04 octobre 2009
Tout est en ordre, rien ne va.
.... Chassons ce qui attriste, ignorons la grisaille de ce premier dimanche d’octobre, oublions le OUI irlandais à l’Europe des banquiers, à l’Europe de la crise, à cette Europe qu’ils avaient rejetée voici moins de deux ans, lucides qu’ils étaient alors. Et détournons les yeux du feuillage d’un érable qui tarde à s’enluminer de ses couleurs d’automne.
... Pas une voiture dans la rue, pas un bruit, pas un chat. Pour avoir trop chanté au soleil de l’été en allé, le monde s’est résigné à sombrer, pour cette journée sans éclat, dans un demi-sommeil aphone qui finirait par m’endormir. Après avoir hier, chez moi, manié tant le furet que la scie pour déboucher un important tuyau d’évacuation, avoir fini par réussir et avoir tout avoir remis en place, j’ai entrepris ce matin le ramonage de ma cheminée. Mission accomplie. Tout est en ordre et la grange, débarrassée de ce qui l’encombrait, n’attend que le bois de chauffage promis pour cette semaine.
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.... Tout est en ordre et rien ne va… qu’est-ce que j’peux
faire ?… j’sais pas quoi faire… j’ai plus d’envies… c’est pas une vie…
boire de l’eau de vie… ou du whisky… tiens, du whisky, c’est une idée… mais pas
tout seul. Or je suis seul car Emmanuel, mon ami hollandais aux impeccables
tulipes — j’ai évoqué au début de ce blog leur touchant garde-à-vous devant
l’immaculée pelouse s’étendant à ses pieds —, de plus grand buveur devant l'Eternel, a brutalement pété les câbles. Hémorragie cérébrale ont
déterminé ses médecins, et il a rendu l’âme avant que personne ait pu réaliser qu'il n'était plus de ce monde,
si bien que les hirondelles qu’il redoutait, avant de partir vers le sud le
temps de passer les mauvais jours vont pouvoir, en toute impunité, à la fin
d’une parabole aussi bruyante que vive, puis d’un piqué osé suivi d’un
redressement joyeux qui les projettera loin de l’ire hollandaise, fumer de
leurs fientes en rafale ses floraisons bulbeuses.
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.... Et si j’allais faire un tour au jardin ?
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30 septembre 2009
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Il aurait eu quarante ans aujourd'hui…
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26 septembre 2009
Destin
Nous allons, depuis le jour de notre naissance, comme sur les berges d’un fleuve dont les reflets nous font parfois cligner des yeux, perdre nos compagnons et nous égarer, mais dont les ombres nous rapprochent, nous poussent à nous donner la main et marcher en silence. Nous partageons alors le ciel de nos pensées, les horizons de nos chimères. Et les méandres que nous suivons, les gués que nous franchissons, les esquifs que nous empruntons pour franchir le courant nous mènent immanquablement là où nous devions aller, là où nous ne pouvions qu’aller tant est puissant le cours de notre destin.
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Pourquoi un texte aussi peu optimiste que celui-ci, de la part d'un militant de l'espoir ? Je n'en sais fichtre rien, j'ai perdu ma boussole, je navigue au hasard.
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13 septembre 2009
Dans le fracas des choses
Dans ce rêve camarguais, rêve prolongé par le glissement, le cabrement et l’inclinaison d’un voilier dans un cercle d’alpages, rêve se poursuivant dans le déhanchement des chemins du retour, eh bien dans ce rêve je demeure. Et ne parviens à m’en extraire.
Envie de repos, de magie, de silence devant ces impressions qui défilent et perdurent ; envie que seule ramène à la réalité la chute d’une pomme dans l’herbe d’un jardin, ou le crissement d’une feuille ; que l’inutile trop longtemps rejeté reprenne le dessus, que règnent sur la terre les chevaux et les voiles, la lumière, le clapotis des eaux, l’indicible bonheur de l’étirement du corps…
Mais voici le courrier, le téléphone la radio qui appellent au fatras, aux urgences, à cette agitation qui nous paraît, croyons-nous avec modestie, la condition de notre destin de démiurges.
Ouvrir alors le Mac, y pianoter un texte, y renoncer, y revenir…
S’allonger pour une sieste, fermer les yeux, frôler la paix mais le voir apparaître soudain, lui qui n’est plus, lui qui s’en est allé et ne reviendra pas, s’en est allé sans même un au revoir… S’en est allé si loin des chevaux et des voiles, si loin du soleil et du vent lancé sur sa moto, si loin de cette beauté de la vie et des choses que me viendraient des larmes.
Je ne comprends pas, ne comprends toujours pas, n'accepte toujours pas. Me voici vide à mon tour, qui crispe les mâchoires et les poings pour fuir le chagrin qui me ronge, combler le vide par le brouillon des choses. Et me voici cloué devant des tâches dont je me demande de quelle manière je vais m’y prendre pour les mener à bien dans cet épuisement de l’âme.
Me voici à présent face à mon impuissance.
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11 septembre 2009
Dans le rêve des chevaux
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15 heures, paysage de Camargue, les chevaux au repos. Tous
semblables ou presque, comme peuvent l’être les horizons de ce pays d’ailleurs.
Vent léger agitant les roseaux, caressant les crinières,
vous enveloppant de la chaleur des rizières et des champs, des parfums du vivant .
Puis le choc d’un sabot et vous ouvrez un œil sur l’œil d’un Pegalou qui vous
fixe de sous sa crinière, paraissant vous sourire. Et c’est tout. Rien ne se
passe. Les roseaux s’inclinent devant une coulée de sable, l’après-midi
s’envole avec un échassier.
Le soleil s’est figé, temps a cessé d’être, la perfection
s’atteint.
Mais de cela, de cette sieste en les limbes, vous n’avez nulle conscience. A peine réalisez-vous que vous êtes accoudé à une barre de
bois qui fut autrefois blanche, à quelques centimètres d’un cheval à la peau
douce et chaude. Son museau vous effleure. L’œil fixé sur le vent, sur
l’ailleurs, sur un crottin que vous voyez à peine, vous partagez son
souffle.
Le temps s’écoule au loin, hors d’atteinte. Aucun son ne bouscule votre surface étale, aucun mouvement ne rompra le silence des brindilles.
Lorsque rentrent enfin les cavaliers partis pour la promenade, le monde reprend sa course. Mais c’est à peine si vous réalisez que vous étiez ailleurs, que vous venez de traverser les heures dans le rêve de chevaux au repos dont l’un, soudain, se redresse et s’ébroue.
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02 juillet 2009
Epuisé, Buster. N'en peut plus.
Et Mimi pareil. Patauge dans la choucroute, le gars.
Alors tous deux ferment boutique pour deux mois.
Deux petits mois, histoire d'aller prendre les eaux à l'étang du Bourdon,
si le soleil n'a pas tout pompé.
En attendant la rentrée
la bise à toutes et à tous,
c'est-à-dire aux uns, aux unes et aux autres.
20 juin 2009
Buster
Au fond, le bordel de sa vie, à Buster, n’est pas aussi catastrophique qu’on pourrait le songer. Du moins pas aussi systémique que les conneries d’un monde dans lequel chacun patauge. Simplement, notre Buster a lâché un instant le fil qui le reliait à lui-même, c’est à dire à ce qu’il fut à l’aube de sa jeunesse : un demi-dieu auquel rien n’allait résister, et dont l’imagination, la clairvoyance et l’idéal allaient illuminer la confrérie de ses semblables.
Car Buster, s’il se veut aujourd’hui un être ayant conquis sa liberté, se revendique l’égal des autres (avec bien entendu la foi en une même égalité des autres non seulement entre eux mais aussi avec lui). Nous n’en sommes pas encore là, hélas, et Buster, pour atteindre de ce paradis ne serait-ce que le seuil, se déclare prêt à confier au souffle de l’avenir les innombrables semences dont il protégea les promesses contre tsunamis et vents glacés durant l’hiver de son adolescence. Si cet hiver en effet se prolongea au-delà du raisonnable, si le froid lui fut intolérable, et révoltante à ses yeux l’indifférence des filles, il assume aujourd’hui son destin, en ressent de la fierté.
En effet, après une longue période de gestation de soi, durant laquelle il prit à diverses reprises ses rêves pour la réalité, il a fini par ébranler les murs de sa prison intime, par crever les parois de la chrysalide en laquelle l’avait enfermé une inadéquation tragique entre son monde à lui, nourricier, généreux, luxuriant, et l’univers de malades en lequel on voulait qu’il se tînt. Mais basta ! Hier, en réunion de son parti, réunion au cours de laquelle il fut question d’écologie, d’aspirations des peuples et de fraternité entre les hommes, il dut sans le savoir se transporter dans le monde chaud de son enfance. De cette réunion en tout cas il ressortit vif et joyeux. Les restes de sa chrysalide, de même les gravats de son passé, avaient totalement disparu. Le monde lui ouvrait les bras. Les graines qu’il avaient conservées dans ses poings allaient bientôt germer.
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17 juin 2009
Buster, le naufrage
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On annonce son retour dans la blogosphère, on effectue un premier pas… et le lendemain patatras, il faut aller chercher des tracts au diable vauvert puis accueillir un frère mince et barbu qu’on n’a pas vu depuis deux ans. On profite alors de la pluie pour s’accorder trois jours à échanger, fraterniser devant des cerises et se raconter deux vie — plutôt deux tentatives parallèles en vue d’un incertain bonheur —, puis on s’octroie une quatrième journée, et revoici le soleil. On s’étire alors devant sa porte-fenêtre pour découvrir son jardin envahi d’herbes et de limaces, ses laitues naufragées qui vous renvoient le jardinier à son désordre intime, une véritable barcasse… — nom de Dieu ! Buster a maintenant le cerveau comme de la béchamel et la pensée en vrille — largué, le zèbre ! Comprend plus rien à rien, patauge dans les arcanes de facebook où viennent de l’inviter Sylvaine et quelques autres, l’avoue honteusement à Sylvaine, laquelle Sylvaine, adorable, aimante, lui fait parvenir le mode d’emploi mais que dalle, comprend de moins en moins, et voici que Firefox commence à lui jouer des tours, bloque, débloque, déménage avant de tomber en javelle. De quoi s’arracher les cheveux tandis que Sylvaine, cette photographe internationale, cette artiste, qui connaît un tas de gens tandis que lui très peu, très peu d’amis Buster dans ce foutu facebook, et Sylvaine qui vous torche avec son Haselblad des photos qu’à les voir on tomberait à genoux alors que lui la tête en perdition, qui ne sait rien faire qu’inventer des conneries et foncer tête baissée, et maintenant KO, qui contemple sur son bureau le bordel de sa vie…
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11 juin 2009
Buster, le retour
Frères et sœurs délaissés (mais nullement oubliés), me revoici. Pas tout à fait fringant, ni au plus haut de ma forme, mais à peu près vertical, encore qu’épuisé par trois semaines d’une campagne électorale intense. Quelque peu titubant, donc.
Le résultat ? Pas si mauvais qu’il y paraît puisque le Front de Gauche a fait un score non négligeable et obtenu 5 sièges. Si le NPA, devancé de 1,5%, avait daigné se joindre à lui, la synergie produite aurait sans doute mené la gauche de la gauche au niveau du PS et des Verts. Aucune rancœur cependant, ni d’un côté ni de l’autre, et chacun de souhaiter une union durable pour les prochaines échéances.
Il faut vous dire que nous, gens de gauche, vivons sous le signe de l’espoir.
Et des rêves inachevés, en plus des fantasmes qui nous visitent.
A propos de fantasmes, l’un des miens s’est réalisé de manière fortuite : celui d’un dénommé Buster prophète mis en scène dans un ancien billet, et qui pour l’occasion s’adressait à un groupe de décideurs obèses, angoissés à l’idée de perdre leur pognon. Si je me souviens bien, il leur affirmait que l’amour du prochain, soutenu par une vie saine…
Mais revenons à nos moutons.
Poussé par la seule espérance de ramener au Front de Gauche un maximum de voix, j’ai demandé une voiture, une sono, un micro et, moi qui n’avais jamais parlé en public, l’autorisation de porter à travers la campagne une parole puissante. J’ai eu tout cela, avec en prime une liberté totale.
Carte blanche.
Alors pour m’exprimer, je me suis exprimé. A travers tout le département, et en direct, à visage découvert.
J’avais au début des petits papiers que je déclamais au micro, puis que je modifiais selon les circonstances, puis que je liais ou que je fractionnais. Mais petit à petit j’improvisais, qi bien que je me suis vite élevé au-dessus de ma condition de mortel.
Bien sûr, j’ai subi quelques agressions verbales, un bourgeois fou furieux a même voulu arracher les haut-parleurs crachant la vérité, une hystérique m’a dit d’aller me faire voir du côté de Tien An Men, un flic municipal bourré comme une mule a voulu saisir la voiture avant de m’ordonner de me casser, mais c’est tout. Rien de bien méchant, mais les montées d’adrénaline que j’ai ressenties à chaque fois ont réveillé Buster, si bien que ce n’est plus vraiment moi qui parlais au micro devant la gare d’Auxerre, par un soleil magnifique et dans un vent d’électrons, et que ce n’était plus moi que les gens écoutaient mais bien celui qui venait de s’éveiller, mon rôle à moi se réduisant à surveiller le bougre qui risquait, emporté par l’ivresse des harangues et le désir d’en rajouter, et d’en rajouter à la pelle, à chaque instant de péter un fusible.
Il n’a pas disjoncté durant ces trois semaines , notre cher Buster, ni pété le moindre câble. Simplement, lorsqu’il rentrait le soir après s’être égosillé durant quelques heures, avoir collé une vingtaine d’affiches et défendu son honneur, sa peau et celle du peuple, il n’avait plus de voix.
Aphone qu'il était, le bougre. Et ce n'était plus du Bergerac qu'il portait à ses lèvre, mais un sirop sans sucre, une vraie dégueulasserie.
29 mai 2009
Faut le pendre !
Les jours se suivent et se ressemblent, ou ne se ressemblent pas, se bousculent, chavirent les uns par-dessus les autres.
Hier, journée de militantisme et de promotion du Front de Gauche dans un petit bled, Sergines, à quelques kilomètres de Sens. Des rues étroites et désertes, la sono qui raisonnait sur les façades, une tête apparaissant de temps à autre, une impression de surréalisme. Puis un dialogue avec un monsieur de 93 ans , un homme alerte, intelligent, qui me parut illuminer ce début de matinée. Puis Sens, et là une journée de grisaille et de crachin, l’impression de perdre son temps, à part à la sortie d’un lycée où je dus improviser un speech à l’intention des jeunes, dont plusieurs vinrent discuter et nous souhaiter bonne chance.
Et aujourd’hui, Auxerre (40 000 habitants), itinéraire déterminé à la va-vite, sur un coin de bureau.
D’abord le marché.
Nous voici donc à la croisée des routes, des camelots à gauche, la rue du Temple devant nous, et allons-y pour le micro, et allons-y pour la distribution de tracts, et allons-y pour le dialogue avec les gens qui passent. Soleil, petit vent agréable, rien que du bon enfant, des sourires, des clins d’œil. Puis nous levons les voiles sur le coup de midi et nous nous transportons au centre de la ville, place Cadet-Roussel.
Inutile de rapporter la suite, ce fut comme au marché, avec en plus cette impression de parler de manière plus puissantes, l’architecture amplifiant les sons. Inutile pareillement de rapporter la suite de cette suite, ni la suite qui suivit.
Juste ce souvenir, place Cadet-Roussel…
Un jeune homme, qui vient de jeter un coup d’œil au tract que vient de lui tendre un copain, s’approche de la voiture sono et me dit :
— Sarko, c’est pas la peine de lui donner un carton rouge.
— Ah bon, et que… ?
— Faut le pendre, c’est tout.
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