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Voici ce que Charles m’écrit depuis Sète

 Bonjour Michel, Tu es silencieux depuis cette horreur qu'ont été les élections. Je ne t'en veux pas d'avoir appelé à voter Marine bien que j’y ai été opposé et le suis toujours. Et toi, tu vas bien ? L'amitié vaut + que n'importe quelle idéologie. J’en veux beaucoup à Mélenchon d'avoir laissé voter Macron. C’est inadmissible. Je lui en veux aussi de ne pas l’avoir attaqué dans les débats (pourtant c'aurait été si facile) et de presque lui faire des courbettes ! Bon, nous voici dans une merde sans précédent, mais il ne faut pas perdre la foi. Partout dans le monde enflent les mouvements qui sont les nôtres — podemos, buen vivir, indignés, etc... Il s'agit de dévoiler les mensonges de l'ultra-libéralisme partout où ils sont...

À très bientôt - avec toute mon amitié - Charles de Sète (bientôt de Charente-maritime).

 Et voici ma réponse, quelque peu tardive

 Silencieux en effet, Charles, car accablé par la victoire de l’ultra-libéralisme sur nos espoirs de toujours.

Je n’avais guère milité durant cette campagne électorale, mais j’avais invité à se regrouper les candidats opposés au système. Peine perdue ! Comme d’habitude, malgré qu’ils se soient déclarés certains de l’emporter, Mélenchon, Asselineau, Hamon et quelques autres, imitant sans doute Cambronne à Waterloo,  sont demeurés droits dans leurs bottes. Comme s’ils savaient que l’affaire était pliée, comme s’ils acceptaient par avance d’être roulés dans la poussière…

Pitoyable ! Et pitoyable que Mélenchon, pour lequel je n’éprouve plus la moindre admiration, se soit arrangé pour ne pas accéder à une présidence dont je me demande aujourd’hui s’il ne feignait pas de la viser, s’il n’appartenait pas lui aussi à l’Internationale du mensonge et ne préférait pas, au sein d’une assemblée de godillots, la place de leader auto-proclamé d’une opposition éternellement vaincue.

Ainsi, loin d’avancer dans la direction du progrès humain, voici que les descendants des sans-culottes ont repris le chemin d’une régression entamée depuis Pompidou. Tête nettoyée de toute chimère, portemonnaie en berne et bras ballants, le peuple français, suivant l’exemple de ses semblables, glisse doucement vers ce que lui promet son élite : la fin du chômage et des fins de mois problématiques, en gros la fin de ses soucis par l’éradication de sa multitude.

Bill Gates, ce philanthrope, n’a-t-il pas déclaré que cinq cents millions d’êtres humains suffiraient amplement ?

Et Viviane Forester, visionnaire qu’elle était, n’a-t-elle pas assuré voici deux décennies :

[…] pour la première fois dans l’Histoire, l’ensemble des êtres humains est de moins en moins nécessaire au petit nombre qui façonne l’économie et détient le pouvoir. Nous découvrons qu’au-delà de l’exploitation des individus, il y a pire, et que, devant le fait de n’être plus même exploitable, la foule des hommes tenus pour superflus peut trembler, et chaque homme dans cette foule. De l’exploitation à l’exclusion, de l’exclusion à l’élimination... ?

La finance est désormais au pouvoir. Souhaitons que nous soyons un jour assez déterminés pour prendre nos vies en main !