pierre-laurent-pcf

 

Compte-rendu de la réunion Front de Gauche du 18 janvier 2016

Réunion dirigée par les plus responsables d’entre nous, je veux parler d’Alain R. et de François M., tous deux du Parti Communiste Français, quarante années de combat dans les guiboles, ce qui n’est pas rien. Y assistaient des militants de la gauche de gauche (ou gauche de la gauche ?), et plus précisément du PCF, du PG et d’Ensemble, ainsi que des citoyens comme moi, non encartés ou désincartés. Sans oublier le camarade André P., qui resta silencieux, du moins avant que ne fussent abordés les problèmes d’intendance.

Y furent traitées, comme prévu après la baffe des régionales, les questions de fond qui nous tracassaient tous. Questions qu’avait au préalable, par un mail adressé à tous, fort bien résumées André P. : On s’était planté quelque part.

Eh oui, camarade, à force de tenir des réunions plan-plan, ou chaque intervention sortant du ron-ron habituel est qualifiée d’injure et passée aussitôt à la trappe, et qui engluent chacun dans une mélasse d'où nul ne peut s'extraire, il fallait bien que nous nous plan-plantions.

 Eh bien voilà qui est fait, on y voit plus clair. D’ailleurs comme l’a laissé entendre François, reprenant la formule d’un responsable CGT de l’après-déroute des luttes pour les retraites : si on n’a pas gagné, on n’en a pas perdu pour autant, la lutte continue !

 Là, sans m’avancer, et malgré le silence respectueux qui régnait dans notre cercle de 25 citoyens éclairés, j’ai ressenti comme une grimace traversant l’assemblée : ouais, la lutte continue, mais comment ?

Intervention de François : Il nous faut élargir le Front de Gauche en recrutant le plus possible, surtout des jeunes.

Certains auraient pu gueuler, faire remarquer que le site du PCF départemental était à chier, comme la devanture de la Fédé de la rue Michelet, laquelle, sise à deux pas du lycée Jacques Amyot, ressemble plus à l’antre de Landru qu’à « La face joyeuse de l’Histoire », ainsi que Jean-Luc Mélenchon, cet homme providentiel, qualifia au début le FdG naissant.

Pas d’homme providentiel, ont aussitôt réagi Alain et François, ces penseurs attachés à Staline comme la bernique à son rocher, la moule à son bouchot.

Un contestataire a fait remarquer que lorsque Mélenchon, après sa formidable campagne des présidentielle, est allé s’empoigner avec Marine Le Pen, personne n’a pu le remplacer, et que notre score est passé de 11, 2 à 6 %… Mais à nouveau la trappe. On s'est alors occupé d'autre chose et la grimace, malgré qu’elle se soit amplifiée, fut elle aussi ignorée.

 Pour le reste, inutile de s’appesantir, ce fut du même tabac.

Juste une remarque de Michel Cornillon à propos de l’élargissement proposé : plutôt que de nous ouvrir et de nous élargir, a-t-il osé, peut-être faudrait-il pousser le bouchon plus loin et s’accoupler à quelque partenaire de notre taille. Accoupler par exemple le Parti Communiste, le PG et Ensemble  à l’Union Populaire Républicaine, ces quatre organisations disparaissant alors dans la naissance de l’être nouveau, de la force politique inédite que nous espérons tous.

Tout le monde a rigolé, ce qui ne mange pas de pain. À la faveur de quoi le camarade Alain a proposé de lutter pour une civilisation nouvelle . Intellectuel audacieux, il s’est cependant gardé de poursuivre : nous aurions alors abordé des questions trop sérieuses, celle du matérialisme notamment, et personne n’était là pour se lancer dans un tel inconnu. Mieux vaut garder les pieds sur terre, rester matérialiste, éviter de rêver. Et surtout, surtout de s’engueuler.

En effet, comme l’a si bien dit une camarade d’Ensemble, dans un parti comme dans une famille, éviter les sujets qui fâchent.

 

Passons, ou plutôt arrêtons-nous là, et retirons-nous pour pleurer ou nous fendre la gueule, ce sera selon la sensibilité de chacun face aux dangers qui s’accumulent : réchauffement climatique, encerclement de tous par l’impérialisme de la finance, trahison de nos gouvernants, mauvaise volonté de nos responsables, nécessité d’une thérapie de groupe pour nous sortir  de notre ornière… Mais là non plus pas d’inquiétude, on doit se revoir à une date à préciser, et la lutte continue.

 Avant de conclure et de m’éloigner, je voudrais également vous avouer un manque de courage de ma part.

J’entendais rappeler aux PCF 89, PG Yonne et Ensemble qu’ils avaient dans leurs rangs trois écrivains de valeur — à savoir Pascale Foutrier (Les Rouges), Laurent Grisel (Journal de la crise, Hymne à la paix etc.) et Michel Cornillon (“Capitalisme, la chute et ensuite“, “Le Blog d’un effaré“, “Discours aux enfants“). Au vu de cette richesse, peut-être aurait-il été judicieux, lors d’un rassemblement citoyen, de s’en glorifier en proposant leurs ouvrages à la vente… Alors peut-être un ces  auteurs ou les trois, du moins peut-on l’espérer, se seraient-ils fait un plaisir de reverser une partie de leurs royalties à des compagnons de route contraints de rembourser les frais d’une campagne qui risque de sonner leur fin.

Quoiqu’il en soit la lutte continue. Continuera de même sous le TAFTA et sous l’Empire, ainsi que durant la troisième guerre mondiale montrant le bout de son nez.

En espérant n’avoir injurié personne, je vous embrasse toutes et tous.

Michel Cornillon

 PS : au cas où certains d’entre vous ne recevraient pas ce compte-rendu, je vais le publier sur Chronique Virgule, peut-être sur Médiapart.

En attendant, je vous demande de faire suivre aux nombreux camarades que je n’ai pas sur ma liste.

.