08 septembre 2008
Roule, roule train du malheur
Nous ne voulons pas connaître la vérité, nous autres Français, hérauts des Droits de l’Homme. Et les Américains, pourront-ils un jour cesser d’oublier ce qui les dérange ? Et les autres, les Chinois, les Russes, les Espagnols, les Chiliens, le pourront-ils aussi ? Et les Turcs, même chose ?… En gros, parviendrons-nous un jour à écrire noir sur blanc une Histoire humaine qui ne sera pas falsifiée, pourrons-nous transmettre à nos enfants des vérités qui ne seront pas brouillés par les secrets défense et les secrets de famille, par les silences gênés et les regards de biais ?
Tant que nous mettrons à notre tête des Poutine, des Bush & C°, ainsi que de tristes imitations de Napoléon, du Duce, de Franco et consorts, il y a peu de chance que nous y parvenions. Trop d’intérêts en jeu, trop de pognon sous la table et pas suffisamment de gaz. Alors poker menteur, tout le monde dans la barcasse à la dérive, tout le monde dans le train du malheur.
Mais imaginons, imaginons un instant, frères et sœurs, que nous portions au pouvoir, nous autres peuples de la terre, des hommes droits, des hommes intègres, des hommes désintéressés… Imaginons que ces représentants élus se réunissent alors en notre nom, prennent place au milieu des coussins que nous aurons disposés pour eux, comme pour une thérapie de groupe, et que chacun commence à formuler ce qui ne va pas chez lui, et pourquoi il a du mal à supporter son voisin ou son vis à vis, et pourquoi il laisse échapper des larmes, et pourquoi il se met en rogne, et pourquoi ils brandit son coussin, l’abat avec un hurlement sur le coussin voisin…
Imaginons qu’ils tombent le masque chacun à leur tour, qu’ils vomissent les névroses de leur peuple… Enfin que le plus jeune ou le plus âgé, ou le plus coincé de tous, celui qui jusqu’alors s’est tu, on le prenne dans ses bras, qu’on l’aide à s’extraire de son mutisme et de sa geôle, qu’on l’invite à rire, à pleurer, à rejoindre le groupe dans ce qui au bout du compte sera un “ Hymne à la joie“,non plus une cacophonie…
Eh bien, au début de la séance, ce serait d’abord un beau bordel. Pensez : des cris, des vociférations, des injures, des larmes — madre mia !… Et puis… et puis un premier éclat de rire, un second, et la terre toute entière de revivre et de se réjouir.
Les peuples ne sont pas différents des individus qui les forment. Leur venue au monde est souvent difficile, ils ont le plus grand mal à accoucher d’eux-mêmes.
Alors si on méprise l’un d’entre eux, si on le rejette ou si on l’ignore, si on refuse d’avoir avec lui une confrontation qui soit autre chose que guerrière ou politiquement correcte… eh bien roule, roule, train du malheur. Conduis-nous dans la plaine assombrie !…
06 septembre 2008
Une carte postale toujours d'actualité

En réponse au dernier commentaire de Lidia
Il n’est pas sûr, chère Lidia, que nous n’osions regarder les atrocités de nos anciens ennemis. Les exactions guerrières, d’où qu’elles proviennent, sont certes pénibles à évoquer, mais celles d’autrui, qui ne nous concernent qu’en tant que témoins, victimes ou juges, et non en tant qu’acteurs (nous nous situons du “bon côté“ de la barrière séparant le bien du mal), devraient au contraire nous permettre d’affirmer, en l’occurrence au sujet,des nazis : ces gens-là n’étaient que des brutes — entre parenthèses nous sommes des gens civilisés, nous — et de nous contempler avec satisfaction.
Or, toujours dans le cas des nazis, leurs principales exactions ont été étalées sur la place publique dès la libération et la découverte des camps. Ensuite, jusqu’au procès Eichmann, s’est établi une forme de sommeil de la conscience, lequel a volé en éclat à la sortie de “Shoah“, le film de Jacques Lanzmann. Ce jour-là, nombre de citoyens d’Europe ont pris en pleine figure la réalité de ce qui s’était réellement passé. Et puis la faculté d’indignation est retombée durant quelques années, jusqu’au soixantième anniversaire de la libération d’Auschwitz, occasion pour nombre de chaînes de télévision, assoiffées d’audimat, d’aller un peu plus loin que précédemment dans la révélation de faits qui ne peuvent que révolter.
C’est à l’évocation d’Oradour par je ne sais plus quelle chaîne que j’ai réalisé, dans mon âme et ma chair que nous ne voulions pas, nous autres Français, savoir ce qui s’était réellement passé.
Je te raconte…
La veille du massacre programmée, réunion à Limoges de gradés de la division das Reich et de représentants de la Milice. Le lendemain, à quelques heures d’investir Oradour, nouvelle entrevue, cette fois à St Junien, distant de quelques kilomètres de la cible, entre ces mêmes nazis et ces mêmes miliciens, ou leurs clones.
C’était un samedi ensoleillé du joli mois de juin, dans la vallée de la Glane. Quelques heures plus tard ne restait rien du village ni de ces habitants. Rien que des pans de murs, des voitures calcinées et plus de six cent quarante cadavres.
Que s’était-il tramé à Limoges et à St Junien entre Waffen S.S. et “patriotes“ Français ? La question ne fut jamais posée, du moins en public.
Alors, plutôt que la vérité qui nous contraindrait à nous remettre en question, ne préférons-nous pas regarder ailleurs ? Sinon, pourquoi n’avons-nous pas exigé l’extradition de Heinz Barth ?
Mais j’oubliais : il y eut en France, durant l’occupation, beaucoup plus de suppôts de l’hitlérisme et de collaborateurs que de résistants…
P.S. : Heinz Barth n’en était pas à son coup d’essai ; il avait également sévi à Lidice, en Tchécoslovaquie, un 10 juin, deux ans exactement avant Oradour. Et la même façon de procéder : mitraillette, lance flammes, les survivants jetés au fond des puits.
04 septembre 2008
Sapiens devant sa tombe, hilare…
Un sapiens obsolète, un Sapiens parvenu, à la faveur de batailles épuisantes menées pour des parcelles de terre et la grandeur de ses dieux sans pitié, à un niveau d’incompétence le plus élevé qui soit.
Il a tué des milliers de baleines et de buffles, et il continue avec une opiniâtreté qui n’a d’égal que le volume grandissant de sa panse.
Il a détruit l’équilibre de la planète, et il poursuit les bidouillages qui ne feront que l’aggraver.
Et le plus drôle est qu’il se trouve maintenant devant sa propre tombe avec son accordéon et, pointée sur sa tempe, son arme de “dissuasion“.
Mais avant de poursuivre, frères et sœur (et je le dis avec des larmes dans les yeux), cette petite incursion vers un haut lieu de la civilisation.
Seigneurs et dignitaires d’un côté, de l'autre un monde sans importance, un matériel humain que l’on ne maintenait en vie que pour alimenter la machine à broyer, étendre l'espace vital, emplir la corne d'abondance réservée aux Aryens. Le dément et le grotesque, l'effroyable et l'absurde avaient pris la relève de l'insouciance d’antan, toute forme de douceur s’était vue balayée par les ordres. Le quotidien véhiculait désormais des monceaux de cadavres que bennaient sous nos yeux des véhicules grondant, fumant, éructant, écrasant sans pitié quiconque tardait à reculer. Des clowns en tenues de bagnards se précipitaient alors, se glissaient sous les roues, se faufilaient sous les châssis, extrayaient un à un d’un enchevêtrement de jambes et de bras, de mamelles et de fesses, de griffes et de chicots, les corps qu’ils tiraient par un bras ou un pied, chargeaient sur leurs épaules pour aussitôt détaler sous les coups, zigzaguer sous le poids, tituber sous la charge, s’abattre dans la fange. Se précisait alors, sous la forme d'une tenue rutilante à la verticale de deux bottes, la fin des misères du guignol : la balle l'atteignait à la nuque, son corps basculait en avant tandis que ça braillait des schnell, des Schwein, des schneller heraus, des Juden-fils-de-putes, que ça hurlait l’injure dans le sifflement des schlagues, dans le choc de la crosse en travers de la gueule pendant que les détonations se répondaient et que les survivants hallucinés, futurs cadavres et le sachant, tentant seulement de demeurer de ce monde quelques instants de plus, disparaissaient en colonies de zombies derrière les rideaux de suie, en ressortaient pantelants, déchargés de leurs fardeaux pour cavaler et se précipiter vers de nouvelles putréfactions, encaisser l’inédit, souffrir l'éreintement planifié dans le déchargement et le transbordement de leurs frères délivrés de cette merde mais si lourds, si lourds, et dont les officiers S.S., en des alignements de bâtons, notaient le nombre grandissant dans des carnets qu’ils remettraient le soir aux archivistes de l’enfer.
03 septembre 2008
Gaffe au Sapiens nouveau, il arrive
Lorsque je dis : nous qui sommes l’aboutissement de millénaires de tueries et de fêtes, je nous regroupe en une seule humanité. Une humanité bien vivante, avec son histoire et ses histoires, ses différentes cultures aujourd’hui regroupées en une seule — en gros un corps aux éléments indissociables. Tout comme, lorsque j’évoque madame B, je ne fais pas de différence entre ses yeux et ses mains, ses pieds, son esprit, son nombril et le reste. Elle est un tout organisé et cohérent, dans une certaine mesure respectable. Nous pouvons discuter avec elle, et l’amour, la haine ou le mépris que nous lui vouerons en finale, et qu’elle nous portera pareillement de son côté, n’importe pas ici.
Si nous pouvons admirer sa silhouette et sa coupe de cheveux, si nous pouvons lui mater le fond de l’œil, nous lancer dans l’examen approfondi de sa psyché, c’est que madame B, en tant qu’individu, est étrangère aux galopins que nous sommes de notre côté. Elle n’a rien de commun avec moi, ni avec toi, ni avec lui. Nos ADN ne sont pas en tout point semblables.
En ce qui concerne l’humanité, considérée comme entité, notre point de vue ne peut être le même. Nés des ébats de générations successives, bringuebalés quelque temps dans une foule de semblables avant d’être portés en terre par des processions assombries, physiquement, intellectuellement et spirituellement nous sommes les cellules de son vaste corps. Le critiquer, démonter ses rouages et ses ressorts reviendra donc à s’autocritiquer, à se démonter soi-même pour son plus grand malheur — ou son plus grand profit, c’est à voir.
…
Allons bon, je ne sais plus où j’en suis… Ou plutôt si, je sais, mais l’horizon à parcourir est à ce point immense que la tête va me tourner — déjà que le clocher de mon village disparaît sous la pluie…
…
Me revoici.
Questions : qu’y a-t-il de commun entre le président Nicolas Sarkozy et moi-même, Buster ? Qu’y a-t-il le moindre lien entre le Tsar Poutinovitch-l’Impitoyable et Mamadou Koko, nègre africain de la brousse et mangeur de sauterelles ?
Y eut-il un jour le moindre trait commun entre Cro-magnon, notre père à tous, et son voisin Néanderthal, son cousin disparu ?
A part le fait qu’ils aient tous deux possédé des outils contondants et enterrés leurs morts, non, vraiment, je ne vois pas. Et sorti du fait que le Tsar et Koko soient venus tous deux au monde dans le plus simple appareil, qu’ils respirent au cours de leur vie une même quantité du même mélange gazeux, je ne vois pas non plus.
Aveuglement ?
Du côté Poutine et Sarko, sans le moindre doute. Ceux-là s’ingénient à augmenter le nombre de leurs petits soldats alors que le monde entier désire la paix, mesurent les profits engrangés dans le ratissage du monde pendant que le monde s’achemine vers la disette, histoire de se rassurer se frottent aux muscles de leurs gorilles, mesurent l’admiration de leurs peuples dans les yeux des poupées qu’ils mènent à leurs bras de palais en palais.
Eh bien je le dis, moi, Buster, et je le dis soutenu par Koko : les Poutine, les Hu Jintao et les Kim Jong IL, les Lagardère, les LVMH, les BHL et Bokassa de haute modernité ne sont que des Sapiens (des Sapiens Sapiens si cela peut les réconfortés), c’est-à-dire les équivalents du Néanderthal des cavernes.
Et nous, dans ce cas, qui sommes-nous ? Et Koko ?
Eh bien nous tous et Koko, héritiers prochainement d’un Sapiens obsolète, d’un has been vieillissant qui ne déjà ne tient plus que par un fil d’araignée en haut du cocotier d’où il a cru dominer le monde et le mettre à sa botte, nous sommes en devenir.
02 septembre 2008
HYMNE A LA JOIE
Pablo Picasso - Guernica
Alors que l’été continue de nous sourire, que le jus de la pêche, de la tomate et de la vigne ruisselle sur les mentons de nos enfants, qu’entendons-nous à nos frontières, que voyons-nous à deux pas de chez nous? Nous percevons des fracas de blindés, des hurlements de chevaux et de jeunes filles traquées dans les fumées de l’invasion, et l’on rapporte que des bandes armées, avec la bénédiction des soudards de Poutine et de leur commandement en chef, sévissent en Ossétie, incendient les maisons géorgiennes, violent, massacrent, pillent, à l’image des Einsatzgruppen de la guerre précédente, qui œuvraient quant à eux en Ukraine, et s’en prenaient aux sous-individus qu’étaient les Juifs de cette glorieuse époque
.
Deux millions de morts ont fait ces salopards, comblant de leurs exploits les charniers du nazisme.
Les nazis ont vécu, et nous les oublierions avec plaisir si leurs émules, clones et avatars ne refaisaient surface à intervalles de plus en plus rapprochés, comme au Vietnam et en Algérie voici quelques décennies, comme au Rwanda plus récemment, et comme en Bosnie, comme au Tchad, comme aujourd’hui sur la Mer Noire. Poutine et son homme de paille auraient-ils pour objectif d’annexer cette région, ce qui permettrait à leur nouvel empire de copiner avec les Turcs ? Il est permis de le supposer, car le gars Poutine, qui a brillé dans les arcanes du KGB, est loin d’être le rustre que fut feu son prédécesseur. Rasé de frais, propre sur lui et sobre, tel nous apparaît-il au balcon du Kremlin…
Seulement, sous son aspect impeccable, ce gentil petit Tsar nous cache des appétits de fauve. Si Busch se prend pour Number One, Sarko pour un des deux Napoléon et Berlusco pour miss Monde, lui, Poutine, se rêve au moins l’égal de Gengis Kahn. Et vous allez voir, il va se rapprocher de Pékin, profiter des hésitations de l’Europe pour recevoir Atatürk en grande pompe, pousser délicatement ses pions dans le capharnaüm où se débattent démocraties et ongs occidentales.
Misère, misère, misère !… Je n’ai pas suivi l’enseignement des écoles, je n’ai pas l’ombre des diplômes d’une Elise Overt-Baratte qui, elle, a fait Sciences Po, mais je me dis que quelque chose ne tourne pas rond dans le concert des nations. J’y perçois même des couacs, et je redoute que l’Hymne à la Joie ne se transforme sous peu en cris de femmes et hurlement de chevaux.
Car nous voici, à mon humble avis, dans les arrière-cuisines d’une vision planétaire de notre humanité, autant dire à deux doigts de la fosse. Fosse d’orchestre, fosse commune ou fosse à ordure ? Qu’importe, là n’est pas le sujet.
Le sujet est le suivant, frères et sœurs attentifs : de quelle manière nous en tirer, nous et notre descendance ?
De quelle manière, nous qui sommes l’aboutissement de millénaires de tueries et de fêtes, de saillies éhontées suivies de génuflexions devant le beau, de retrait prudents succédant à de magnifiques envolées, demeurer sur l’échelle qui nous conduit à Dieu — ou, pour ceux qui refusent de croire, nous mène à notre épanouissement ?
C’est ce que nous verrons demain, mes chers pénitents. Il est bientôt midi, les fourchettes nous attendent. Refermez vos cahiers, rangez vos affaires et mettez-vous en rang. Je vous souhaite un bel après-midi.
01 septembre 2008
Silence, Buster se met à son ouvrage
Antoni Tapies - lithographie
Après notre promenade à motocyclette sur les routes solognotes, puis la visite à madame Elise Ovart-Baratte, retrouvons Buster en son bureau.
Il vient d’affûter un crayon qu’il mordille pour mieux se concentrer, prétend-il, en réalité pour la raison obscure que sa libido buccale, assez mal assumée bien qu’il soit, depuis le temps du sein qui se refusait à sa soif, et cela malgré qu’il hurlât dans le noir et dévorât les draps de son berceau, devenu une personne adulte, responsable en toutes choses, continue de lui squatter la cafetière. Seulement voilà, la cafetière de Buster s’est totalement vidée à son insu, et le crayon va y passer avant que la moindre idée n’ait volé à son secours. Et il a beau fourrer la mère O-Baratte dans le troupeau des pénitents qui le suivent depuis des temps immémoriaux, il a beau s’acharner à lui trouver un air sournois et une tronche de bourgeoise avec préciosités autour du cou, l’affubler de tous les défauts dont s’enorgueillit cette engeance qu’il voue aux gémonies, et de fil en aiguille grogner contre Sarko et sa destruction programmée des idéaux de la république, rien n’y fait. Il repose la moitié de crayon non encore ingérée, peste contre la mauvaise lune, jette sur le capharnaüm de son bureau un regard dégoûté. Repoussant sa chaise, il se rend alors dans la pièce voisine, de là dans son jardin.
Les limaces ont encore sévi dans mes choux, constate-t-il avec dépit, mais qu’importe. Il cueille une première tomate cerise, la porte à sa bouche et la croque, sent le délice lui ruisseler dans le gosier alors qu’il en cueille une seconde. Et lui revient à l’esprit ce qui s’en était échappé dans l’absorption du Bergerac, la veille ou l’avant-veille, il ne sait plus au juste : le moyen d’enrayer la désagrégation de la nation, et dans le même temps la seule manière qui s’offre à lui de redresser sa cabane à outils dézinguée par les ans : des cordes, un treuil dans l’axe de la porte… et le tour est joué. Et comme pas de treuil, utiliser la Golf et une poulie. Bite et couteau, donc, mais le principal n’est déjà plus dans la cabane, le principal est dans le triste état de notre société, pareillement vermoulue, menaçant elle aussi de passer sous peu aux abonnés absents.
Buster ramasse deux/trois tomates cerises, revient à son bureau, retrouve son moignon de crayon, le flanque à la poubelle, ouvre et allume son Mac.
Là, frères et sœurs, ne dérangeons Buster sous aucun prétexte : il est sur le point de vous pondre un de ces textes — je ne vous en dis pas plus… Retirons-nous en direction de ses tomates cerises, auxquelles nous nous garderons bien sûr de toucher, et attendons qu’il ait refait surface…
Attendons que le ruissellement des jus, par l’alchimie mentale et le miracle créateur, se soit mué sous son doigt qui déjà n’hésite plus en best seller mondial.
29 août 2008
Vingt dieux !…
Hervé Suchet - sans titre
Aucune place pour Buster dans la partie de pocker qui mène le monde à la déconfiture ? Buster agit en conséquence : il apporte une chaise trouvée dans les surplus de la consommation de masse, lui rafistole un pied avant de grimper dessus et de considérer la société occidentale.
Plus d’autre but que le fric, plus d’autre objectif que le 4X4, avec la télé pour unique ouverture sur le monde ; en plus de ça du CO2 partout, et partout des bagarres, et partout des gueulantes — ou, pire, des inepties proférés d’une voix mielleuse par les élus de la république… Vingt Dieux ! Buster alors de s’emporter, puis de se reprendre, de se gratter l’occiput, de se décider et de mettre le turbo.
Plus jamais ne boira ni ne se roulera de pétards, Buster. Ni ne tentera de s’enrichir au détriment de son frère, ni ne trompera sa sœur, ni ne jouera des coudes pour se placer en tête à l’ouverture des magasins, le jour du démarrage des soldes. Ni tiercé ni loto désormais, droiture et ascétisme ! Ne parvenir à ses fins que par le jeu conjugué de ses membres et de sa tête c’est-à-dire, pour parler vrai et se faire entendre du public le plus large possible, y compris le public ouvrier abandonné par la Culture, avec sa bite et son couteau. “Bite et Couteau“, d'ailleurs, ces simples mots ne vont-il spas devenir la devise des opposants à la technocratie ? Le nœud prolétarien contre le nœud de cravate, la lame exprimant de son côté la puissance de l'esprit, ainsi que sa finesse… Ne qualifie-t-on pas certains arguments de tranchants, et le couteau, simultanément arme de défense et d'attaque, outil de saignée et ustensile de guerre, ne traduit-il pas le génie de notre espèce ?… Mais trêve de plaisanteries ! Si on ne réagit pas dans les années à venir les pôles n’auront plus de calotte, ce sera la canicule universelle avec les conséquences qu’on sait sur les personnes âgées, ainsi que sur les nourrissons laissés dans les voitures pendant qu’on fait les courses.
Or, comment cesser de répandre des gaz alors qu’on a besoin de cuisiner, que brûler du pétrole rapporte des montagnes de fric, et que sans fric pas de prospérité, pas d’accession à la propriété, aucun espoir de développement économique, la guerre à l’horizon en raison des tensions entre ceux qui auront de quoi et ceux qui n’auront plus grand chose mais qui en voudront toujours plus, les uns se tenant sur leurs gardes pour conserver leurs biens, les autres affûtant leurs poignards pour s’approprier ce qu’ils estimeront leur dû en vertu de la loi du plus fort.
Vingt dieux !
La fin du monde ?
Que nenni ! Buster de descendre de sa chaise, de squatter un bureau, d’y entreprendre à la lumière d’acquis intellectuels et plumitifs affinés de longue date, la rédaction d’un ouvrage capital tant pour l’individu que pour la sociétés.
28 août 2008
Le combat pour le Moi - première esquisse
Je le clame haut et fort, moi, Cornillon-Vaurien : depuis la découverte de l’atome, depuis l’apparition des puces et des souris dans la gestion des multinationales, dans l’administration des Postes et finalement dans sa salle à manger (et jusque dans son lit), Sapiens est passé de l’état de conquérant de l’univers à celui de ganache aveugle, sourdingue impotente et schizo parano — comme si Hiroshima, en plus de lui avoir meurtri les portugaises et cabossé le mental, lui avait brûlé le nerf optique. Il faut dire que le dernier conflit mondial, qui à vu se transformer en un affrontement sans merci, en une foire d’empoigne à ne pas croire le concert de nations évoluées qu’on eût cru responsables, donc fraternelles et pacifiques, a marqué les esprits. Ce n’est pas tous les jours en effet que l’on voit des armées de soudards mener leurs rouleaux compresseurs à la surface de continents entiers, défoncer les écoles et les crèches, détruire la civilisation, passer au gaz des populations entières coupables de ce seul crime : ÊTRE.
Au gaz, et aussitôt au feu.
Au feu la vieille, au feu son vieux, au feu ses mômes !… Et au feu les Youtres, au feu les Romanos, et au feu les Polacks, les cocos, les Niaks, les nègres, les bougnoules et consorts !
Puis écrasement des brutes, montée en première ligne des malins et de leurs clones magouilleurs, publicitaires en tête.
Nos annonceurs alors, lors du partage du gâteau, se sont arrangés pour mener Marcel et Suzanne sur le chemin de l’embonpoint. Et que j’invite ces citoyens modèles, à grand renfort de pub, de mélasse mercantile et de musique sirupeuse, à bourrer leurs Caddies et cracher leur oseille pour le plus grand plaisir de leurs moutards, accros désormais à Mickey, Hollywood chewing-gum et Coca… — enfin toutes les grandes marques.
Telle est désormais pour nous autres, frères et sœurs accablés, la norme à laquelle nous devons nous soumettre, ou plutôt que nous devons accueillir avec reconnaissance : l’obéissance. Telle est la race de vainqueurs dont nous faisons partie : le moutons, à la rigueur le veau. Tel est, dans le prolongement de nos pieds sur les tableaux de bord de nos bagnoles en partance pour le large*, notre avenir paradisiaque : l’autoroute et ses flics, ses péages, ses bouchons, ses radars.
Sapiens ainsi, comblé par la disparition de ses tracas, par son 4X4 et par son écran plat, de se couronner Sapiens Sapiens, de s’admirer dans les miroirs de Belzebuth.
Sapiens Sapiens, celui qui non seulement sait, mais n’ignore pas qu’il sait — en un mot celui qui s’érige à la pointe de l’évolution, qui se dresse au sommet de la pyramide d’où l’on domine le monde.**
Et nous voici qui nous vautrons, portés par l’ascenseur de la technologie et la puissance des pubs, maintenus en forme par les crèmes et pilules, et prochainement portés à l’immortalité par la mutation contrôlée de nos gènes, dans les hautes sphères de la cognition… Egaux de la Divinité serions-nous donc devenus, pour parler simplement.
Or, qu’entendons-nous au loin, par delà les couloirs aériens, les fibres optiques et la toile d’araignée qui mettent l’Elysée à la botte de Moscou et de Pékin ?
Nous entendons Buster…
Au fou ! hurle ce moins-que-rien du haut de la forteresse de matelas éventrés, d’armoires en miettes et de pneus éclatés depuis laquelle il a décidé, combattant de l’impossible, de remettre l’humanité… non pas sur les rails puisqu’elle l’est déjà, pour son plus grand malheur… mais sur le chemin buissonnier de la fête — entendez la fête de la liberté, de l’égalité, de la solidarité avec tout ce qui vit sur terre et chante.
Car Buster, dont le carburant exclusif (en plus du Bergerac 12°5) est le combat pour le Moi, c’est-à-dire la destruction d’une personnalité fatalement névrotique au profit exclusif de l’ÊTRE, combat hautement générateur de profits personnels pour qui ne craint pas de plonger dans la douleur de son enfantement personnel pour en rejaillir libre, Buster donc s’épouvante de la dégradation inéluctable du monde, notamment du troupeau de ses semblables adressant leurs sourires aux cameras de surveillance.
Mais le voici, le bougre, qui hésite à l’entrée du Mammouth, qui envoie balader son chariot d’un coup de pied, et qui s’en va vider un verre en regardant ses tomates, un second devant ses choux qui commencent à pommer, un troisième devant le parfait alignement de ses poireaux…
Nous le retrouverons demain, ou après demain, tout dépendra de l’ampleur de sa cuite.
* mes excuses à Lidia.
** ou plutôt le désert qu’il devient.






