défilé Charlie

 La France a beaucoup de chance : non seulement elle s’est dotée d’un président aux petits oignons, mais elle a hérité, grâce à lui, d’un gouvernement qui ne recule devant aucune commémoration, aucun dépôt de gerbe — sauf bien sûr sur les lieux des assassinats qu’elle a elle-même commis. Parce que, vous comprenez, l’honneur de la République se confond avec l’honneur de la Police, gardienne de la paix des bourgeois. Alors, les quelques Juifs transbahutés à Pitchipoï, les quelques morts de Charonne, les quelques bougnoules algériens balancés à la Seine et retrouvés dans les écluses et les hélices des péniches, on ne va pas en faire un fromage. Non plus que de nos interventions armées du côté de Kaboul et de Tripoli. Tout cela appartient au passé.

 

Alrérien Seine

Tandis que les morts des attentats récents, là, c’est du saignant. Et comme il faut battre le fer avant qu’il ne refroidisse, eh bien vas-y Hollande, et vas-y Valls, et toi aussi Cazeneuve, sans oublier la belle et haute figure de Benyamin Netanyahou.

Dans ce tableau, le président israélien n’est pas uniquement là pour le décor, mais parce qu’il est au premier chef concerné par un jeu de massacre qui ne fait que commencer. Songez que chez lui, à deux pas de sa chambre à coucher… débarquent de nulle part des gazaouis rasant les murs, brandissant des couteaux pour les planter vite fait dans le lard innocent des juifs. Alors comprenez que ce Benyamin, élu lui aussi par son peuple, vienne mêler à notre troupeau sa haute stature de colonisateur et se recueillir devant les cendres de Charlie… — se recueillir et se réjouir en douce, ce diable d’homme : parce que chez nous comme chez lui, les allumés d’Allah sont abattus avant d’être jugés — Ouf !

Oui, ouf et re-ouf ! Si un tribunal populaire, après que les terroristes sont passés entre les mains de la police et de la DGSI, de la CIA, du Mossad et consorts, s’avisait en effet de les juger, c’est-à-dire de leur poser des questions et d’écouter les réponses… oh putain !

Nul ne sait ce qu’ils diraient, les tireurs du Bataclan et autres dégommeurs de clients des terrasses parisiennes. On peut même supposer que certains d’entre eux cracheraient au visage de Marianne, mais le problème n’est pas là. Le problème se trouve en deçà de l’acte criminel, en deçà de la source du tir, autrement dit dans les circonvolutions de leurs cerveaux malades.

Alors allons-y, plongeons dans la psyché du gosse palestinien sorti d’on ne sait où, avec les lèvres asséchées et le flamboiement du meurtre dans le noir des pupilles.

Qu’y a-t-il, sous les braises qui l’aveuglent ? Eh bien mettons-nous à sa place, voyons-nous par ses yeux…

Il n’y a rien dans l’enfer qui le consume, rien que le désespoir de voir ses frères et ses sœurs errant dans une Palestine détruite, alors tant pis si on l’abat, tant pis si les chiens de Tsahal, en guise de représailles, rasent la maison de sa famille. Il n’a aucun avenir, alors basta, et que s’enfonce la lame tirée de sa chemise au plus profond de la chair qui passait par là !

 

En notre société bien comme il faut, en notre société d’illusions et de leurres, on ne détruit pas la maison de l’assassin. En notre société dont les médias nous montrent le joli pavillon de banlieue où vécut le salopard, nos élus se recueillent en grande pompe devant les flaques de sang qu’il a laissées sur son chemin.

Et s’y recueille le troupeau derrière eux, après que leur police abattit l’assassin pour qu’il ne parle pas. Pour que personne, surtout, n’entende son désespoir. Pour que son désespoir, surtout, n’éveille aucun écho dans les décombres de notre espérance.

Et pour que notre douleur de veufs, de veuves et d’orphelins s’étale à la une des écrans.

Cette douleur des abrutis que nous sommes ? Une bénédiction pour un Pouvoir qui peut alors se renforcer par des états d’urgence qui nous cloueront le bec !

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