Mélenchon

Ce qui devait se produire est arrivé : sans pour autant claquer la porte, Jean-Luc Mélenchon prend ses distances avec le Front de Gauche. Non avec les militants (du moins peut-on le supposer) du mouvement qu’il a contribué à bâtir, plutôt avec son staff, entendez les Pierre Laurent et autres “camarades“ qui ne l’ont suivi que pour mieux le trahir. C’est là que la psychologie, dont nul ne se préoccupe tant l’emporte la stratégie sur les mouvements de l’âme, rejoint la politique et la dépasse. Et que la trouille des dirigeants du PCF, en leur ralliement au PS dès le premier tour des municipales, a envoyé promener le bel échafaudage des alliances idéologiques. Terminée, l’espérance ; enterrée, la logique ! Place au calcul, aux minables magouilles, aux peaux de banane glissées sous les semelles de qui regarde plus loin que l’extrémité de ses chaussures. Résultat : c’est tout ce en quoi nous croyons ou avons cru qui s’est retrouvé dans la mare aux canards.

Vous, je ne sais pas, mais moi j’ai eu mal lorsque j’ai vu J-L M au bord de l’effondrement lors de l’annonce du résultat des européennes. 6,33 %, autant dire le retour à la case départ ! Son infinie tristesse — excusez moi du peu — rejoignait mon propre désespoir, à savoir :

De son côté : comment, tout ce travail, toutes ces prises de tête, toute cette énergie et toutes ces luttes, tous ces meetings, toute cette foi en l’Homme pour en arriver là ! Pour en terminer là, défait, face au podium où se dresse, triomphante, une Jeanne d’Arc de foire !

Du mien : toutes ces heures d’écriture, tout cet espoir d’ouvrir quelques fenêtres et de communiquer pour parvenir à ce résultat : trois bouquins édités à l’intention de copains qui ne les achètent pas, mutisme de rigueur tandis qu’avance le rouleau compresseur du capitalisme et de la finance.

C’est alors, dans le picotement des larmes, que remontent les souvenirs. Je ne connais de ceux de J-L M que ce qu’il en a évoqué dans son interview à Hexagones, mais des miens, oui, je peux vous parler.

Je peux vous dire que les premiers tracts que j’ai distribués, après avoir adhéré au Parti de Gauche, étaient des tracts du PCF, et que j’en fus heureux. Je peux vous dire aussi que lorsque Wilfried m’a confié la voiture-sono et que j’ai dû improviser sur la place publique, j’ai vu l’actuel responsable du PCF local détourner la tête et s’en aller ruminer ailleurs. Et après que j’ai rejoint son parti, ce même responsable confiant à un de mes amis : «  Ne t’inquiète pas, ton Cornillon, on lui fera fermer sa gueule ! »

Eh bien camarades, ce n’est pas uniquement à moi que les types dans son genre, petits esprits bornés, fermés comme ce n’est pas possible, ont cousu les lèvres. C’est à tous ceux qui réfléchissent par eux-mêmes, ou au moins le tentent. À tous ceux, comme certains d’entre vous peut-être, qui cherchent autre chose que le plan-plan des réunions ne menant qu’à l’échec.

Le tribun en vacance à présent, le citoyen qui s’est tant dévoué pour notre cause en allé se ressourcer, c’est-à-dire se refaire en vue de nouveaux combats, nous allons assister à l’éparpillement du Front de Gauche, au naufrage du PG. Et sans aucun doute (là je m’en amuse, si vous saviez à quel point) à l’aboutissement de la lente agonie du Parti communiste, au pendouillement de ses derniers lambeaux dans le sillage de la social-démocratie libérale !

Je m'en amuse en pensant aux Marchais, aux Hue et aux Pierre Laurent qui l’ont mené au trou dans lequel, crâne en avant et cul par-dessus tête, eux-mêmes auront sombré.

 

Une période s’achève, qui n’a rien de glorieux. À la jeunesse à présent de se ressaisir de l’idée communiste qui, elle, va continuer de vivre, autrement dit de s’étoffer, de se transformer, de parvenir à l’idée d’un partage.

Contrairement à nous, les générations futures, en ce qu’elles seront moins infantiles que nous l’aurons été, auront une chance de réussir.

Jean-Luc Mélenchon, bien que tu m’aies ignoré, je te salue avec respect.

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