Chronique, virgule

Chronique d'idées, de mots et d'humeurs : derrière la virgule, il y a toujours à lire...

15 décembre 2009

Page 124


chat_Egypte

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J’aurais aimé vous entretenir de mon chat Coucouli, transporté aux urgences après confrontation à un congénère. Il en a fait un abcès qu’il a crevé de ses propres crocs, engendrant de ce fait, dans un cercle de poils par lui-même arrachés, un trou auréolé de rose. Mais j’ai peut-être mieux à faire, en cette époque de grands périls où notre espèce, réunie à Copenhague, s’interroge à propos du futur et de la planète, que de m’inquiéter de l’avenir d’un chat.

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Peut-être vous l’ai-je dit, je me suis mis en tête de reprendre mon blog et d’en faire un bouquin…

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Alors allons-y allons-o et me voici, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, parvenu à la page 124 de sa réécriture complète. Non que j’en aie négligé le style lors de sa mise en ligne, mais je suis un foutu pinailleur, perfectionniste en diable, alors comprenez-moi, il faut absolument que je cherche la petite bête, le terme le plus approprié. Et puis, si je veux à parvenir à un Chronique Virgule nickel, il faut que mes billets soient du même jus, à défaut de quoi le lecteur risque d’abandonner au bout de trois feuillets. Et puis je dois avouer que mes idées, quelque peu brouillonnes à l’époque, ne pouvaient donner lieu à un texte impeccable.

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Copie en cours de révision, donc, et cela me sort heureusement de mes soucis de militant d’une gauche mal en point — certains diront bancale, mais laissons-les vipères de côté.

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Me voici ainsi parvenu à la page 124, plus exactement à un lieu périlleux d’une vision mal assumée : le devenir de Sapiens. Là, si mes souvenirs sont exacts, je m’étais perdu dans les sables. En conséquence de quoi je vais reprendre selon deux itinéraires parallèles : d’abord celui, connu par vous, de mes billets que je vais corriger au fur et à mesure de leur relecture, ensuite celui, pas réellement vierge puisque enrichi de l’expérience du précédent, mais tout de même, de nouvelles élucubrations à rédiger à partir d’aujourd’hui.

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Cheminement difficile à saisir — je n’y parviens moi-même qu’avec le plus grand mal. C’est cependant sans importance : après passage sur le billard tandis que je lui tenais une patte, mon chat Coucouli a pu reprendre ses activités. Me voici donc l’esprit libre — enfin pas tout à fait, le pansement  lui enserrant la taille restant pour moi une source de soucis.

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21 janvier 2009

Essai de thérapie sur un groupe de responsables planétaires

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    Etaient présents lors de ce premier groupe : Merkel Angela, Thatcher margaret, Berlusconi Sylvio, Sarközy de Nagy-Bocsa Nicolas, Poutine Vladimir, Brown Gordon, Zapatero Rodriguez José Luis, Olmert Ehud, Jintao Hu, enfin Bush Walker George, looser absolu bien qu’il fasse bonne figure.  Et bien sûr, sous les portraits encadrés de Freud, de Jung, du Dalaï Lama et de Lacan, l’incontournable Buster, revenu en parachute spécial de l’hôpital de la grande Ourse, où il était en cure. Buster invite chacun à se poser à même le sol, les gars dans la position du lotus, les meufs en posture de sirènes, lui seul, en tant qu’intervenant, bénéficiant d’un cousin. Et si chacun conserve ses vêtements de ville, il est quant à lui habillé en gourou, avec du thym dans les oreilles, des fleurs dans les trous de nez, du laurier sur la tête.

    Sitôt les présentations effectuées, chaque chef ou ancien responsable de nation, ou plutôt chaque malade (enfin chaque patient,) ou plutôt chaque déboussolé (à noter qu’ils sont tous client, tous ayant remis le montant de leur inscription entre les mains de madame Lagarde, la poule aux yeux durs, en vue de partager le pot de la fraternité en fin de la thérapie)… bon, je ne sais plus où j’en suis mais je m’en fous, j’embraye sur ce concept d’une fraternité qui nous tient tant à cœur pour vous assurer qu’au bout d’une demi-heure, eh bien je vous jure on en est encore loin, nom de dieu, de la fraternité.

    Pour l’instant, à propos de je ne sais quoi, Jintao, soudain furieux, a mimé à coups de poing, sur un sac d’entraînement prévu à cet effet, la leçon dont il allait gratifier Sarko, cette girouette a-t-il dit, si ce crétin osait encore lui faire un bras d’honneur. Et quand Sarko, coq rougeoyant de fureur, tremblant de rage devant le magma défoncé qui simulait sa tronche, a pris Berlusco à témoin de l’agression, ni une ni deux, le rital a foncé. Foncé dans le mur, comme à son habitude, et plus exactement dans le mur du Kremlin : un Vladimir de béton s’est dressé devant lui et le cavaliere, désarçonné, a basculé dans un égout au sein duquel, au sourire mercantile d’une Venus Solari de bazard, se mêlaient paranoïa, mégalomanie et appels au secours. Il a ensuite bavé d’humiliation dans le giron d’une mère Thatcher qui s’empressa de pousser son pion, entendez par là qu’elle en profita, oubliant sa rigidité de bonne femme de fer, envoyant valser ses principes et voyant se préciser, du moins dans sa cervelle d’oiseau, une délicate partie de cul, pour laisser s’égarer sa main du côté de la virilité de sua eminenza. George Walker Bush d’avoir alors un mouvement de répulsion qui dut déplaire tant à Jose Luis qu’à Nicolas car ce dernier, soutenu par ce premier, de sortir à ce Mickey que si les américains étaient parvenus à un tel degré de ridicule aux yeux du monde entier c’est qu’ils avaient préféré humilier du négro plutôt que tuer le père comme nous l’avions fait, nous autres coqs (et paf, dans les gencives chinoises), avec ce malheureux Louis XVI qui pourtant avait envoyé Lafayette pour aider l’oncle Sam dans la guerre qu’il menait contre les anglais, ces putains de sournois ! Alors ne venez pas nous donner des leçons, et toi Olmert tu ferais mieux de la boucler, sinon c’est l’ONU qui débarque avec, pour tes potes et toi-même, une taule héliportée, etc, etc, et Buster pendant ce temps de tout noter dans son carnet…

    A la fin, si ça chougnait encore après que tout avait été dit, ou plutôt craché, et même éjaculé, si les déboussolés continuaient de baver dans les girons des dames en pamoison, et pareillement les meufs sur la poitrine des quelques mâles demeurés opérationnels, la haine trop longtemps refoulée était retombée en même temps que s’épuisaient les énergies négatives déployées par chacun pour enculer son voisin, défendre ses idées fausses, ses visions de travers, son moi bancal et son os.

    Chacun, plus ou moins titubant, regagna enfin son bercail, certains rentrèrent même chez les autres et y passèrent la nuit pendant que Buster, en compagnie de Christine, évaluait les bénéfices de l’opération.

    La seule chose qui me chagrine, maintenant que la séance est achevée, que la paix va régner dans le monde et que l’humain va pouvoir conquérir les cœurs les plus endurcis, c’est la gueule de Buster. Parce que Christine Lagarde, c’est pas que je la trouve moche, ou trop vieille, ou trop rèche, mais si je me place dans l’optique de Buster, y’a pas photo, j’aurais préféré Rama Yade.

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02 décembre 2008

Terre d'asile, phare de la liberté

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    Accueil, liberté, allons zenfants, tout ça on le sait, on est le plus beau pays du monde, et le plus intelligent et le plus  généreux, celui qui a répandu la lumière. En plus, on est le pays de Napoléon, lequel a porté nos valeurs à travers toute l’Europe, celui aussi du général de Gaulle, qui a repoussé la chienlit, celui maintenant de Nicolas Sarkozy, plus nerveux que costaud, d’accord, mais qui ne s’en laissera pas conter, vous pouvez m’en croire. Pas étonnant, donc, que nous soyons la nation la plus appréciée du monde, et la plus visitée. Même les Chinois n’en croient pas leurs yeux lorsqu’ils débarquent le 15 août pour prendre la Tour Eiffel au flash, et sans parler des basanés qui viennent goûter le foie gras et déguster nos meilleurs crus.

    Moi, vous me direz, dans ma Bourgogne, et qui plus est dans ma Puisaye que personne ne sait où elle est, des touristes et des migrateurs j’en vois pas beaucoup. Même en été, à part des parisiens et quelques égarés tombés de Montargis ou de Nevers, éventuellement de Troyes, c’est pas vraiment la foule. En tout cas, et ça je vous le garantis, les bridés, les enturbannés et les noirs, on n’en croise pas bézef. Pas de mosquées, pas d’autels zen, pas non plus de synagogues. Juste quelques églises dont un grand nombre ne tiennent debout que dans la mesure où leurs portes restent fermées à double tour en raison du manque de curés. Des mécréants, qu’on est.

    N’empêche, on a résisté aux Huns, on a résisté aux Aryens, on résiste à tout.

    Ceci dit, ce qui me hérisse le poil par rapport à ce que l’ai appris à l’école (la liberté, l’égalité et tout ça), c’est de voir aujourd’hui du gendarme corse, martiniquais ou je ne sais quoi, même des femmes qu’ils embauchent, s’embusquer à la croisées de nos chemins de manière à faire du chiffre. Parce que celui qui ne fait pas son quota, rétrogradé qu’il est dans la hiérarchie ; redescendu à la base. Alors c’est à celui qui tiendra les jumelles, à celui qui maniera le périscope depuis l’arrière du tas de foin, et toi tu sors en reculant de chez des amis ruelle de la mare, à Sauilly, un hameau qu’on le trouve pas sur les cartes, alors la fameuse ruelle, vous pouvez toujours la chercher (tout ça pour dire que c’est pas sur les grands boulevards qu’il y a pas un chat), eh bien tu te vois d’un seul encerclé, et la ceinture, où elle est la ceinture ? et là ils te demandent même pas de souffler dans le ballon, ils te fouillent même pas à corps comme c’est le règlement, qu’ils ont dit dans le poste : ils ont leur quota, le reste ils s’en foutent, et toi tu t’écopes 90 euros et  on te retire trois points.

    Mais le pire, à ce qu’on m’a dit, c’est la fouille des gamines, au collège, en pleine leçon d’instruction civique, avec chiens policiers renifleurs, à cause d’élèves qui se défonceraient au krak, c’est des conneries bien sûr, nos filles elles sont comme nous, elles préfèrent la gnôle — comme les flics d’ailleurs, mais les flics sont si cons qu’ils y croient, et les voilà qui envahissent la classe, qui tiennent la maîtresse en respect, le chien pendant ce temps reniflant les cartables, les trousses, les plumiers et même les culottes des drôlesses, bon, je pousserai pas plus loin tellement ça me fait horreur de revoir aujourd’hui les miliciens et les flics de Pétain qui embarquent le quidam, qui te le foutent à poil et qui lui fouillent la raie avant de lui foutre perpète.

    Hortefeux ou un nom comme ça, qu’il s’appelle, le metteur en scène du scandale. Ou alors c’est la Mam. En tout cas ces deux-là, qu’ils viennent pas nous emmerder à l’école de Sauilly. Parce que là où nos gars et nos filles ils s’instruisent, c’est pas bien loin de la fosse !

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01 décembre 2008

Ouverture des festivités en Bourgogne profonde

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    Difficile de me remettre à flot ce premier lundi matin de décembre. Grisaille, crachin, bouillasse, désespérance des cieux. De  ma fenêtre, au-delà des branches dénudées de mon érable, je vois quatre ouvriers en vert fluo hisser sur une nacelle autotractée le décor féerique des prochaines réjouissances. Deux coups de marteau et paf, terminé ! Il faut vous dire que ces gars-là ne sont pas des manchots : voilà huit ans que je fréquente ce lieu, huit ans que je les vois fixer la même guirlande au même poteau, puis effectuer le même boulot sur le support suivant, l’un conduisant le véhicule, les deux autres hissant la chose et la fixant, un quatrième se chargeant de dévier le tracteur qui passerait par là.
    La chose mise en place est étrange. Constituée de deux éléments à deux doigts de s’emboîter, elle représente à mon avis tant la fécondation que la fécondité, un sexe en pénétrant un autre tandis qu’une étoile, jaillissant au-dessus, s’en va avertir les rois mages de l’arrivée de Jésus.
    Facile à comprendre, même pour un être humain atteint de dysmorphie mentale, l’image en effet allant vous percuter le fondement de l’âme sans qu’il soit nécessaire d’en expliquer le pourquoi.
    Les deux éléments sur le point de s’emboîter, donc, l’un s’offrant par le bas, l’autre s’amenant au-dessus… — inutile de vous faire un dessin — ça sent bon sa campagne, ça renifle l’élan du poilu en direction de la gueuse. Mais là où le design se révèle dans toute sa puissance, c’est que l’élément bas, faisant songer tant à une paire de ciseaux qu’à un phallus agrémenté de ses prunes, peut aussi suggérer l’organe reproducteur de la gent féminine, les deux reines-claudes devenant alors la paire d’ovaire, et les contours du radis suggérant les conduits par où s’introduit le nectar.
    La semence cependant, dans notre cas de figure, pénètrerait plutôt, éjectée de l’élément supérieur, par l’entonnoir que forment les deux trompes ou, si vous préférez l‘autre interprétation, les branches à peine ouvertes des ciseaux.
    Ou alors, l’allégorie serait purement masculine : l’élément bas (la paire de ciseaux) représenterait le dard et ses bijoux, le cône incurvé jaillissant d’entre les boules pour projeter au-dessus du monde, d’un vent qu’on imagine puissant, l’étoile de Bethléem.
    La mère Bidouillard, qui vient en passant d’apercevoir la chose — Mon Dieu, pense-t-elle ! — se retourne une dernière fois pour la considérer. Doux Jésus ! murmure-t-elle, s’éloignant avec son cabas et son chien.

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17 novembre 2008

L'exilé

absence   

photo Pasmonkov

    La vie est parfois difficile, semée d’embûches avec, à gauche, à droite et partout, une masse de travaux qui attendent qu’on les fasse, du moins qu’on les démarre et ensuite on verra. Ainsi les WC du rez-de-chaussée, chez moi, à gauche une fois passé l’entrée, et qui devraient être finis depuis longtemps. Voici neuf ans que j’ai acheté la maison et que j’ai commencé à la remettre en état, quatre ans que nous l’habitons, mon épouse Marie, nos deux chats, notre chien Gédéon et moi-même, Buster, dans des conditions de confort inégalées en cette campagne où les vaches, plus nombreuses que les habitants, vous regardent passer en ruminant, avec quatre manières de nous chauffer : des stères et des stères de bois refendu et coupé à cinquante, des bouteilles de butane en veux-tu en voilà, du pétrole pour le nouveau poêle, de l’électricité d’origine nucléaire qu’il y a pas même à la stocker, suffit d’appuyer sur le bouton et hop c’est parti pour la semaine. En plus de ça un écran plat à gauche de la cheminée, une cuisine américaine avec appareils encastrés par votre serviteur — un sacré bricoleur ce Buster ! Faut dire qu’il a pas mal bossé au noir dans la remise à neuf d’appartements bourgeois du temps qu’il était à Paris et sans le sou mais démerde, même qu’une fois il a aménagé un loft dans une ancienne fabrique de joints à Ivry, mais pas de joints à fumer, faut quand même pas rêver, non, de joints à empêcher l’huile de vous pisser sur les godasses. Sept mètres sous plafond alors échafaudage, et comme c’était insuffisant l’escabeau par là-dessus, plus une rallonge au pinceau, un festival inouï, qu’est-ce qu’on a rigolé ! Qu’on a rigolé après coup, bien entendu, parce que sur le moment, vous comprenez, avec le rouleau d’une main et le pot de peinture de l’autre, c’était pour le moins rock’n’roll ! Enfin il y a rien eu de cassé à part une déchirure au pantalon quand il s’est agi de le redescendre afin que Buster atteignît la retraite sans bobo et profitât de sa formation de rénovateur pour aménager son terrier — faudra que vous voyiez ça !

    Autre tentative de rénovation, différente de celle-ci puisqu’il ne s’agissait pas de remettre en état une masure sur le point de s’effondrer mais de renflouer un rafiot qui menaçait de couler… Tentative de remise à flot, donc, d’un parti qui a toujours défendu les petits et les humbles face aux gros qui voulaient les faire taire mais pas de pot, avec trois prétendants au poste de barreur, ça a roulé, tangué, menacé de couler sous l’œil goguenard de notre président, de ses financiers et de ses serviteurs.

    Mais tout ça (les gros, Sarko, la finance, la remise à plat suivie de l’examen des matériaux de rénovation) m’amène à me poser une question que personne n’a soulevée, pas même les journalistes au micro de France Inter : dans la cacophonie du congrès de Reims, alors que Bertrand remballait ses écrits et quittait la mêlée, que faisaient les troupes fraîches qu’on savait en réserve ? Où diable étaient-ils passés, les bataillons de l’avant présidentielle, et notamment celui qu’un chef anciennement favori, sans pour autant abandonner son poste, aurait pu commander à distance ?

    Qu’attendaient-ils pour entrer en lice et balancer leurs arguments, nom de dieu, les partisans de l'exilé, les canonniers de DSK ?

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31 octobre 2008

Dossiers en vrac, string égaré… — faire comme si

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J-J  Royo - demin jarete

    Comme qui dirait la tête dans le cul, ce matin, la cervelle en jachère, les idées embrouillées… Mais pas le moment de se laisser aller, ça crie famine un peu partout dans ce monde en perdition, et ce n’est paraît-il qu’un début. En tant que responsable international, décideur financier de haut vol égaré par malheur dans les dessous affriolants du Fonds Monétaire International, tenter de me remettre à flot. Et commencer par se rajuster, par se donner une un coup de peigne vite fait et recouvrer sa prestance, effacer ce sourire qui ferait mauvais effet aux yeux du tribunal.

    Tout d’abord, s’excuser .
    « Mes humbles excuses au qu’en-dira-t-on, aux média, à mes employeurs et à vous qui me jugez, me condamnant sans m’avoir entendu. »
    Aussitôt, s’expliquer.
« Si j’ai mis dans le mille, c’est que j’ai mal apprécié les conséquences de mon acte, et que j’ai mal visé. Mais ce n’est pas ma faute, il faisait nuit, la lumière s’est éteinte au moment où je perdais un bouton et alors c’est sorti, et comme de juste elle était là, devant moi, agenouillée déjà pour me venir en aide et ça n’a pas loupé, ce fut plus fort que moi, plus fort que nous, un coup de folie dans l’effondrement général de la finance mondiale et la dégringolade boursière, on s’est retrouvé à poil comme un couple de banquiers et vous savez ce que c’est… ben oui… on a plus été que des humains confrontés au désir d’en finir, des animaux en perdition sur un bureau couvert de dossiers en vrac, dossiers dégringolés partout mais ne vous inquiétez pas, on a tout nettoyé, on a tout rangé, j’ai retrouvé mon bouton et elle l’a recousu, ensuite on est rentré chez nous chacun de son côté, et ce n’est tout de même pas ma faute si elle a oublié son string, un foutu string qui m’a rendu cinglé dans les mouvements sociaux, la panique générale, les coffres vides et pareillement mes bourses, putain, si vous saviez combien je regrette… — enfin … merci, merci Monsieur le sous-directeur, merci Madame pipi, merci, oui, merci de votre magnanimité, Yahveh et Allahou akbar, tout mon amour à mon épouse de ne pas m’avoir laissé tomber dans ce moment aussi plais… euh, aussi gênant que dramatique, vraiment, vous ne pouvez pas savoir comme on s’aime elle et moi, s’aime comme au premier jours et maintenant revenons à la foufoun… — euh, pardon, revenons à nos moutons, au seul moyens que nous ayons, en ces heures dramatiques où tout nous choit sur le cigare, de retrouver un semblant de dignité. »

    Et maintenant, retour aux dossiers du jour.
    La tête, le cœur, le cul…
    10 heures 46, déjà ! Je ne vais jamais y arriver…
    10 heures 47. La m… !
    Et si j’allais voir mon courrier ?

    Bisous… invitation à lever le coude… des fraises, du sucre… Héléna qui se prend pour Sartre et  me propose un truc… Mû qui me demande à quel os… chouette, cette Mû… et Balthazar qui en rajoute avec La Quotidienne… et mainteneant Maca’dame, une nouvelle, avec un nom à grimper aux arbres , à coucher dehors avec les bonobos, et une de plus, une ! à ne surtout pas laisser s’enfuir alors excusez-moi je vous abandonne, on vient de sonner à la porte, faut que je file…

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27 octobre 2008

Paris (France), du baume au cœur

sdf_livre_photo : l'ameretlamour

    Vous l’avez deviné, je ne suis pas parti pour Paris en vélorail, ni même en vélo électrique. Je m’y suis rendu en R 21 Névada, avec de bons amis à moi, et ce n’est pas moi qui conduisais étant donné que la voiture n’était pas mienne et que je n’ai plus que trois points en réserve pour à la maréchaussée.

    Donc, déplacement véloce, moelleux et silencieux sur le ruban de l’autoroute A6, vision panoramique de lignes à haute tension aux abords de la capitale, Airbus et Boeing dans les airs, radars à double visée sur le terre-plein central, mais pas de problème, en conservant un profil bas on passe inaperçu. 110 km/h, puis 90, puis 70, et descente majestueuse sous le regard bienveillant de Notre-Dame des Autoroutes, dernière courbe dans le passage souterrain, nickel, revoici le jour et revoici la pluie, mais la pluie on s’en fout, on a le ventre plein et quelques doublezons en poche. Ce qu’on remarque, en revanche, là où l’autoroute vient se fondre dans le périphérique, c’est un triangle d’herbe sale incliné vers le rail de sécurité, une sorte camping d’une vingtaine de tentes semblables, inclinées toutes vers un trafic automobile qui ne s’interrompt jamais, même qu’on se demande comment ils font pour dormir et pas devenir cinglés, les touristes qui les occupent.

    En réalité, il ne s’agit pas de vacanciers étrangers ni même provinciaux, mais de gens comme vous et moi — enfin, pas tout à fait comme vous vu qu’ils n’ont pas su se démerder aussi bien que vous dans la vie, qu’ils ont perdu leur boulot, leur conjoint, leurs mômes et leur honneur, et qu’ils s’accrochent à présent au goulot de la bouteille pour tenter de se réchauffer, être prêts à rebondir dès que ça ira mieux. Alors dans cette perspective, on ne peut que remercier messieurs Sarkozy, Delanoë et consorts d’avoir mis à leur disposition ce triangle de verdure, de leur avoir en plus permis d’y dresser les tentes mises gratuitement à leur disposition par la municipalité parisienne, la nation toute entière et les enfants de don Quichotte, et de leur garder un couvert aux restaurants du cœur, symbole de la solidarité des plus riches à l’égard des plus pauvres. Mais ces quelques tentes, vitrine de la bienfaisance française, ne sont encore rien : il y a paraît-il, entre Saint-Denis et la gare du Nord, dans un tel enchevêtrement de rails qu’on ne sait plus où on va, tout un village de tentes en dur, enfin en tôles, où séjournent incognito des familles en attente du rebond qui s’annonce du côté de la Défense, dans les reflets de l’infini sur les façades de verre.

    Mais les asociaux véritables, ceux u’il est impossible de ne pas remarquer, s’exposent quant à eux sur les trottoirs de Montparnasse, là où la foule d’un perpétuel dimanche laisse échapper des profits qui, croyez-moi, ne rebondissent pas longtemps sur l’asphalte merdeux, ni ne se perdent pour tout le monde.

    En tout cas, ce qui me parut le plus intéressant, le plus révélateur de la solidarité nationale, c’est le nombre grandissant de gens assis sur le trottoir, le nombre de mains tendues, la tolérance du flic à l’égard des détresses provisoires. Alors merci monsieur le Président, merci monsieur le Maire, et merci consorts. De voir en effet, à l’inverse de ce qui se passe en Afrique, ces gens qui ne meurent pas de faim, ça m’a mis comme du baume au cœur.

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24 octobre 2008

Fermer le livre , cirer ses pompes et changer de chaussettes

velorail Hélas, je vais momentanément refermer le livre de la virtualité, quitter mon Internet, mon Mac, le cercle chaleureux de ma lampe de bureau et ma tasse de café, ainsi que mon chien, mes deux chats et ma femme, et vous aussi bien sûr, ô mes amis, pour deux jours et demi. Départ à midi pour la capitale, ses feux, ses flics  et l’assemblée générale de Remue.net, association d’écrivains à dont je suis membre depuis quelques mois. Dans ma campagne bourguignonne et profonde, malgré que je vous retrouve chaque jour avec un immense plaisir et que votre cercle lentement s’agrandisse, je me sens un peu seul, quelque peu isolé — ce qui ne me change guère vu que j’ai toujours vécu en marge mais tout de même, le besoin de voir du monde se fait ressentir depuis peu, ainsi que celui de participer à des conversations, d’entrechoquer des verres,, de serrer des paluches.

    Dans quel état serai-je après ma bordée dans ce Paris quitté voici plus de quatre ans ? Egaré sans doute, halluciné, peut-être calciné par de trop nombreux contacts, en un mot burn out, comme disait je ne sais quel technocrate à  propos de je ne sais qui, peut-être DSK ou la mère Lagarde pour les raisons qu’on sait, mais enrichi, ça je vous le promets, du bouillonnement psychique induit par le choc des cultures — entendez l’opposition entre un pavé nettoyé journellement par des équipes de techniciens de surface et une terre herbeuse livrée aux seuls caprices du vent, aux bottes des laboureurs, aux feuilles mortes, au ruissellement des pluies… Je ne sais pas ce qui sortira, de tout cela mais, quand bien même aurai-je pété un câble dans l’aventure, carbonisé une partie de mes synapses et déchiré mon pantalon en descendant trop rapidement du train, je vous raconterai. Juré !
    Je dois encore préparer mes affaires, noter sur mon calepin des numéros de téléphone, trouver des chaussettes propres et me faire beau, parce que je ne voudrais pas ressembler  à un dessin de Reiser en débarquant parmi les foules urbaines, là-bas, gare de Lyon, alors à lundi

    Oh, un rayon de soleil dans le feuillage de l’érable !

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04 octobre 2008

Au docteur

infirmiere    Frères et sœurs humains(es), laissez-moi vous dire comment ça s’est passé.

    D’abord, j’ai frappé à la porte et on m’a dit Entrez. Alors je suis entré, j’ai refermé la porte derrière moi, et une agréable jeune femme (canon, je vous jure, bien droite sur ses talons avec du répondant devant, du répondant derrière et tout, en plus avec un air sérieux à vous faire péter tous vos câbles et un sourire que je vous raconte pas, d’ailleurs il faudra que je la signale aux flics parce qu’avec le docteur, je me demande si par hasard, vous comprenez, bon, il y aurait pas du louche, enfin des choses, quoi, qui se passeraient entre eux dans l’arrière cabinet pendant que c’est la sécu qui paye et les patients qu’attendent), me dit de la suivre et je la suis, me dit d’enlever ma chemise et me voilà topless devant elle, la garce, qui me dit de me mettre en selle et qui m’asperge d’un espèce de truc froid avec une bombe qu’elle tient délicatement entre des doigts agiles à vous faire rougir de concupiscence que j’en avais la tête qui tournait, et la voici qui m’applique des ventouses sur le froid qu’elle m’a pulvérisé dessus, dessous et partout, et qui me branche sur un écran d’ordinateur que ça commence à dessiner des courbes en dents de scie, et qui me quitte, la garce, en me disant que le docteur va venir.

    Je suis donc en selle sur une espèce de vélo sans roues mais avec un tableau de bord à affichage digital et aiguille de vitesse sur un guidon sans feins, sans sonnette ni rien, et voici le docteur qui arrive et me dit Bonjour comment ça va, Très bien docteur je lui réponds, et il s’asseoit à son bureau en face de moi devant un autre ordinateur et me dit de pédaler, et moi de commencer à pédaler de manière à monter l’aiguille sur le 60, et de continuer à pédaler pour qu’elle reste sur 60, dix bonnes minutes comme ça à l’horizontale puis ça se corse, les pédales deviennent dures, comme si je montais une côte avec l’aiguille toujours sur le soixante sinon tout est à refaire, alors je m’acharne dix minutes, et voici que la côte s’accentue et que le soixante c’est pas de la tarte à tenir, et me voici en danseuse pour surtout rester à ce putain de 60 et pas démériter, et je démérite pas, je vous jure, malgré le vent qui me siffle aux oreilles et la sueur qui m’aveugle, et le docteur qui me regarde, et sa secrétaire dans le bureau d’à côté qui s’en fiche…

    Enfin tout va bien, c’est le docteur qui l’a dit en me prenant ma tension. Il m’a dit aussi de ne plus prendre que deux pilules au lieu de cinq, c’est toujours ça de gagné, et quand je suis sorti la secrétaire tapait sur son ordinateur, elle m’a souri en continuant de pianoter, j’ai refermé la porte derrière moi et vous savez sur qui je suis tombé ? Sur Séraphin Lampion, l’agent immobilier qui m’a vendu ma maison, et qui est bien content d’être aujourd’hui en retraite parce qu’avec l’effondrement des banques…
    Mais c’est une autre histoire, on verra ça lundi, si je tiens jusque là.

    Signé Buster, déclaré bon pour le service.
    photo X

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21 août 2008

… sans oublier les oiseaux d'Europe

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    Car les oiseaux n’ont pas de frontières, et mon propos s’adresse également à tous les oiseaux d’Europe. Le Sarko en effet, ce rapace aux appétits plus vastes que ses pouvoirs d’abordage, de préhension et d’ingestion de la proie, se prend à présent pour le souverain de tout un continent, en attendant sans doute de devenir l’empereur du monde, comme en a rêvé précédemment le Mégalo Dingo mis en scène ici même. Et déjà, quelques uns de ses pions pris dans une embuscade à l’autre bout du monde, le voici parti à tire d’ailes sur les lieux du massacre, istoire de motiver ses troupes, puis revenu dare-dare s’inquiéter de récession — entendez de croissance nulle, pour ne pas dire négative.

    Donc, rien ne va comme le voudrait ce faucon du pouvoir d’achat. La lutte qu’il a paraît-il engagée contre le paupérisme grandissant des petites gens comme vous et moi s’avère donc des plus périlleuses, et le voici intérieurement ébouriffé, qui cherche en sa cervelle de communicateur de quoi rassurer l’électeur, sans pour autant se rendre ridicule…

    Mais qu’il commence par se rassurer lui-même, ce piaffant piaf, et qu’il regarde les titres des journaux, et qu’il admire la photo qui s’étale à la une de nos grands quotidiens : celle du noyau dur de ses serviteurs arborant le sourire éclatant de qui  vient d’ajourner ses vacances pour un Conseil de crise.

    Celui de l’oiselle en charge des deniers publics et de l’économie nationale était en particulier des plus rayonnants, des plus lumineux, des plus communicatifs. Car cette chic échassière, digne héritière du précédent coucou auquel le grand chambardement électoral lui a permis de succéder, et qui tablait voici quelques mois sur une croissance de deux pour cent au moins, a dû revoir ses prévisions à la baisse, c’est-à-dire les ramener à zéro en priant le ciel de ne pas sombrer dans les abysses. Mais pas question d’avouer une telle angoisse, non plus qu’un tel manque de clairvoyance, et le sourire de façade, imprimé au burin sur le fronton du temple sarkozien, est sensé rassurer le peuple des oiseaux, en un mot vous et moi, comme chacun sait incapables de rien comprendre, mais sensible à la grâce d’un rictus. Un peu de grain lancé à la volée pour la rentrée des classes et le tour est joué, on passe à autre chose, à la Géorgie par exemple, puisque la Birmanie et le Tibet sont passés à la trappe, ou mieux encore à notre moisson de médailles aux jeux olympiques de la grandeur humaine.

    Donc, pas de frontières entre nous, oiseaux d’Europe. Pour nous aucune frontières non plus entre l’Europe et le reste du monde, ce qui signifie que les cieux nous appartiennent, que nos pensées et nos rêves n’ont que faire des barrières, barbelés et enceintes derrière lesquels se réfugient les volatiles de l’enfer, aussi respectables qu’alourdies de décorations — entendez aussi puantes et prétentieuses que le vautour d’Arizona.

    Alors cette question, cette interrogation déposée à vos pieds, merles chanteurs, barbicans bidentés et cigognes d’Abadim : Pourquoi, tous ensemble, ne pas battre des ailes, ne pas nous élever conjointement dans l’azur, ne pas exécuter les uns derrière les autres une série de piqués pour un lâcher chirurgical de fiente sur les tanières de ceux qui veulent nous mettre en cage, nous formater pour le boulot, nous réduire à de tristes gosiers attendant la becquée ?

    Quittez vos nids, frères et sœurs, emplissez-vous le ventre et prenez votre envol, et tous unis pour leur ch… dessus, à ces seigneurs qui nous gouvernent, à ces princes de la mauvaise foi !

Posté par curiosofurioso1 à 11:57 - Fantaisies - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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