640_gettyimages-125378183

Lettre adressée à JLM et remise à son directeur de campagne lors de la convention JLM 2017.

 le 13 octobre 2016 

 Michel Cornillon, écrivain(1)                                                           

michelcornillon@orange.fr

tél : 03 86 47 65 94

                            À Jean-Luc Mélenchon, aux  bons soins de Manuel Bompard

 

Cher camarade,

 

La guerre menace, notre pays va mal, tout y est à revoir. Cependant, chacun obéissant à son ego, les candidats à la présidentielle s’alignent sur la ligne de départ.

Après que Nicolas Sarkozy a cassé la droite l’ayant porté au pouvoir, François Hollande a fait pire avec une gauche dont il disait se réclamer. La France a ainsi perdu le nord, les lumières de sa révolution pour certains, de ses racines chrétiennes pour d’autres, se muent en une caricature menant au désespoir.

Du côté des conservateurs comme de celui des progressistes, chacun regrette que ces deux idéologies, antagonistes certes mais poussant à l’action, en conséquence moteurs d’évolution, achèvent de se diluer dans un brouet sans texture ni saveur.

Faut-il le regretter ? Faut-il s’efforcer, chacun de son côté, de restaurer tant les clochers que les frontons républicains ? Nos réflexes nous y poussent mais l’Histoire, en un mouve­ment qui échappe au grand nombre, nous offre là l’occasion non pas de rassembler et rempiler le mieux possible les matériaux épars d’une société qui se délite, mais d’en concevoir de nou­veaux, de les mettre en œuvre et de réaliser enfin notre rêve de toujours : liberté, égalité et fraternité, devise dès lors s’ancrant dans les consciences.

 Cette introduction achevée, j’en arrive au sujet de ce message.

 

Homme de progrès, je fus dès le début emballé par ta volonté de rassembler la gauche éparpillée ainsi que par tes analyses des situations française et internationale. De plus, j’ai beaucoup appris de toi sur le plan politique, et je t’en remercie. J’ai cependant quitté le PG en raison de l’impossibilité d’échange avec mes camarades de l’Yonne, et mon adhésion au PCF, où je ne suis resté que neuf mois, fut encore plus frustrante.

En plus d’écrivain sans lecteurs, me voici donc militant sans parti— mais toujours militant, et toujours accroché à ma plume. Laquelle nous amène, en mai de cette année, au salon du livre de Cosne-sur-Loire, où je fais la connaissance du Général Didier Tauzin, lui aussi proposant des ouvrages politiques. Après survol de l’un d’eux, lui se penchant de son côté sur l’un des miens, nous sommes entrés en amitié, et l’utopie que j’entretenais depuis plusieurs années m’est apparue comme une nécessité : face au gigantesques défis que nous lancent la santé de notre planète et, dès demain, l’exploration de l’espace, transcender les partis et leurs dogmes, réunir non seulement les Français mais l’ensemble des peuples afin de bâtir, partant de nos cultures différentes et complémentaires, une civilisation planétaire fondée sur le par­tage. Alors seulement l’humanité à laquelle nous appartenons, loin de répandre ses discordes dans les étoiles comme elle le fait dans son propre jardin, sera digne de poser le pied sur d’autres planètes que la sienne, d’y imprimer sa maturité. Car il nous faut avouer qu’entre insouciance et pugilats, richesse et pauvreté, nous sommes en ce début de millénaire la proie d’une crise aigüe d’adolescence…

 

Et j’en reviens au Général Tauzin… Non un politicien de carrière mais un autodidacte dont les idées s’appuient sur l’expérience et sur la réflexion. Non un athée mais un catholique pratiquant issu d’une famille d’origine modeste comme l’était la tienne, et animé comme toi du désir impérieux de placer l’homme au cœur de l’économie et de la politique, de sortir notre pays de l’OTAN, de revoir les traités européens, de rejeter TAFTA et CETA, d’établir un partenariat avec les nations africaines. Cela pour rebâtir une France plus belle que celle des cathédrales… en gros se mettre au service d’un idéal de paix, de justice et de prospérité.

Si vous ne vous ressemblez guère, lui et toi, vous avez en revanche des idées communes, si bien que vous devriez vous compléter à merveille.

Tu es un tribun hors pair, un homme d’idées, un visionnaire inspiré ; il est quant à lui un homme qui en impose par son calme, par sa détermination et la force de ses opinions, par ses projets à long terme.

Ainsi, vous réunissez à vous deux les différentes attentes d’un peuple aujourd’hui coupé de ses racines, incapable de concevoir un avenir, et même de réfléchir. Les élections présiden­tielles et législatives de 2012 nous l’ont prouvé, et celles de 2017 ne s’annoncent guère meil­leures. Nous allons assister aux mêmes prises de bec, aux mêmes promesses, et je ne suis pas certain qu’un candidat de ta trempe, malgré ses convictions et ses talents, parvienne au second tour. Même chose pour Didier Tauzin. Même chose pour un troisième compétiteur, François Asselineau, dont les conférences m’ont convaincu de la largesse de vues et de la maîtrise des dossiers, mais qui n’est pas assuré de réunir les signatures indispensables.

Puisqu’il en est ainsi, pourquoi ne pas vous allier, ne pas mettre en commun les parrai­nages dont vous disposerez pour ensuite, les présidentielles remportées par celui d’entre vous que vous aurez désigné, mener la France réconciliée vers un futur à sa mesure ? Une telle entente, au plus haut point imprévue, prouverait que votre dialogue fut une action réfléchie, que le consensus et la démocratie sont les seules voies conduisant au progrès. En sus, une telle alliance irait droit au cœur de millions de citoyens, les unirait sous une même bannière. Cerise sur le gâteau, elle clouerait le bec aux médias qui, soumis à la finance, font du mensonge et du mépris de l’intelligence la cause de nos actuels déboires. Ainsi qu’aux esprits viciés que votre actuelle compétition réjouit au plus haut point.

 

Sans doute existera-t-il d’autres candidats à l’union que je vous propose, mais oublions-les pour l’instant. Ils vous rejoindront d’eux-mêmes lors du mouvement général portant votre alliance au pouvoir.

 Voilà, cher camarade. Après t’avoir confié mes espoirs, je livre à ta perspicacité cet appel sans lequel je n’oserais me regarder en face. Et je me tiens à ta disposition pour toute démar­che que tu entreprendras dans le sens d’un renouveau de notre “patrie républicaine“.

 Fraternellement  

 

                       MC

 

 (1)    Auteur, entre autres ouvrages, de “Capitalisme, la chute et ensuite“, téléchargeable gratuitement sur le site Bookfi