bosch-jerome-jugement-dernier-detailJérôme Bosch, Le Jugement dernier - détail

Décidément, rien ne va plus dans nos partis politiques : l’UMP et le PS à deux doigts de la ruine, EELV dans les choux, le centre invisible, le Front de gauche en pleine stagnation. Seul, le FN conserve un semblant de vitalité — je dis bien un semblant car les déclarations de son président d’honneur auraient plutôt tendance, en plus de mettre sa fille dans l’embarras, à liguer contre lui tout ce que la France compte de gens qui réfléchissent un tant soit peu.

Si rien ne va plus dans nos organisations politiques, c’est parce d’elles reflètent la psyché de l’électeur, ou l’inverse. Tout étant lié, il serait présomptueux  de faire un distinguo entre le citoyen et la société dans laquelle il vit, tous deux se reflétant l’un l’autre.

Ainsi, la France et les Français ne seraient pas dans leur meilleur état psychique : manque d’horizon, d’avenir et de vision d’ensemble, autrement dit manque de jeunesse et d’enthousiasme, absence d’imaginaire. En conséquence repli sur soi et protection des valeurs nationales. On se réveille en maugréant, on file à son boulot (à condition d’en avoir un, et si ce n’est pas le cas on bricole), puis on rentre chez soi, on dîne devant son écran plat et on s’enfouit sous la couette pour oublier la naufrage de ses rêves. Car il faut dire que l’imaginaire qui nous mena autrefois à la Bastille et à la République, et qui renaquit de ses cendres au mois de mai 68, les forces réactionnaires de tous bord, du PCF au RPR, en passant pas les syndicats ouvriers et patronaux, se sont unies pour le briser dans l’œuf. Moyennant 10% d’augmentation des salaires (belle victoire !), elles ont permis aux diverses gouvernances d’éliminer l’envie de suivre le fil qui nous avait jusqu’à présent guidés. Ceci pour la raison inavouable, et sans doute ignorée, qu’il représentait à l’époque, dans l’inconscient des responsables, les prémisses de l’émancipation dont il est aujourd’hui question dans les milieux progressistes. Il faut dire que l’émancipation représente un danger pour le bourgeois et son confort moral (autrement dit sa remarquable indifférence aux problèmes d’autrui) : remettant en question ce qui constitue les béquilles de sa vie, ébranlant les étais de son existence, elle le contraindrait en effet à se regarder en face, si bien que sa personne et son petit confort se verraient bousculés par de multiples chambardements ou, comme l’aurait si bien dit le général de Gaulle, par l’aventure remettant en question les sacro-saintes habitudes — en gros l’horreur absolue.

Seulement, ce qu’oubliaient le grand homme et les nains qui lui ont succédé est que l’immobilisme est une aberration. Comment refuser de changer, de bouger, de se transformer et de vivre quand l’univers en entier se modifie en permanence ?

Eh bien, suite à leur refus de progresser dans le sens de l’Histoire, L’UMP, le PS et le Centre (EELV et le FdG dans une moindre mesure) paient aujourd’hui de leur disgrâce leur inaptitude à l’évolution. De fait, nous allons aux prochaines présidentielles revoir les Sarkozy, les Bayrou et Strauss-Kahn, et sinon leurs personnes en chair, en os et turpitudes, du moins leurs frères ou leurs clones. L’œil rivé sur les broutilles qui peu à peu nous démolissent, nous allons ainsi continuer à tourner en rond. Quant au FN, soumis à la malfaisance d’un président d’honneur qui ne veut surtout pas que le pouvoir lui échoie (qu’en ferait-il ?), gageons qu’il retournera dans le terrier d’où jamais il n’aurait dû sortir.

À moins que la démocratie ne vole en éclat, que Big Brother ne parvienne à imposer sa loi. Ce qui ramènera l’humanité des siècles en arrière, accélérant de la sorte ce qu’imaginait J érôme Bosch.