Chronique, virgule

Chronique d'idées, de mots et d'humeurs : derrière la virgule, il y a toujours à lire...

04 novembre 2009

Fin de Karnaval…

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En vertu de l’atavisme voulant que quiconque, même polyglotte, polydactyle ou polytechnicien, régresse devant l’image du Père, et quand bien même ce dernier aurait-il des allures de moins-que-rien, je dois avouer que le Führer a fortement impressionné les humbles Zigeuners, Juden, Musulmanner et Marxisten-Leninisten que nous redevînmes devant lui. Non par faiblesse de notre part, mais par l’effet de la flamme habitant le branquignol, la rage le maintenant dans un état de férocité dont aucun prédateur n’aurait pu se prévaloir. Car il était petit et plutôt mal fichu, le Terminator teuton. Membres fluets, front bas et pif de clown, moustaches à faire pleurer. En revanche deux yeux de sanglier, deux braises vous désignant l’enfer.

Heil Hitler ! nous sommes nous écriés. Mais le bougre, à deux doigts du cyanure par lequel il comptait échapper à ses juges, n’avait nulle envie de plaisanter.

— Wer sind Sie ? éructa-t-il de sa voix rocailleuse.

— Nous sommes ton pire cauchemar, mon chéri, lui susurra Guturdjieff.

Il a voulu rameuter les siens, mais il y avait longtemps que les siens s’étaient jetés dans les canots de sauvetage, et le seul spadassin à se manifester fut étendu d’une balle entre les yeux. Mais il fallut encore venir à bout de la mariée, laquelle réalisait, son époux n’ayant pas que des amis, qu’il était temps de sortir ses griffes. Vanité ! Kratzko abattit d’un seul ploc la dernière dame du Reich.

Vision sinistre que cette mariée vous fixant de son œil bleu, un coquelicot sur le chemisier. J’ai ramassé le bibi tombé à terre, le lui ai remis sur la tête et c’est à ce moment-là que son mari de la vingt-cinquième heure et son amant de douze années de gâchis eut cette réaction qui nous cloua sur place : frappant le béton de sa canne et trépignant au bord de l’hystérie, il se mit à hurler.

« Mon canard, tenta Mordekhaï, je vois que tu l’aimais, ta cocotte. Tu lui faisais son affaire un peu trop vite hélas, réalises-tu maintenant qu’elle te quitte — un si gentil petit lot !… Et te voici qui regrettes de n’avoir profité de son amour, de ses désirs de femme… Elle aurait tant aimé un enfant, un petit Adolf qui serait à son tour devenu un de ces preux que le monde réclame pour écraser les Freud, les Rothschild et les bon sang d’Einstein qui l’ont mené au mur ! Et qu’as-tu fait, au lieu d’honorer ta poulette ? Tu as terrorisé Einstein, tu as pourchassé Freud, tu as gaspillé ton charbon à les transporter, ton gaz à les éliminer, ton énergie à les refroidir. Et tout ça pour des cendres, celles qui recouvrent aujourd’hui, dans ton empire en vrac, ton peuple désormais errant ! Alors comment veux-tu, devant un tel manque de jugeote, qu'un rigolo de mon espèce parvienne à pardonner ?

» Et dire que tu projetais d’unifier l’Europe, de remettre Charlemagne en selle !…

» Putain la selle ! »

Nous avions en projet de l’abattre, de le balancer au diable…Dans le prolongement de cette vision, nous avons envisagé de le hisser au jour pour le ficeler à l’antenne radio de son trou de taupe, puis de lâcher le ballon qui la maintenait en l'air, de regarder s’élever le guignol qui allait fasciner Ouzbeks, Tabriskis et Mongols, les faire s'agenouiller, fermer un œil, amener ses gesticulations dans le réticule de leur viseur. Nous avons même pensé lui trancher les bretelles de façon que son pantalon, tombé sur ses godasses et le dénudant du bas, fît songer le sniper à quelque batracien mené au Nirvana par l'ange de la radiophonie… De fil en aiguille, nous en sommes arrivés à l’imbiber d’essence avant qu’il ne monte au ciel, à regarder les flammes lui lécher le fondement.

Mais voici que le drôle s’agitait, vagissait et bavait. Alors savez-vous ce qu’il a fait, Mordekhaï Kosteki ? Il a tiré son canif, s’est saisi d’une oreille, l'a tranchée et tendue à Panzer. Et comme Junkerine s’inquiétait de n’avoir rien reçu, il a tranché la seconde et la lui a offerte. Nous naviguions en plein surréalisme, du côté de la névrose.

— Tu as tout de Van Gogh, mon lapin, s’amusa Mordekhaï, le couronnant d’une rose tombée de la coiffe de la mariée..

— Et du Kandinsky de foire du Trône, renchérit Kratzko en le barbouillant de rouge… Mais trêve de plaisanteries, passons à la sentence….

Pour éviter que le sang ne lui obstruât les conduits et ne l’empêchât de saisir nos propos, Mordekhaï avait plaqué sur son visage un linge d’où émergeaient deux entonnoirs de fer remplaçant les oreilles. Kratzko de son côté, pour interdire au délinquant de perturber le verdict par la sempiternelle mise en accusation de son état-major, lui avait cloué le bec d'une bande de chatterton. Inspiré à son tour, Ladislav l’avait si bien ficelé que feu le maître du monde, la tête sur le billot, ressemblait à ce point à l’Agneau que nous serions tombés à genoux, le front levé vers le Seigneur. Mais ce n’était là que manière du démon de faire trembler nos âmes, et la Cour poursuivit.

« Hitler Adolf ici présent, en application de la loi du talion, de nombreux yeux réclament tes yeux, de nombreuses dents tes crocs, et des millions de squelettes souhaitent qu’on te désosse. »

» Maintenant vois Abdul, prince des Romanichels, qui t’offre ce dernier plaisir, le godet de l’adieu — moitié carburant de V1, moitié poudre à canon rehaussée de graisse de char, avec un soupçon de cet alcool de synthèse dont ta Buna a débordé… — goûte-moi ça, une merveille !

Il a goûté, il a même englouti, Mordekhaï ceinturant l’animal, Guturdjieff lui enfonçant un troisième entonnoir dans le gosier, Cabriolet lui bouchant les narines pendant que j'inclinais le bidon. Kratzko pendant ce temps, accompagné des chiens de la solution finale, contraignait à reculer trois blattes lancées dans une opération Ardennes : le secrétaire particulier du commandant suprême, un certain Bormann, accompagné d’un Goebbels pantelant suivi de son épouse, ex-tragédienne qui venait de suicider leurs mômes. Elle a reçu elle aussi son pruneau dans la couenne, a porté une main blanche à son cœur, a cherché le soutien de son seigneur. Mais son seigneur ne l’avait pas attendue, qui gisait à ses pieds. Silencieusement, d’un beau et lent mouvement coulé, elle l’a alors rejoint, et c’en fut terminé des blattes.


Avant de regagner l’air libre, nous saisimes encore le Führer, ainsi que sa moitié …

Pardon, c’est trop épouvantable,      

je ne puis continuer

j’arrêterai là,

merci.                                                Hitler_froiss__

 

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Commentaires

Fin de Karnaval? Non Mimi, non, c'est le 20ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin ( et pas celui des Pink Floyd ).
Baltha

Posté par Baltha, 08 novembre 2009 à 07:29

Amen

Et nous entrons bientôt dans l'Avent.
Frère Baltha

Posté par Don Baltha, 12 novembre 2009 à 13:51

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