et ferraillait un casque tandis que volait la neige sous les raclements conjugués des semelles et des griffes. Et ça grondait, ça aboyait et gueulait avec une telle énergie, un tel désespoir en même temps, qu’il eût fallu plusieurs cameramen pour couvrir la mêlée.

Mais le spectacle continuait. Du Kanada jaillissaient des troupes fraîches, une troisième armada parvenait sur les lieux, et des colonnes entières dérapaient dans la neige, arrivaient sur les fesses pendant que les combattants, hommes et bêtes mêlés, noués, parfois même emmanchés et haletants, tentaient de surnager. Et si l’un des protagonistes s’inquiétait du pourquoi, du quoi quoi, du qui quo, du que qui, il n’avait pas le temps de s’interroger. Il prenait une des balles qui sifflaient aux oreilles de chacun (Höss lui-même avait trouvé refuge derrière sa limousine, dont avaient éclaté les pneus), mêlait ses hurlements, ses mugissements et vociférations au ramdam général pour la raison que son clébard, qui venait de lui broyer le poignet, s’intéressait à présent à ses prunes. Et les chiens de faire de même dans leur langage à eux, et les Stücks d’applaudir à chaque nouvelle saignée, à chaque nouvelle peignée, ce qui se traduisait par un applaudissement unique, prolongé par l’écho.

Ne restèrent bientôt plus, sur le béton de l'ancienne chambre à gaz, que quelques hommes et bêtes hagards, certains le crâne ouvert, d’autres amputés d’une guibole ou d’une patte, qui se fixaient comme des pestiférés.

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21 octobre 2009

La mise à mort

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Après leur extraction du convoi, les sans grade sont immédiatement conduits au “bunker“ et gazés. Les autres, essentiellement des officiers, sont plongés dans le cirages et disposés dans les sous-sols du crématoire numéro III. Protéges par des glaces sans tain, les détenus les observent. Ils sont accompagnés du commandant.

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En cet instant cependant, nos héros se trouvaient, en compagnie d’un chien et d’une poignée de gaspards, dans l’antre du nazisme, au cœur de l’entreprise industrielle à laquelle ils avaient œuvré — autrement dit prisonniers d’un sphincter sur le point de les vomir. Mais rien n’était encore perdu, et d’innombrables questions se bousculaient sous les crânes : comment s’en tirer à mains nues, comment se hisser à six mètres et manœuvrer une trappe qui n’offrait pas de poignée, et de quelle manière, sans mitraillette ni rien, briser une série de miroirs que protégeait une grille… Et où aller pisser, où s’accroupir alors qu’on se sait observé ?

Dépités, ces messieurs décrivaient autant de cercles que la stupidité dans une tête de bois. Pourtant, lorsque j’ai vu un gros lard se mettre à trépigner et chercher l’isolement, j’ai coupé la lumière par respect de sa pudeur, et de la fosse aux lions est monté un plaisant soupir d’aise. Hélas la grossièreté reprit ses droits, et nombre de jurons s’élevèrent.

— Terminé ? 

Pas de réponse. J’ai donc rétabli la lumière, cela au moment où se reboutonnaient le gros lard et son biquet de voisin. Biquet a baissé les yeux, Gros Lard a offert à la ronde une tête de six pieds de long alors que ses semblables, le nez pincé, se détournaient de ses déjections. Intéressé, le Schäferhund s’en approcha, les huma, puis les compissa. Applaudissements des spectateurs, j’ai éclairé la loge.

Leur effarement, quand ils ont distingué notre alignement, nos uniformes ! Et leur soulagement lorsqu’ils ont vu nos deux commandants les saluer. Rudolf de son plus beau sourire, son second d’un claquement des talons et d’un lancer de dextre — mais pas le moment de plaisanter.

A leurs yeux, ce à quoi nous les confrontions relevait du gag un peu salé. Le défécateur se sentit soulagé, les non défécateurs de même, et comme certains exprimaient leur désir de communiquer, je leur offris le micro.

— Schutzführer S.S. Brotschnitte, Herren Kommandanten, se présenta un cabot à la casquette en ruine, qui vint se placer devant ses troupes en ordre de repli. Heil Hitler !

— Heil Hitler ! enchaînèrent les bidasses tandis que le chien, peu rassuré par cet échange, se prenait à aboyer, ce qui lui valut un coup de botte.

Conforté dans sa virilité par le rétablissement de l’ordre, et recouvrant l’aplomb qu’il avait failli perdre, Brotschnitte remonta au créneau, exprima son désir de recevoir le soleil.

— Die Schlüssel, bitte, Herren Kommandanten.

L’objet de son désir, la clé de la liberté, la Schlüssel désirée, c’est moi qui la détenais. Je la sortis de ma poche et me fis un plaisir de la lui promener sous le nez. Puis, d’un guichet, je la laissai choir en direction des mains qui se tendaient vers elle. S’en saisit Brotschnitte, qui fila aussitôt et s’en revint, exprimant un profond désarroi.

— Je ne comprends pas, Herr Major, la porte n’a pas de serrure.

— Comment cela, pas de serrure ? Bien sûr que si, répondis-je. Mais pas de ce côté-ci, mon garçon. De l’autre.

Incompréhension du larron.

— Du côté extérieur, dus-je préciser. Et de lui expliquer qu’il s’agissait de la porte de la chambre à gaz où l’on exterminait les petites filles qui jouaient à la marelle quelques instants plus tôt.

Je vis se décomposer le visage du cabot.

— Je ne comprends pas, Herr Oberst. Qui êtes-vous ?

Cette fois, je laissai tomber l’humour :

— Je me nomme Yitzhak, Yitzhak Zwostek, né à Szczecin en 1922, d’une mère juive bastonnée par des brutes portant ton uniforme, etc… … Mais, entre nous, Brotschnitte, dis-moi, combien de Juifs as-tu  exterminés, depuis le temps que tu t’acharnes ?…

 — Allez, Herr Oberst, tenta le rigolo, ça ne prend plus. Je vois que le commandant…

 — Brotschnitte, j’ai posé une question.

Le jeu aurait pu continuer longtemps, mais j’en ai eu assez. J’ai coupé la lumière, écouté de ramdam, perçu le choc des semelles contre l’acier de la porte, les aboiements des officiers, les gémissements du chien, le couinement des rats. Et j’ai rebranché le micro.

" Pour cause d’assassinat des leurs, les peuples juifs, tziganes, bolcheviques et polonais, ainsi que tous les peuples de la terre, ainsi que les objecteurs de conscience, les Témoins de Jéhovah et les homosexuels, viennent de vous condamner à la peine capitale, c’est-à-dire au Zyklon, par respect de vos coutumes. Dans quelques instants, la trappe située au-dessus de vos têtes (quatre-vingts têtes se sont alors levées) va s’ouvrir, la mort vous choir dessus (inclinaison des fronts vers l’aire d’atterrissage)… Vous pourrez ramasser les paillettes avant que le poison ne s’en dégage, ai-je alors poursuivi, mais où les mettre ? Tout le problème est là. Cependant, ne vous désolez pas. Si vous allez découvrir ce qu’on subi tant de femmes, tant d’hommes et de marmots avant vous, vous aurez sur eux l’avantage de savoir pour quelle raison on se débarrasse de vous. De surcroît, grâce au film que nous allons tourner et leur faire parvenir, vos supérieurs compatiront. Alors une dernière fois, messieurs, Heil Hitler ! et de la dignité ! Le Führer vous contemple."

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La suite, je préfère vous la taire, elle fut épouvantable. Entre les rats qui sautaient sur les hommes et le chien, le chien qui butait dans les hommes, les hommes qui inhalaient le poison et se roulaient par terre tandis que l’écume leur sortait de la gueule, que leurs trognes prenaient les couleurs de la mort, ce fut presque insoutenable. Pour échapper à cette horreur, Frauen Höss et Baer, sensibles à la souffrance d’autrui, s’enfouirent dans leurs fourrures, leurs époux de leur côté s’en allant en pensée se promener du côté du gibet. Quant à Mordekhaï et moi-même, jouissant de ce premier aboutissement de la Vengeance, nous sommes restés jusqu’à la fin, jusqu’aux derniers soubresauts, jusqu’à ce que plus rien ne bougeât, ni les hommes, ni le chien, ni les rats. Ce fut d’autant plus difficile que ce n’était plus une poignée de nazis que nous voyions agoniser à nos pieds mais des milliers, des centaines de milliers de nos frères et de nos sœurs, de nos mères et de nos enfants, de nos tantes, de nos oncles, de nos cousins et de nos cousines déversés par wagons, sélectionnés avec indifférence, exécutés pour avoir osé être.

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19 octobre 2009

L'arrivée du train.


La scène se passe en gare de Birkenau, après le Karnaval.

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Il s’agissait d’un convoi de six wagons dont une silhouette chétive, fantôme de Stück ou mécano de quelque Générale née du délire d’un fou, entreprit de descendre. Le gars traversa l’esplanade encombrée de vareuses et de casques, remarqua que les premières contenaient encore des bras, les seconds des têtes de cons ou des moitiés de trognes, parcourut en gloussant les derniers mètres la séparant de nous.

C’était un homme de petite taille, un employé de la Polnichbahn dont nous pûmes constater que l’errance au milieu des champs de mines, dans la fluctuation des fronts, n’avait en rien entamé le moral. Nous souriant de ses dents restantes, il tira de la poche de son bleu une feuille tirebouchonnée qu’il défroissa et nous tendit.

Quelques mots, griffonnés à la hâte … apparemment signés Ivri.

Je me tournai vers Mordekhaï qui se tourna vers Treblinka, qui vint chercher mon regard.

— Ivri… Ivri… ach ja, finit par se souvenir. Myklos. Mais oui, Ivri, parti gitan dans Opel frau Mengele…

— Où est-il ? demandai-je au mécano.

— Rotwaffe… Soviet Waffe… Staline Armada… vous comprendre ? Mais trop féroce mitraille, ajouta-t-il, lui venir ultérieur.

— Et toi ?

— Moi Zbiqk ! Zbiqk Szymon, poloniski terroriski. Pour Ivry voiturage crapouille !…

Il pêcha un gourdin, en apprécia le poids, puis demanda à Guturdjieff de lui passer « fousile » qu’il portait à l’épaule, en vérité un Knorr Bremse, pistolet-mitrailleur à culasse rectifiée.

— Gut Maschine, ja ! apprécia Zbiqk en en abaissant le cran de sûreté. Bon dégommer nazis, précisa-t-il en nous souriant de ses trous. Ça bardé Warszawa Bialystok, alle kaputt, vous regarder !…

Il souleva une bâche, fit coulisser une porte sur des grognements de bétail.

— Alle raus !

Mais nul ne semblant l’entendre — Achtung ! —, il recula, braqua fousile Bremse, lâcha rafale qui amena silence.

— Nun raus, schnnell ! reprit-il à l’intention d’une épave dont luisait la prunelle. « Wstawai ! »  Et comme le débris ne bougeait pas, il l’empoigna, le propulsa sur le ballast, l’honora d’un coup de crosse.

— Murderzuk, Totschlager, Ashischin, déclara-t-il en lui crachant dessus. Lui tuer femme Zbiqk, tuer enfant Zbiqk, tuer grand-mère Zbiqk et violer fille, et quand violer finir lui incendier kabane et vouloir nouvelle fille mais moi là, moi Zbiqk, alors moi taper gueule et vouloir crabouiller, tous fumiers crabouiller fureur mais Ivri pas vouloir, lui dire Auschwitz, gaskeller und feuer tous nazis, tous S.S. défoncés kérosène jetés vrac wagons porcs wagons chiens, alors partis veaux vaches locomotive, partie cochons ventre vide et rien mange, seulement fumer schnouf et boire schnaps, et partout pisser schnaps et chier schnouf, vous sentir, eux dégueuler schnouf et schnaps, alors zyklon finir.

Zbiqk, qui s’était approché du nazi éborgné, le remit sur le dos. Puis, se tournant vers nous :

— D’accord gaz ?

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18 octobre 2009

La lutte continue.

faute d'accord de l'artiste, visuel supprimé.

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Unir les différentes composantes (une dizaine au bas mot) de la gauche située à la gauche du parti socialiste (ou, selon la terminologie actuelle, du parti social libéral étant donné qu’il a depuis Mitterrand, et sans doute depuis Guy Mollet, renoncé aux idéaux de Jean Jaurès pour devenir ce qu’on appelle une gauche d’accompagnement… d’accompagnement du Capital jusqu’à la tombe où ils basculeront ensemble, et sans doute nous aussi parce que, pendant qu’on se crêpe le chignon autour des tables rondes, la banquise continue de partir en javelle, les eaux de monter et les puits de se polluer en même temps que le bon sens — ici je ferme une parenthèse qui me permit de bien situer le problème), eh bien unir des gens et des partis d’accord sur l’essentiel (foutre en l’air le capitalisme, s’emparer de la finance, bâtir une société au sein de laquelle l’être humain, crachant enfin sur les comptes en banque, sur la rentabilité à tout prix, sur la course à des profits nocifs et sur la mise en concurrence de forces qu’il faudrait au contraire unir face aux menaces du changement climatique), au sein de laquelle l’être humain sera désormais le centre… eh bien au pays de Voltaire et de Rousseau, au pays de Nicéphore Niepce et de Fulgence Bienvenüe, respectivement inventeur de la photographie et bâtisseur du métro parisien, en bref au pays des Lumières et de l’énergie nucléaire… réussir l’union, c’est vraiment pas de la tarte.

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… Songez : hier samedi, en vue non seulement de donner une claque au PS mais aussi d’empêcher le godillot Sarkozien de s’emparer de la Bourgogne, réunion des forces vives de cette fameuse gauche — à l’exception bien sûr de Lutte Ouvrière, formation décidée à mener le combat par la seule force de son verbe — à Plombières-les-Dijon.

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… Ben vous savez quoi ? Alors que tout le monde parlait d’une même voix, était à 90% d’accord sur tout, impossible de signer le texte proposé. Les uns n’avaient aucun mandat pour ce faire, les autres devaient attendre les résultats de leur Conseil National, un troisième groupe n’était pas d’accord sur le titre, etc. Quant à la majorité des participants, elle n’éprouvait aucun désir de s’user sur trois phrases.

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… Cependant, la réunion s’est achevé sur l’Internationale. La lutte continue. Nous allons nous revoir en décembre.

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15 octobre 2009

Christine

Tout de même, quand on passe d’un coup de souris d’une Marianne triomphante à une Christine à ce point négligée qu’on la croirait maltraitée… — plus la moindre lumière dans son œil… et puis ces rides, cette veste qui ne ressemble à rien, ce regard tragique braqué sur l’incompréhension …— il faut l’avouer, on se retrouve en état de choc.

lagarde_perles


Parce que Christine d’habitude si pimpante, si séduisante et souriante, si alerte, en un mot si top, si bling-bling et tout, à la voir ainsi au saut du lit, qui vient d’ouvrir sa porte à des sans-culottes menaçant de la défoncer, eh bien je vous le dis, moi, ça renifle le comité de salut public, la charrette de la guillotine. Cependant, bien qu’il m’ennuierait de prendre le thé en compagnie de cette aristocrate (vous connaissez mes opinions), sa mauvaise mine ne me réjouit pas.

triste_Christine


Une femme dans cet état, excusez-moi, c’est insupportable.

… D’accord, on peut la critiquer ; d’accord, le soin qu’elle apporte à ses cheveux passe avant les finances du royaume ; d’accord toujours, elle mêle vessies et lanternes, ne recule devant aucun mensonge, aucun tour de passe-passe, aucun frais de toilette pour faire avaler les couleuvres présidentielles, mais quand même ! Rien à voir avec la mère Thatcher, épouvantail qui a mené la Grande Bretagne à une régression qui contraint l’écolier d’outre-manche, sous prétexte de more and more working for more and more money, à distribuer le journal et le lait avant de rejoindre l’école, et qui malmène les vieillards tout pareil, encore que dans leur cas au tableau noir se substitueront quatre planches. Cela d’autant plus rapidement qu’il faut attendre plusieurs mois pour être admis chez un médecin, que les trains ne sont pas à l’heure et qu’en plus ils déraillent…

Non, vraiment, aucun point commun entre notre Lagarde et cette Thatcher. Parce que chez nous, au pays des Lumières, des droits de l’Homme, de l’élégance et de la bonne bouffe, la retraire à soixante ans demeure une exception que nous envie l’Europe. Cerise sur le gâteau, le ministère de l’Education Nationale se bat contre l’analphabétisation exponentielle des quartiers populaires, l’aspirine reste inscrite au tableau et le trou de la sécu — y’a pas photo — sera comblé par le prochain emprunt. Quant à la dette,qui fait hurler l’opposition, elle n’est pas pire que celle des autres. Moins abyssale en tout cas que celle des allemands,des italiens, des espagnols, des belges et des roumains. Enfin, pour ce qui est de notre industrie, si elle bat de l’aile, c’est la faute à qui ?


« La faute à la crise ! » expliquera Christine en exhibant ses perles.

… « Et cette crise, reprendra-t-elle, est le résultat des trente cinq heures, le résultat de la gouvernance d’une gauche dont s’est juré notre président d’éliminer les traces. »

« Voyez-la d’ailleurs, cette gauche, poursuivra-t-elle dans un magnifique déploiement de sa crinière d’argent. Voyez-la s’insurger du fait qu’un petit gars de banlieue, instruit et méritant, démocratiquement élu et soutenu par Patrick Balkany, puisse grimper quatre à quatre les échelons du pouvoir, saisir à vingt-trois ans les rênes de l’Europe des affaires…

« Et vous parlez de scandale ? »

« Un scandale en effet, cher David Pujadas., un scandale ! Mais pas celui qu’on pense. »

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13 octobre 2009

Islam, révolution, burka et Liberté

burka_2___copie


Pour je ne sais quelle raison, je cherchais l’autre jour l’orthographe du mot burka. Un clic, et je lis aussitôt sur Google la confirmation de mes talents orthographiques. BURKA. Mais avant de revenir au texte qui m’accaparait, je clique sur “images“ et je déniche celle que voici, aussitôt dérobée pour vous la mettre sous les yeux malgré le trouble qu’elle suscite chez moi.

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Jeune afghane exhibant ses charmes à l’intention de quelque Giorgio Armani, de quelque Lagerfeld en mal d’érotisme vendeur ?

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Explication trop simple.

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Et me voici parti à rêver dans la poussière d’un marché de Kaboul. Beaucoup de monde, beaucoup de femmes intégralement voilées, qui se croisent en silence — on se demande d’ailleurs comment elles font pour ne pas se heurter, tant le grillage de toile qui dissimule leur rouge à lèvres est imperméable au regard. A celui, de l’esthète que je suis, bien sûr, dans le même temps à celui du taliban divaguant à la recherche du moindre écart, à celui du défenseur opiniâtre d’une révolution vouée à l’échec, à celui enfin du surveillant de la morale islamique. Or ce jour-là tout est calme, si bien que la censure n’a rien à se mettre sous la dent, que les bâtons restent à pendre et que… encore que… ouh là là…

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Lassé par le non-spectacle de la foule résignée, j’allais me retirer lorsque m’est venue l’idée, histoire de faire un tour du côté féminin de notre bienheureuse espèce, d’en mesurer les joies, les effrois et fous rires, de me glisser sous une burka. Déclic, un clic, et me voici en costume national, c'est-à-dire en habit de prisonnière.

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Et me voici aussitôt, matérialisation onirique de mes fantasmes les plus inavouables, me voici nue sous mes voiles, délicieusement nue et libre, et seule à le savoir, et seule à me promener ainsi au milieu de barbus qui ne soupçonnent rien, ou qui soupçonnent de telles dépravations qu’ils ne sauraient imaginer en quelle tenue je suis, en quelle indécence je vaque tandis qu’eux-mêmes cherchent la petite bête dans la démarche de mes sœurs ; enfin de quels extraordinaires plaisirs il m’est donné de jouir sous le regard d’Allah.

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Libre je suis, sensuelle et rayonnante, amusée par ces mâles occupés à leurs tâches de fourmis inquisitoriales, par leurs regards en biais, par leur souffrance devant l’interdiction de voir, l’interdiction de regarder, l’interdiction de se souiller à l’image de LA FEMME.

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Je me suis alors approchée d’une de mes sœurs emprisonnée comme moi,  je lui ai murmuré mon secret, lui ai encore glissé quelque chose à l’oreille. Puis je me suis plantée devant un de ces barbus du diable et, sans trembler, j’ai soulevé mon vêtement. Sa barbe, le type a failli se l'arracher , il a sorti son bâton et, tandis que je m'éloignais et qu'il se ruait à ma poursuite, ma sœur lui a fait un croche-pied l'envoyant au tapis.

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Maintenant regardez-moi : je n’ai pas de visage mais je ne me cache nullement, je suis une révolution en marche, une Marianne d’Arabie.

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......... Photo X

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10 octobre 2009

A la veille de Varennes.

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Au capricorne, tout s’est d’autant mieux passé que l’éclairage était trop faible pour que les dissensions se manifestent au grand jour. D’accord, le NPA et le PCF n’étaient pas sur la même longueur d’onde. Le NPA demandait des précisions, le PCF se lançait aussitôt dans des explications que le NPA prenait pour de la diversion, et ça commençait à tourner vinaigre. Buster achevait alors son verre, ramenait sa fraise et priait chacun de mettre son ego en laisse. Rien de tragique, donc, au contraire, et l’on s’est séparés copains en se promettant sur le trottoir une nouvelle rencontre aux alentours de la fin du mois, éclairés que nous serions alors suite aux conseils nationaux de nos partis respectifs. Suite également aux conciliabules que nous tiendrions chacun de notre côté.

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A propos de ce terme de “conciliabules“, je me dis que le peu de lumière du Capricorne, renforcé par le faible niveau sonore de nos discussions (nous ne voulions pas indisposer les deux ou trois consommateurs qui s’attardaient au bar) et l’inclinaison de nos silhouette vers celui qui parlait à voix basse, serrant sur son cœur ses dossiers, illustraient on ne peut mieux la préparation d’un changement de régime.

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pujadas

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… Parce que la révolution qui n’en finit pas de se préciser, pour se convaincre qu’elle est en marche, pas besoin d’aller chercher midi à quatorze heures : il suffit d’ouvrir la télé, d’apprécier à sa juste valeur le beau sourire de Pujadas interrogeant Sa Majesté au lendemain de Varennes. Et sans parler du reste !

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