Blog couv KDP

    15 août 2008

4 - Prions

 Buster avait oublié. Oublié que le 15 août, est dédié à la Vierge Marie, modèle de Marianne.


Si nous sommes croyants, délaissons donc nos jeux pour nous recueillir et prier pour elle.
Et si nous ne le sommes pas, mettons malgré tout un genou en terre devant la femme qui nous a mis au monde et qui nous a guidés, la mère de celles qui nous ont tant donné et continuent d’offrir.
Et tous ensemble, demandons au Grand Esprit des Cherokees,
demandons à l’esprit grand ouvert de l’Homme que nous allons devenir de
modérer les ardeurs pétrolières, gazières, et financières des Bush, des Poutine, des Sarko-Berlusco et de la kyrielle de ceux qui s’en réfèrent à eux. Et que la Terre se remette à fleurir, que nous croquions le fruit de la conscience et de la liberté.

 

     8 octobre 2008

8 - Babel et Boeing

 Hier, cherchant un visuel pour illustrer son billet sur l’effondrement de la finance, Buster s’en fut se promener du côté du Veau d’Or. Lui vint ainsi l’idée de substituer au symbole religieux les tours du WTC.

À ce propos, permettez-lui de vous rassurer : il n’est ni juif, ni chrétien, ni musulman ni rien. Pas même baptisé. Autrement dit ne croit pas en Dieu, plutôt en la réunion des trois éléments constitutifs de l’univers : matière, énergie, esprit. Mais qu’on nomme cela Dieu ne le gêne pas, il a l’esprit ouvert.

Donc, le World Trade Center, en pleine bataille navale entre Ben Laden et Bush…


Une tour touchée, un point pour Ben Laden. Une seconde, second point, et le jackpot lorsque l’une et l’autre s’effondrent, magnifiquement suivies par une troisième, la WT7.  Buster termine aussitôt mon billet.

Il allait le mettre en ligne lorsque lui vient l’idée de noter sous l’image des twin towers en feu le nom du photographe, qu’il ne parvient bien sûr à retrouver. Ce qui lui permet de passer de la création à la recherche. Mis dans un état second par l’écrasement spectaculaire des Boeing sur les deux édifices phalliques, et touché par la grâce, d’inscrire alors sous le cliché : Babel towers collapse.

Dézinguées, les tours de la Finance !…
Foutu bas, le symbole du Pouvoir !… Pulvérisé, l’impérialisme US !

Les deux Boeing pilotés par le terrorisme représentaient la main de Dieu foutant aux chantres du Veau d’Or la torgnole des torgnoles.

— Dieu soit loué ! jubila-t-il devant les vidéos tournant en boucle.

— Allahou akbar ! entendit-on en Palestine.

 

     20 octobre 2008

11 - Trahison

 Nul ne sait si la cause en revient à la baisse du taux de la Caisse d’Epargne, mais ce lundi s’annonce gris. Aussi gris et sombre et désolé que notre malheureux Strauss-Kahn, étoile ô combien pâlissante d’un socialisme libéral, ou d’un libéral-socialisme lui-même ô combien pâlissant.

Ce Dominique sort par les yeux de Buster, par ses trous de nez, par tous ses orifices, y compris ses oreilles. Pourtant, en plus d’un latin lover de renommée mondiale, ce DSK est une tête. Et pas une petite tête comme l’est notre président, mais une grosse. Et si bien remplie, à ce point lourde qu’il dut se la prendre à deux mains, le jour du couronnement de Jean-Marie Le Pen, pour annoncer à la France atterrée qu’elle devait coûte que coûte défendre la République, défendre ses valeurs, voter en conséquence pour celui qui ne ferait jamais rien : pour voter Jacques Chirac.

Accablé qu’il était ce jour-là, le stratège du PS. Gris, limite blafard, de la couleur de la France des lendemains d’alors, c’est-à-dire de la France d’aujourd’hui. Pourtant Buster doit se rendre à l’évidence : le grand économiste voyait juste. Sans ce Chirac fatigué, certes, mais ô combien efficace au poker où se gavent les nantis, où en serions-nous en cette heure ? Nous aurions eu Le Pen et sa garde rapprochée, ses nervis, ses casseurs de bougnoules, si bien que Nicolas Sarkozy ferait actuellement le grand écart entre les vivats de sa majorité et les huées de l’opposition. On rigolerait. À cette réserve près que les deux droites, la monstrueuse et l’insupportable, auraient fini par s’entendre pour n’en faire qu’une, de sorte qu’aucun DSK ne puisse la déranger. Du coup, rassemblée dans sa lutte ancestrale contre la réaction, la gauche au… la gauch aur… mais de quelle gau auche parlons-nous, et où est-elle, cette gauche qui ne cesse de trahir, cette gauche à l’agonie qui ne sait toujours pas à quel croquemort confier ses restes.

 

     5 décembre 2008

19 - Retour à la tribune

 Le fléau de notre époque, ne tentons pas de nommer, nous arrivons trop tard. Nos mères l’ont désigné pour nous en détourner quand sous étions petits, nos pères l’ont imité pour nous terroriser. Il s’agit du LOUP.

Du loup, autrement dit du supérieur, du possédant, du PDG, du chef, du monsieur Président.  Et le loup de se déguiser pour guetter nos désirs, le clone du loup d’œuvrer dans le même sens, le serviteur du clone d’épauler ce dernier, le serviteur du serviteur de l’imiter, enfin le gardien de l’ordre (nous atteignons  ici le niveau zéro d’une fonction publique à ce point dégradée qu’on y embauche des types sans éthique ni culture) de sortir son carnet. Fondement de la pyramide, l’assermenté croit en effet dur comme fer aux bobards que lui transmet sa hiérarchie, et se doit de comprendre que le peuple est un fléau.

Alors je vous le dis, moi, Buster : la plaisanterie n’a que trop duré. Aujourd’hui, le loup capitaliste ayant mué en ogre, il serait temps que les moutons disent non.

Finance et accumulation, nées l’une et l’autre à la faveur de tontes de plus en plus fréquentes de la masse d’abrutis que nous formons, sont à ce point devenues les ennemies de la nation qu’il est urgent de leur mettre la pâtée. D’autant qu’avant longtemps, au rythme où va le progrès, la gent ogresse n’aura plus guère besoin de grouillots. Des machines fonctionnant au solaire vont à jamais remplacer, chez Amazon et autres, le personnel humain payé à coups de lance-pierre.

 

Cette question au passage, histoire de s’attaquer à du sérieux : que fera l’ogre du troupeau de chômeurs que nous allons devenir ?

 

     19 décembre 2008

24 - Solution finale

 Banquiers et managers de l’absurde s’ingénient à réduire la personne humaine à la fonction de clé à molette. Mais cette obstination ne leur suffit pas, et les voici qui cherchent, comme le fit le Führer, à régler à jamais le moindre problème de société. Pour le moment cependant, ils n’iront pas jusqu’à remettre Auschwitz en route, ils ont trop peur des conséquences. Mais ils n’ignorent pas que sont restés en liberté nombre de génies de l’holocauste, si bien que le nazisme (en apparence éradiqué, en vérité reconverti dans la technocratie), a peu à peu introduit son poison (la compétitivité) dans les univers de la production, de la consommation et de la gouvernance. Respect dû au chef, profits pour le décideur, restrictions pour le salarié, si bien nous pouvons comparer les poulaillers modernes, dont nul poussin ne sortira vivant, aux baraquements des camps. D’autant que la fermière du Chasseur Français, au contraire de l’empereur de la volaille, ne peut plus se réjouir du caquetage de ses poules quand elle va ramasser leurs œufs. Elle n’a plus que trois pondeuses, dont le faible rendement permet à peine de vivre.  Et puis l’artisanat est dépassé. L’étable d’autrefois est remplacée par des élevages hors sol où les vaches, on se demande pourquoi puisqu’elles n’iront jamais au champ, ont encore des sabots.

Freud aurait pu intervenir, ramener le nazisme au niveau du dérèglement mental, mais l’action de ses disciples se cantonna si bien au réconfort des survivants que les tortionnaires purent à loisir perfectionner leurs façons de procéder.

Pour maintenir tranquilles ceux qui sont au chômage, pour mettre de leur côté ceux qui triment, ils ont à leur disposition, en plus de la vidéosurveillance, le lois qu’ils ont eux-mêmes rédigées avant que leurs petites mains ne les votent. C’est la raison pour laquelle, dans le but de sécuriser les échanges financiers, par la même occasion de lutter contre le terrorisme, ils regroupent les nations sous des bannières à la fois guerrières et économiques. Ils se sont entre temps mis d’accord sur leurs objectifs, et nous pouvons parier qu’au moindre pet de travers se déclenchera le conflit général chargé de régler les problèmes de chômage dans les pays riches, de surexploitation dans les autres. Et le plus remarquable est que le nouvel holocauste ne nécessitera aucune intervention terrestre. Par le moyen de drones, de robots, de rayons laser et de bourrage de crâne, il se jouera depuis la stratosphère par logiciels interposés.

Quant aux banquiers et donneurs d’ordre, qu’ils dorment sur leurs deux oreilles. Comme à l’époque de l’huile bouillante et du plomb fondu, ils ont aménagé des trous d’où ils ressortiront le moment venu.

C’est du moins ce qu’ils espèrent.

 

     22 décembre 2008

25 - Horreur

 « Nous vivons au sein d’un leurre magistral, d’un monde disparu que des politiques artificielles prétendent perpétuer. Nos conceptions du travail et par là du chômage, autour desquels la politique se joue ou prétend se jouer, n’ont plus de substance : des millions de vies sont ravagées, des destins sont anéantis par cet anachronisme. L’imposture générale continue d’imposer les systèmes d’une société périmée, afin que passe inaperçue une nouvelle forme de civilisation où seul un faible pourcentage de la population trouvera une fonction. L’extinction du travail passe pour une simple éclipse alors que, pour la première fois dans l’Histoire, l’ensemble des êtres humains est de moins en moins nécessaire au petit nombre qui façonne l’économie et détient le pouvoir. Nous découvrons qu’au-delà de l’exploitation des hommes il y a pire, et que, devant le fait de n’être plus même exploitable, la foule des humains tenus pour superflus peut trembler, et chaque homme dans cette foule ». *

     * Viviane Forester, L’horreur économique, quatrième de couverture.

 

     2 janvier 2009

26 - Marianne

 Non content d’avoir fait boire le bouillon à la gauche, Nicolas Sarkozy s’attaque à présent à la casse de son propre parti. Et continue en toute conscience, avec l’assentiment des tenants de l’Honneur-Famille-Patrie, de démolir la démocratie, de foutre en l’air la solidarité qui en est le fondement, de défigurer le visage de la France.

 Aime-t-il seulement la République ? La Marianne qu’il nous a présentée avec l’assentiment de Mickey, puis qu’il a épousée, et dont le bas de laine (pardon, le bas de soie) vaut largement le sien, cette Carla transalpine que nous serions d’autant plus honorés d’accueillir qu’elle a une jolie voix et que son charme nous touche, eh bien cette Marianne-là, frères et sœurs attablés devant le Journal de 20 h, encore que cela nous fasse mal de le penser et de devoir le dire, n’est pas vraiment celle que nous attendions.

La nôtre, qui ensemence notre pays depuis les frontons de nos villages, qui le nourrit de son lait, de son blé et de sa constance, n’est ni une poupée de luxe, ni une fille de riche. C’est une haute figure qui symbolise la terre, le soleil et la vigne. C’est un principe que nous portons en nous, une vision fondatrice qu’aucun chefaillon de Foire du Trône, fût-il aussi fringant que Nicolas, ne saurrait  accaparer sans que nous brandissions nos fourches.

 

    6 janvier 2009

29 - Petite fille

 Jamais ne souffrira de la faim, ni du froid, ni de la guerre, la petite fille illuminée de vie, la fillette insouciante s’en allant à l’école en sautant à cloche-pied,

Mais imaginons-là du côté de Varsovie voici soixante-dix ans… Son émancipation se serait heurtée à une falaise de haine, ses rêves auraient viré cauchemar. Et si elle avait échappé aux rafles, si elle avait été sauvée par quelque voisine effarée, dans quel état aurait-elle abordé la saison des amours ?

Imaginons maintenant qu’elle ait grandi dans l’enfer de Gaza, qu’elle soit en cette heure enfouie sous des gravats…

 

Notre conscience évolue. Nous savons à présent que le bien et le mal coexistent en chacun — pas à égalité sans doute, le mal possédant sur le bien l’avantage de la force, de la névrose et du mensonge, mais ce n’est pas là le plus important. Tout être humain — à condition de n’avoir pas été dès le berceau la proie de l’abjection — détient la faculté de choisir.

De choisir le bien, ou de choisir le mal, ou de rester à distance de l’un et de l’autre… Pas facile, car l’argent entre en jeu. Et l’argent, pollueur de la nature, pervertisseur des idéaux de l’homme, a tôt fait de changer tout être humain en chien.

Il nous faudra muer si nous souhaitons demeurer de ce monde. Nous élever vers un avenir digne de nos espérances, transformer en jardins nos sociétés de brutes. Soigner notre planète avant qu’elle ne nous broie.

 

Qu’en pensera la fillette batifolant sur le chemin de son avenir, quand elle aura grandi ?

 

    9 mars 2009

42 - Le pire

 Au fil des jours se précise le déclin du système construit sur l’accumulation. Aux yeux des plus patients, dans les esprits des plus éloignés de la politique, il devient ainsi évident que le système en lequel nous nous enfermons représente un danger. Impasse du capitalisme, impasse du productivisme, notre civilisation atteint aujourd’hui ses limites. Moment charnière de notre histoire ?

Nationalisations, planification écologique, ces concepts ont cessé de choquer, un grand chambardement s’engage. Dépoussiérant les anciennes illusions, on se prend à réfléchir, à chercher une issue autre que personnelle. Conscients de l’état de notre planète, nous cherchons une manière moins stupide de consommer et de produire.

Les diplômés de Sciences Po devraient répondre à nos attentes, ils ne le peuvent pas, ils ont été formés pour gérer l’existant, à la rigueur le diriger, non pour le modifier. Si bien que nombre de citoyens commencent à le réaliser : au milieu des craquements d’une civilisation à l’agonie, la solution se situe dans le peuple, dans son intelligence, dans l’instinct qui le fait se rassembler, chercher des solutions, s’opposer à l’inconsistance. Les temps à venir seront ceux de l’audace, du courage, de l’imagination.

 Le pire, comme le pense Evo Morales, ne serait pas que le capitalisme s’effondre. Le pire serait que le socialisme du vingt-et-unième soit incapable de le remplacer.

 

     4 avril 2009

44 - Manquent les flingues

 G 20 de Londres. Non seulement y fut mise au point la meilleure façon de sauver la planète — entendez la finance —, mais notre Sarkozy s’y est affiché en compagnie de  sa nouvelle idole, Barack Obama.

Cependant, d’après les images du 20 heures et les vidéos d’internet, ce G 20 évoquait plus une réunion de malfrats qu’une concertation de responsables. Étaient réunis là tout ce que la planète compte d’esprits retors, de personnages vénaux, attentifs tous aux renvois d’ascenseurs, et tous d’arborer des sourires de malfrats. De plus, les montagnes de dollars qu’ils tiraient de leur manche et donnait à humer, sans que le moindre billet pût voltiger vers quelque main calleuse, évoquaient la commission, la rétro-commission et l’accord inavouable. À ce tableau des manigances et des compromissions ne manquait que la pièce montée dont le sommet se soulèverait pour qu’apparaisse la sulfateuse de la justice.

Quoi qu’il en soit, des mesures salvatrices ont été prises à l’unanimité. Celle, par exemple, de demander aux retraités de mettre la main à la poche pour que l’État soit en mesure de secourir les banques, de leur verser des primes, de graisser la machine à billets. À noter que ses machinistes, créateurs de la mécanique à grossir les revenu, en profitaient pour s’octroyer des salaires à faire pâlir un prince, se servir le caviar à la louche (à ce propos, Buster à trouvé DSK décidément replet), et n’éprouvaient aucune honte à retourner leur veste. Ainsi Nicolas-le-Valeureux ne se cacha nullement quand il cira les bottes de son rival chinois, hier menacé de sanctions, aujourd’hui encensé.

Au fait, nous autres “pauvres cons“, en quelle oubliette nous avait-il relégués, ce magnifique G 20 ?

 

    11 septembre 2009

51 - Dans le rêve des chevaux

 Camargue, 15 heures. À l’ombre de leur abri une dizaine de chevaux ensommeillés, ainsi que le sont les paysages de ce pays d’ailleurs.

Vent léger agitant les roseaux, enveloppant toute chose de la chaleur des champs et des rizières, du parfum du vivant. Choc d’un sabot suivi de l’ouverture d’un œil sur un œil de pur-sang luisant sous sa crinière, pourtant rien ne se passe. Les roseaux continuent de ployer sous le souffle du sable, l’après-midi s’immobilise dans la posture d’un échassier.

Mais de cette sieste dans les limbes vous n’avez nulle conscience. À peine vous rendez-vous compte que vous êtes accoudé à une barre de bois qui fut autrefois blanche, à quelques centimètres de la masse douce et chaude d’une encolure caressée de la joue. Le museau vous effleure, la pupille est fixée sur le vent, sur l’ailleurs, sur un tas de crottin que l’on distingue à peine.

Aucun son ne bouscule, aucun mouvement ne brise le silence que respectent les hommes.

Lorsque rentrent les cavaliers partis pour la promenade, le monde sort lentement de sa léthargie. Et c’est à peine si vous réalisez que vous étiez ailleurs, que vous venez de traverser l’après-midi dans le rêve de chevaux au repos dont l’un, sans manières, paisiblement défèque.

 

    5 octobre 2000

55 - Serge

Interview de Serge Dassault.

Selon cet avionneur, on ne peut plus au fait du progrès des techniques depuis Latécoère, le rôle des syndicats est clair : Un : inciter à la grève, Deux : mettre les bâtons dans les roues de patrons acharnés au redressement de la France. La CGT, la CFDT, FO et SUD pousseraient ainsi à des augmentations irréalistes de salaires tandis que leurs homologues polonais, tunisiens et birmans assureraient des coûts de production de trois à dix fois moindres.

Jamais il ne lui viendrait à l’idée du brave homme qu’on pourrait, à l’inverse, inciter Tunisiens et Birmans à réclamer des salaires plus élevés. De telles revendications mèneraient à un alignement vers le haut infiniment moins profitable, pour les rapiats de son espèce, que le sain nivellement par le bas entrepris par la France, phare d’un modèle social que nous envie le monde, mais passons.

Passons sans pour autant délaisser le vieux Serge.

Malgré qu’il fréquentât les hautes sphères du pouvoir, le voici inéligible en raison de l’achat d’électeurs lors des scrutins l’ayant boulonné à son fief de Corbeil. Nouvelles élections, donc, et le voici réélu… — non pas sous son nom, mais sous celui d’un homme de paille. Réélu en effet, par 27 voix d’écart avec son adversaire de gauche. Mais comme il le fait remarquer au micro de France Inter, quand on aime, on ne compte pas. 

 Élections irlandaises.

Là, ce n’est pas Serge qui a triomphé, ce sont ses alliés, solidement ancrés dans une Europe s’apprêtant à se coucher devant les multinationales US. Alliés et complices qui n’ont pas lésiné sur le mensonge et les salades.

 Où va la France que nous aimons, où va l’Europe que nous avons souhaitée, à présent dirigées l’une et l’autre par des communicants, des falsificateurs.

 

    13 octobre 2009

58 - Burka

 Rédacteur scrupuleux, Buster s’inquiète de l’orthographe du mot burka. Un clic et hop, confirmation de son intuition : BURKA. Mais avant de revenir à son texte, le voilà cliquant sur images, en parcourant une vingtaine avant de dénicher celle qu’il juge la meilleure, pas piquée des hannetons, qu’il transfert aussitôt sur son blog : top-modèle afghane relevant son vêtement, dévoilant une poitrine si parfaite que le voici en imagination parti draguer sur le marché de Kaboul.

Foule compacte, femmes voilées se croisant en silence, et dont on se demande comment elles ne se heurtent pas tant le grillage entravant la vision interdit les clins d’œil — les leurs bien sûr, ceux de Buster pareillement, mais également ceux de l’intégriste et de l’inquisiteur, dissimulés tous deux sous des barbes fournies. Cependant rien à redire ce jour-là, chacune s’est pliée à la règle, si bien que les bâtons restent à pendre.

Encore que…

Buster allait se retirer lorsque lui vint l’idée, histoire de faire un tour du côté féminin de sa personne, de passer une burka. Déclic, un clic, et le voici à l’ombre.

Retrouvons-le peu après, matérialisation de son fantasme le plus intime, à poil sous l’étoffe islamique, délicieusement nue et seule à le savoir, et seule à se promener ainsi, folle impudique, au milieu de barbus incapables d’imaginer en quelle dépravation elle va, ni de quelles émotions elle jouit sous le regard d’Allah.

Libre je suis, s’amuse-t-elle, sensuelle et rayonnante, amusée par les mâles occupés à leurs tâches pitoyables, par les barbus que rend  stupides, pauvres chéris, l’interdiction de se rincer l’œil.

La libérée de s’approcher alors d’une de ses sœurs, de lui murmurer son secret et, riant avec elle, de la prier de l’assister en l’action qu’elle médite. Puis de se planter devant un taliban du diable, de prendre tout son temps, de soulever le voile de l’interdit.

D’abord soufflé, comme anéanti par le péché qui lui saute à la face et le paralyse, le barbu recouvre l’usage de ses membres et s’élance, gourdin brandi en direction de la tentatrice, de la dépravée, de la salope qui s’enfuit devant lui. Une silhouette anonyme lui fait alors un tel croche-pied qu’il se retrouve à quatre pattes, le sang lui jaillissant du pif et lui souillant le poil.

 

Maintenant, tandis qu’il peste en s’ébrouant, voyez vers l’horizon de cailloux, de sable, de guet-apens imaginés d’amour fou, s’avancer la superbe. On ne voit ni ses yeux ni ses lèvres, uniquement ses seins aux mamelons dardés. Elle a le visage dissimulé mais ne se cache nullement. Elle est une révolution en marche, une Marianne d’Arabie.

 

 

63 - Comme si *

 Et puis on n’a qu’a faire comme si…


On n’a qu’à faire comme si toi tu avais une belle queue et un long museau ; on n’a qu’à faire comme si moi j’étais agile et balancée ; on n’a qu’à faire comme si toi tu étais un beau loup et moi un petit lapin frétillant et que je pouvais grimper très haut dans l’arbre et que toi tu m’attendrais en jubilant, et puis après peut-être tu pourrais me pique-niquer, après, si tu es sage, si je veux bien descendre.


On n’a qu’à dire que ton sexe est une marionnette et le mien aussi, et on jouerait au chasseur qui tombe dans le piège à loup, et le loup qui rit et le petit lapin qui lui lèche les babines.


 On n’a qu’à dire que ton sexe est mon petit animal de compagnie et qu’il n’aime pas les autres gens et qu’il a peur sans moi, et qu’il vient se cacher dans mes jupes. Et moi aussi un petit animal craintif à caresser dans le sens du poil, et puis après je t’aime et je m’ébroue et j’ai très faim.


On n’a qu’à dire qu’on se connaît depuis toujours et qu’avant on était des ours et qu’on jouait ensemble depuis toujours, et qu’on était des baleines et qu’on nageait et qu’on faisait des concours de jet d’eau depuis toujours, et qu’on était des aigles et qu’on pouvait se voir à des kilomètres depuis toujours, et qu’on était des couleuvres et qu’on s’enroulait l’un à l’autre, et qu’on pouvait se frotter chaque parcelle de peau et s’emmêler et faire des nœuds, et qu’on était dans le même œuf, et qu’on n’avait qu’une bouche.

 * Ce texte est de ma fille Sarah

 

    16 octobre 2011

66 - Cocos jusqu’à l’omelette

 D’abord, le camarade président la séance, comme Buster l’en avait prié, lui offrit le micro. Notre essayiste a donc annoncé que son bouquin venait de sortir, qu’on pouvait l’acheter pour onze euros, ce à quoi il invita ses camarades car il s’agissait là d’un excellent bouquin, qui plus est plein d’humour. Puis la séance fut ouverte, qui porta sur la crise et la dette. Elle fut comme à son habitude passionnante sur le plan des chiffres, en revanche déplorable quant à la spiritualité vers laquelle il tenta de l’entraîner. À l’issue de quoi, ayant échoué, il sortit la queue basse.

Et doublement basse, pour les raisons que voici : d’abord il n’avait vendu qu’un exemplaire de son livre, ce qui est un comble lorsqu’on sait que l’ouvrage fut rédigé à l’intention de ceux qui lui tournèrent le dos ; d’autre part pour la raison que tout le monde, Barlouin en tête, s’était ouvertement fichu de sa tronche à propos de la guerre que déclarerait la Finance à ceux qui s’en prendraient à elle.

— En 1792, toute la noblesse d’Europe s’est dressée contre nous, avança-t-il. Et nous lui avons cloué le bec.

— Qui ça, “on“ ? Les sans-culottes ? Mais nous n’en avons plus, fit remarquer Barlouin.

— Nous reste la force de dissuasion…

— Que nous a léguée de Gaulle ?

Là, mettez-vous dans l’ambiance. Comprenez que l’assemblée était composée de communistes pur jus, autrement dit formatés, ancrés sur leur histoire. Sitôt passée la seconde d'un silence effaré — de Gaulle ! —, Barlouin a hurlé de rire, ouaf ouaf, suivi de nombre de ses semblables, ouaf ouaf ouaf, tous cocos, tous se tenant les côtes, agités d’un ressentiment ancestral à l’encontre de l’homme qui les avait coiffés au poteau du temps de Mathusalem, enfin de Maurice Thorez, voici plus de soixante ans. Et qui entendaient tous, vivifiés qu’ils étaient par soixante ans de luttes perdues les unes après les autres, bâtir une société nouvelle.

 

     23 octobre 2011

69 - Modernité

 Soirée littéraire chez Laurent, œuvrant à une étude sur la crise. Mais il ne fut question ni de finance, ni de politique, encore que l’ouvrage présenté (Discours sur la servitude volontaire) concernât ces sujets.

Question posée : Pourquoi un seul peut-il gouverner un million alors qu’il suffirait à ce million de dire non pour que soit rejeté le gouvernement d’un seul ?… Est alors revenu à Buster cette idée que l’humanité, reflet des gens qui la composent, franchit comme eux les paliers menant de la naissance à la maturité.

Il se disait que nous en étions à l’adolescence, dont il situait les prémices à la Révolution, autrement dit au mouvement qui dressa le peuple devant son roi, à la manière du garçon devant son père. D’où le passage de la monarchie à la république, sa mise en place définitive survenant aux alentours de la révolution industrielle, soit cinquante ans plus tard. Or, dans ce bel arrangement, il avait oublié que rien, à l’échelle d’une entité aussi complexe que l’espèce humaine, ne peut s’accomplir avec une telle vélocité, ni aussi simplement. Et voilà qu’un ancêtre, auteur à 18 ans d’une dissertation que peu de nos compatriotes mèneraient à son terme, le contraignait à revoir sa théorie. Il a ainsi réalisé que si l’adolescence débute à la première révolte contre l’autorité, il était nécessaire de remonter à Spartacus pour la voir s’exprimer à l’échelle de la société.

À remarquer que cette révolte d’esclaves ne précéda que de quelques décennies l’apparition d’un Christ en appelant au partage. Et que ce premier signe de mûrissement a pris deux millénaires pour nous mener à la crise d’identité que nous traversons aujourd’hui.

La démocratie, autrement dit la parcelle de pouvoir abandonnée par le prince aux moins-que-rien que nous sommes, va s’étendre à l’avenir aux domaines encore interdits que sont l’économie, la banque et les armées.

 

     25 octobre 2011

71 - À propos de Ben Laden

 Tandis que la Tunisie votait en nombre ce dimanche, le Comité libyen de… trahison faillit-il déclarer au journal de 20 h avant de se reprendre : de transition donc, rétablissait la charia pour maintenir son peuple en laisse. Doit-on s’étonner d’un tel écart de décisions entre bénéficiaires d’un même printemps ?

La Tunisie, délivrée de son dictateur par ses propres moyens, a choisi la démocratie. Sans doute lui faudra-t-elle des décennies pour établir un régime respectueux de ses attentes, mais combien de temps nous aura-t-il fallu à nous autres Français, pour instaurer un semblant de démocratie ?

Quant à la Libye, elle offre l’exemple opposé. Elle ne fut libérée de son tyran que par l’intervention des aviations britanniques et françaises, sans parler des livraisons d’armes ni  des conseils que lui ont prodigués nos Cameron et Sarkozy. Et si Michèle Alliot-Marie a proposé d’envoyer nos gendarmes au secours de Ben Ali, alimentant ainsi la colère tunisienne, la même erreur ne s’est pas répétée dans le cas de la Libye : avant de n’en faire qu’à leur tête, nos stratèges d’occasion se sont assuré le soutien de l’ONU. Après quoi les marchands de canon ont mis les bouchées doubles. Il faut dire que leurs interlocuteurs, tous d’anciens serviteurs du colonel, leur semblaient des plus fiables.

L’assassinat de Kadhafi n’est pas à déplorer. Mais le pruneau qui l’a achevé illustra la volonté des puissants de le réduire au silence avant qu’un tribunal international ne l’invite à se défendre. En tout cas, il ne s’est pas agi de l’expression d’une quelconque justice. Plutôt de la manigance d’un petit Napoléon que rattrapait un nombre hallucinant de casseroles.

Sans doute en alla-t-il de même de Ben Laden, traqué de son côté par le Mossad et la CIA.

 

    1er novembre 2011

73 - Panique à bord

 (…) Sur ces entrefaites, s’illumine le visage des Palestiniens : enfin reconnus par l’Unesco ! En revanche (on s’y serait attendu), colère affichée de Netanyahu, qui y voit la reconnaissance d’un état terroriste aux portes de son paradis. Mais en réalité, sous le courroux se dissimule un ricanement, car Bibi déclare aussitôt que les négociations de paix sont torpillées — ce qu’elles étaient depuis longtemps étant donné qu’il préfère l’affrontement. En conséquence, menaçant de priver les palestiniens de nourriture et d’eau, il multiplie les constructions israéliennes en zones colonisées. Et d’ici qu’un missile en fer blanc, manié par quelque taupe du Mossad affublée d'un burnous, décolle de Gaza pour aller faire long feu du côté d’Ofakim, gageons que les représailles seront à la hauteur de l’agression. Ceci sans que notre président ne s’insurge. En plus des acrobaties qui lui sont habituelles, il a en effet deux casseroles sur le feu : celle du potage arabe, dont il faut se défier, et celle du rata sioniste, dont il s’agit d’entretenir la saveur pour des raisons de finances, mais interdiction de l’avouer. Là-dessus voici Papandréou annonçant (après tous les euros dont le gratifia l’Europe !) une consultation populaire dans son pays de faignants. Et pas pour le maintien ou non de la Grèce dans l’Europe, auquel cas le oui l’emporterait haut la main, mais pour demander aux Grecs s’ils sont d’accord avec le plan d’austérité que leur inflige la troïka.

Imaginez les Portugais, les Espagnols, les Irlandais…

— Angela ?

— Ja.

— Ne manquerait plus que mes crétins de Français en veuillent un eux aussi, de référendum.

— Halten Sie. Ich telefon Athènes, tu appelles Obama.

 

    4 décembre 2012

75 - Dans la salle des machines

 Archaïque paraît-il, la nationalisation possible d’Arcelor Mittal.

Aux yeux de politiciens sortis de la cuisse de Jupiter, évidemment. Ceux-là, même si certains se réclament de Jaurès, d’autres de Charles de Gaulle, sont des défenseurs acharnés du capitalisme, du libéralisme, de la propriété privée et de la toute-puissance des multinationales. C’est ainsi que Jean-Marc Ayrault, premier ministre intègre, hautain et méprisé, a cloué le bec de son ministre du redressement productif pour donner carte-blanche à Lakshmi Mittal, rejeton richissime d’une excellente famille, dispensé donc de tenir ses promesses.

Car ce triste produit d’une civilisation qui s’en va à vau-l’eau (je veux parler de J-M Ayrault), ne comprendra jamais que ce ne sont ni les nationalisations, ni les socialisations qui mènent le pays à la ruine, plutôt l’acharnement des capitaines, barons et bâtisseurs de leurs propres fortunes à conserver pour eux ce qu’ils serrent dans leurs griffes.

Nous avons rejeté Sarko, nous reste à repousser Hollande et son troupeau de pachydermes. Ensuite, comme à la grande époque, à ressortir la guillotine.

La Révolution, par le peuple français voici deux siècles offerte au monde entier, puis maintenue en laisse par l’Armée, l’Église et la Fortune, trouvera son achèvement dans le soulèvement que fomentent dans les sous-sols des banques, les fonds de cales des pétroliers et les circuits de la finance, des légions d’anonymes qui jamais n’oublieront, jamais ne pardonneront, et qui sont innombrables.

 

     30 octobre 2013

79 - Enrubannés

 Malgré que son blog soit en jachère, que son pays aille mal, que le vice l’emporte sur la vertu et que Hollande le répugne, que de surcroît il vient de renoncer… eh oui, de renoncer à militer, du moins à la manière plan-plan en vigueur sous le ciel bourguignon, revoici Buster. Il a profité d'un printemps arrosé pour terminer un troisième essai politique, qu’il envisage d’éditer par ses propres moyens. En attendant les sempiternelles réponses (n’entre pas dans le cadre de nos collections) des huit éditeurs auxquels il s’est  adressé malgré tout, il s’est occupé de son potager, puis du ravalement de sa façade.

Ayant ainsi sué sang et eau, fait appel aux pompiers pour le tirer d’affaire lors d’une intervention sur sa toiture pentue, le revoici donc, inspiré par la courbure de l’horizon perçu dans le glissement des tuiles, qui concocte un nouveau bouquin — poético-humoristique celui-là. Il n’éprouve plus la moindre envie, il faut le comprendre, de se creuser la cervelle avec des arguments dont se contrefoutent les camarades — tout fout le camp, tout va au caniveau, et eux avec. Ce qui n’empêche que sa rage lui revient, qu’il lui faut en appeler à la sagesse des indiens Cherokees* pour ne pas s’acharner sur les Tapie, les Copé, les Cahuzac et autres prévaricateurs. Mais que ces heureux tricheurs se gardent d’illusions, on finira par les avoir.

Sûr et certain, ces réincarnations d’enrubannés de l’ancien régime vont faire dans leur culotte en apprenant que le Trésor public ressort certains dossiers, mais ne les plaignons pas. Que leurs têtes aillent rouler dans le son ne sera que justice — justice divine s’entend, en plus de républicaine, démocratique et tout.

 * cf. Capitalisme, la chute et ensuite – dernières pages.

 

    7 décembre 2013

80 - Nelson

 95 ans, dont 27 passés en prison … Tes derniers jours cependant auront été tranquilles, encore que tu ne fus pas à plaindre dans ta jeunesse. Issu d’une grande famille, tu suis les cours de l’université noire, deviens avocat et te lances, habité de révolte, dans ce qui deviendra le moteur de ton existence : la lutte contre l’apartheid. Lutte non-violente au début, mais bientôt lutte armée.

Arrêté à 44 ans, tu es condamné à cinq années de prison. Puis un second procès te place relègue quatre murs jusqu’à la fin de tes jours. Mais tes compagnons de lutte, soutenus par Fidel Castro, auront leur mot à dire. S’en prenant à l’armée, ils parviendront à te porter au pouvoir pour que nous t’honorions aujourd’hui d’avoir mené à bien cette mission impossible : le passage pacifique d’un régime on ne peut plus indigne à la démocratie. Si bien que nous te  saluons, et que passons outre aux larmes de crocodile que versent nos chefs d’État, à commencer par Blair, digne successeur d’une Thatcher poussant à la ségrégation. Nous ne rejoindrons pas non plus un Obama, muet quant à l’implication de la CIA dans ton arrestation. Si en ce jour le capitalisme s’incline devant ta dépouille, c’est que tu représentais à ses yeux le rempart sud-africain contre le communisme. Pour cette raison, sous son contrôle, ton pays est resté dans le giron de l’Occident.

Les noirs des townships sont-ils satisfaits ? 80% des terres appartiennent à une poignée de blancs, et les différences de salaires entre descendants d’esclaves et fils de négriers ne font que s’accentuer. Et puis, ver dans un fruit qui aurait pu devenir splendide, là comme ailleurs la corruption s’étend, qui ralentit toute progression.

Quoi qu’il en soit, repose en la paix que tu as méritée, Madiba. Ce que tu as mis en chantier se poursuivra, se répandra partout. Ce que souhaite l’être humain depuis des millénaires s’inscrit dans le futur de notre espèce.

 

     22 mai 2014

83 – TAFTA*

 

Le Grand Marché Transatlantique, dont l’objectif officiel est de favoriser le commerce international, engendrer de la croissance et créer des millions d’emplois, augmenter les revenus financiers aussi bien que salariaux, devrait remplir d’espoir tout citoyen lucide, tel Buster. Et ce n’est pas lui qui le dit, ce sont messieurs Jose Manuel Barroso, Martin Schulz, Nicolas Sarkozy, Jean-Claude Juncker, Karel De Gucht, madame Lagarde etc. — rien que du beau linge, de l’intelligence à revendre en plus de cette générosité, de cette attention aux autres que nous a promise l’Europe fraternelle que nous apprécions tant.

Bien entendu, comme à son habitude, Buster se gausse. Le but des dirigeants de nos ploutocraties, il en est on ne peut mieux persuadé, n’est pas la création d’emploi, ni le panier de la ménagère (encore que le productivisme, le merchandising et la pub nous invitent à le remplir au-delà de nos capacités de digestion), mais les profits d’où qu’ils viennent, réinvestis aussitôt, depuis les hauteurs de Bilderberg, par un magnus ordinator veillant à l’installation d’un Nouvel Ordre Mondial.

Réinvestis pour que, pour qu’est-ce, pour quoi, pour qui ?

Pour eux, évidemment, autrement dit à leur seul profit, en réalité en pure perte. En pure perte pour nous, les dindons de la farce qui venons de voter, et certainement pas blanc, mais en premier lieu pour l’humanité, pour Gaïa, pour ce que l’univers attend de l’Homme.

Qui croira en effet que les combats de chiens entre multinationales européennes et nord-américaines vont créer de la richesse ? Mascarade. Phase ultime du hold-up entrepris à l’encontre des peuples par ceux qui ne leur laissent d’autre choix que celui-ci, magnifiquement repris par les forcenés d’Allah : conversion au credo dominant ou disparition, obéissance ou égorgement, ainsi qu’on le pratique chez les illuminés de Boko Haram.

Parce que les peuples et leurs revendications, vivement qu’ils dégagent, s’impatientent les Rothschild. Qu’ils soient tondus une fois pour toutes, qu’ils passent à la casserole et qu’on n’en parle plus, renchérissent les Rockefeller, les Goldman Sachs et autres humoristes.

     * Trans-Atlantic Free Trade Agreement (ou Free Trade Area, c’est au bon vouloir de chacun, qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse).

 

     14 juillet 2014

88 - Meilleur des mondes

 Pour juguler la contestation, ne pas utiliser la manière forte. Créer plutôt un conditionnement collectif si puissant que l’idée de révolte ne pourra parvenir à l’esprit de quiconque. L’idéal : formater dès le berceau, mettre au pas les aptitudes biologiques innées.

Ensuite, poursuivre le conditionnement en réduisant l’éducation classique à de la formation professionnelle. Plus l’individu sera inculte, plus limité sera son horizon et plus il s’attachera au médiocre, moins il pourra se révolter. Ainsi, faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus ardu. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand nombre ne contienne pas de philosophie. Là encore user de persuasion, non de violence directe : via la télévision, on diffusera massivement divertissement et informations flattant l’émotionnel, on occupera les esprits par du futile et du ludique. De plus, utilisant le bavardage et la musique bouche-trou, on empêchera quiconque de réfléchir. Enfin, on placera le sexe au premier rang des préoccupations humaines.

En résumé, on fera en sorte de bannir le sérieux, de tourner en dérision ce qui a de la valeur, d’entretenir une constante apologie de la légèreté. La publicité deviendra le standard du bonheur, le modèle de la liberté.

 

Aldous Huxley (1939)

 

En ce début du XXIème siècle, ceux qui espèrent encore vont découvrir le purgatoire. Jusqu’au moment où ils réaliseront qu’ils ont entre les mains l’outil de leur émancipation, et qu’ils ont un allié, le Grand Esprit de l’univers, autrement dit l’entité veillant à notre élévation, ce que certains nomment Dieu

Et cet Esprit s’opposera à ce que l’humanité soit emprisonnée par quiconque.

 

Ce livre se termine le 4 aout 2014, page 126,  billet n° 90

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