29 mai 2009
Faut le pendre !
Les jours se suivent et se ressemblent, ou ne se ressemblent pas, se bousculent, chavirent les uns par-dessus les autres.
Hier, journée de militantisme et de promotion du Front de Gauche dans un petit bled, Sergines, à quelques kilomètres de Sens. Des rues étroites et désertes, la sono qui raisonnait sur les façades, une tête apparaissant de temps à autre, une impression de surréalisme. Puis un dialogue avec un monsieur de 93 ans , un homme alerte, intelligent, qui me parut illuminer ce début de matinée. Puis Sens, et là une journée de grisaille et de crachin, l’impression de perdre son temps, à part à la sortie d’un lycée où je dus improviser un speech à l’intention des jeunes, dont plusieurs vinrent discuter et nous souhaiter bonne chance.
Et aujourd’hui, Auxerre (40 000 habitants), itinéraire déterminé à la va-vite, sur un coin de bureau.
D’abord le marché.
Nous voici donc à la croisée des routes, des camelots à gauche, la rue du Temple devant nous, et allons-y pour le micro, et allons-y pour la distribution de tracts, et allons-y pour le dialogue avec les gens qui passent. Soleil, petit vent agréable, rien que du bon enfant, des sourires, des clins d’œil. Puis nous levons les voiles sur le coup de midi et nous nous transportons au centre de la ville, place Cadet-Roussel.
Inutile de rapporter la suite, ce fut comme au marché, avec en plus cette impression de parler de manière plus puissantes, l’architecture amplifiant les sons. Inutile pareillement de rapporter la suite de cette suite, ni la suite qui suivit.
Juste ce souvenir, place Cadet-Roussel…
Un jeune homme, qui vient de jeter un coup d’œil au tract que vient de lui tendre un copain, s’approche de la voiture sono et me dit :
— Sarko, c’est pas la peine de lui donner un carton rouge.
— Ah bon, et que… ?
— Faut le pendre, c’est tout.
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24 mai 2009
Le dimanche, la lutte continue
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Michel Cornillon le 21 mai 2009
2 rue de Fontenoy
89130 LEUGNY
blog :
chroniquevirgule.canalblog.com
Editions Gallimard
Monsieur Antoine Gallimard
Objet :
mon roman Auschwitz Karnaval
Monsieur,
Comme à leur habitude, voici quelques années, vos services m’ont refusé le manuscrit du roman cité en référence. Il n’entrait pas dans le “cadre de vos collections“.
Soit. Mais lorsque j’ai vu, six mois plus tard, que vous sortiez Les Bienveillantes accompagné d’un redoutable service de presse, mon sang n’a fait qu’un tour. Aussitôt lu le roman de Jonathan Littell, je vous écrivis.
Vous me fîtes répondre téléphoniquement par un de vos collaborateurs, Philippe D. Après avoir tenté de démolir mon travail, cet homme infiniment poli m’a fait comprendre que mon livre était certes jubilatoire, que j’avais un sens aigu du tragique, du comique également mais que… euh… sur le plan de la bienséance, il était… euh… comment dire… euh… politiquement assez peu correct.
Misère, misère, et re-misère ! Je venais de lire, dans le Nouvel Obs, un article de Toni Morrison (prix Nobel de littérature) sur le politiquement correct, justement.
Je ne vous rapporterai pas ce que cette écrivaine pense du sujet, ce serait vous faire injure, vous dire que vous manquez de courage, que les romans que vous publiez font l’objet d’un formatage plus ou moins dicté par vous, plus ou moins accepté par les auteurs eux-mêmes.
Je le reconnais aussi, mon livre invitait à se poser des questions peu plaisantes.
Mais voici que sur la Croisette fut hier présenté un film qui devrait bénéficier d’un beau succès. Il s’agit d’Inglorious Bastards de Quentin Tarentino, réalisateur américain de renom.
Le scénario ? Proche de mon Karnaval, à ceci près qu’il situe l’action dans la France occupée et non dans le camp que dirigea Rudolf Höss, et que son héros se nomme Brad Pitt et non Mordékhaï.
Son sujet ? Le même que celui de mon roman : la vengeance consciente, assumée, brandie tel un étendard.
Son atmosphère ? Comme la mienne, parfois sanglante, hilarante et loufoque à d’autres moments, en un mot dérangeante, donc apte à faire couler de l’encre dans les milieux policés de la critique, donc à titiller le lecteur, comme vous savez si bien le faire.
Alors, monsieur Gallimard, ne voulez-vous vous rendre au cinéma, reprendre ensuite mon Karnaval et juger par vous-même ?
Pour achever de vous convaincre, je pourrais ajouter que mon livre, pour qui sait renifler l’affaire juteuse, est tout à fait dans l’air du temps, qu’il conserve de plus quelques années d’avance
La balle est dans votre camp, le “camp des saints“.
Je vous adresse mes plus cordiales, mes plus respectueuses salutations.
Michel Cornillon,
alias Mimi Vaurien,
écrivain.
P.S.
Sans votre permission, mais avec un immense plaisir, je publie la présente lettre sur Chronique Virgule.
Vous pouvez inviter vos services à visiter ce blog, il ne manque pas de piquant.
21 mai 2009
De mimi le bonheur dans la campagne se niche
Le MoDem de Bayrou, c'est la roue de secours de la droite.
Le PS de Martine Aubry, c'est la roue crevée de la gauche.
Pour tenter de remettre en marche la limousine de la finance et du chacun pour soi, la roue crevée cherche une alliance avec la roue de secours.
© Mimi Vaurien
19 mai 2009
Soleil, averses, douceur du soir, liberté
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Je ne sais si c’est l’ivresse d’une journée de militantisme non-stop, ou bien l ‘air des campagnes traversées, ou bien le Bergerac que je me suis enfilé au retour du tournée, mais vraiment, ce soir, pour moi, ça baigne.
Ça baigne si fort que je vous prends tous dans mes bras,vous mes sœurs, et vous aussi mes frères, et que je vous enlace, et que je vous embrasse, et que je danse avec vous.
Levé ce matin à 7h30, médocs café tartines, brossage des dents, deux gouttes d’eau sur le front, une goutte sur la nuque, et hop ! allumage du Mac. Un slogan deux slogans trois slogans, relecture des slogans de la veille, bidouillage, virer les adjectifs, faire court et direct parce que l’auditoire est en général peu lettré, ensuite tout ça dans ma sacoche, et la sacoche dans le véhicule, à côté du pot de col, des affiches et de la sono. Rouler jusqu’à Joigny, y retrouver Lucien, et allons-y pour le collage d’affiches. On a les mains pleines de colle mais pas grave, il a plu, on se rince dans les flaques et nous voici repartis, et nous voici qui débarquons rue Berner, et justement pile poil devant chez Berner, une usine pas croyable, qui conditionne paraît-il tout ce que lui livrent d’énormes bahuts qui s’en repartent chargés de produits emballés, et aux Berner le pactole. Voiture en face de la sortie, la sono sur le toit, des affiches sur les flans, et v’là votre mimi qui s’empare du micro pour déglinguer aussi bien l’UMP que le MoDem et le PS, sans oublier Besancenot, ce traitre. Et il y va pas de main morte le con, au point qu’un zèbre à tronche de FN lui aurait fait la peau si ses potes ne s’étaient interposés, le frontiste lui faisant alors un bras d’honneur auquel répond un délicieux sourire.
Puis, à l’autre extrémité de la ville, la cité HLM, où habite justement le Frontiste, qui rentre chez lui en rasant les murs.
Et de nouveau le micro, et les fenêtres qui s’ouvrent, les mômes qui surgissent des immeubles, l’atmosphère qui soudain s’emplit de la prose de Mimi mais ce n’est plus de la prose, c’est devenu le bouillonnement d’un peuple tout entier, et l’on voit la bagnole du banquier basculer dans les fraises, le banquier se faire déculotter tandis que ses pairs votent comme un seul homme l’abolition de leurs privilèges.
Et demain à Sens pour toute la journée, avec un bataillon de camarades, et ça repart sur le marché, puis devant des usines, puis devant des HLM, face à la jeune fille accoudée au balcon dans la douceur du soir.
Je me dis que le camarade Mélenchon, il a lui-même connu la même ivresse que Mimi. N’a-t-il pas dit au Zénith, devant six mille militants subjugués : « Militer, c’est être libre » ?
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17 mai 2009
Bons mots et petites phrases
« Quand l’Europe veut, clame Nicolas Sarkozy en première page de son tract, l’Europe peut. »
L’Europe peut, ça ne vaut pas le Yes we can de Barack Obama, Et puis, c’est difficile à prononcer. Mais enfin, pour dissimuler le néant d’un programme, faut avouer, c’est pas mal.
Pourtant, il y a mieux.
Avec le vote utile du parti socialiste, là, amis et camarades, nous atteignons l’apothéose. L’apothéose du néant.
Parce que la plupart des socialistes, qui se sont empâtés depuis Jean Jaurès et Léon Blum, au point de paraître bouffis, voire grotesques, ont tout à cacher de leur enfumage des salariés, des chômeurs et des RMIstes.
Mais, bon, allons-y ! Et puisque l’Europe peut, que l’Europe euh peut, euh… que l’Europepeu, allons-y tous ensemble, et droit dans le mur avec le vote utile, le voti tule, le voteuh peu, le votepeu, le voteu
peuuhhhh !…
Martine Aubry et Nicolas Sarkozy, même combat, même finesse ! Alors laissons la drôlesse et le nanti à leurs recherches de bons mots, de petites phrases et d’entourloupes. Quant à nous, votons pour des gens sérieux, votons pour le Front de Gauche !
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12 mai 2009
Buster : discours aux populations des ZUP, des ZAC et des zones
Frères et sœurs,
amis,
camarades, …bonjour !
Nous sommes des gens comme vous, des travailleurs, des retraités, des chômeurs, des femmes, des hommes, des jeunes, des moins jeunes, qui nous aussi nous débattons dans les difficultés de l’existence.
Nous sommes aussi des militants du Front de Gauche, et nous venons à votre rencontre pour parler avec vous de ce que les grands partis essaient de vous cacher : l’importance des prochaines élections, des élections européennes qui se dérouleront le 7 juin.
Le Front de Gauche est la réunion de plusieurs organisations qui refusent de se laisser enfermer dans un libéralisme destructeur, dans la misère, dans l’ignorance et la régression sociale :
• le Parti communiste Français que Marie Georges Buffet a contribué à réformer,
• le Parti de Gauche que Jean-Luc Mélenchon et quelques autres ont initié à partir de la révolte que leur inspire le parti socialiste et ses compromissions,
• une partie du NPA qui n’a pas accepté qu’Olivier Besancenot se désolidarise de la lutte commune pour faire cavalier seul, et que Christian Piquet a réunie dans la Gauche Unitaire.
• une partie du MRC de jean-Pierre Chevènement
mais aussi des syndicalistes, des libres penseurs, des animateurs d’associations, tous décidés à combattre la politique injuste, anti-sociale et finalement catastrophique de Nicolas Sarközy de Nagy Bocsa, notre glorieux président.
En 2005, à une large majorité, le peuple français a rejeté le projet de constitution européenne. Non que cette majorité, ce jour-là, ait rejeté l’Europe. Mais elle a refusé l’Europe capitaliste et libérale que cette constitution entendait graver dans le marbre.
Peu de temps après, à leur tour, les Hollandais ont dit non à ce même projet.
Ainsi, cette déplorable constitution aurait dû être enterrée à jamais, du moins aurait dû être révisée en accord avec ce que souhaitent les citoyens. Mais les Sarkozy, les Angela Merkel, il cavaliere Berlusconi et autres tenants de l’Europe du pognon, de l’Europe des inégalités et de l’enrichissement de quelques uns, ont réussi à passer outre à la volonté populaire. Niant le vote des Français et des Hollandais, ils ont craché sur la démocratie. Ainsi est né le traité de Lisbonne, réplique du TCE, que les députés de droite et du MoDem ont ratifié à Versailles, avec l’appui de députés socialistes.
Car les socialistes à la Martine Aubry, les socialistes à la Strauss-Kahn, à la François Hollande et autres Jack Lang n’ont plus de socialistes que le nom : ce sont pour la plupart d’anciens élèves de l’E.N.A, des politiciens de métier qui s’accrochent à leurs sièges et à leurs avantages, à leurs limousines de fonction. Ils ont oublié depuis belle lurette leurs origines populaires, ouvrières et laborieuses. Ils ont oublié Jean Jaurès, ils ont oublié Léon Blum, qui pourtant nous offrit les congés payés et la semaine de quarante heures. Ils rejoignent ainsi les chantres de l’UMP, du Medef et de la droite française, comme chacun sait la plus bête du monde.
Cerise sur le gâteau, les Irlandais à leur tour, consultés par référendum, ont rejeté le traité de Lisbonne !
Eh bien les irlandais devront revoter et accepter d’être niés par ce fichu traité. Comme nous autres, ils sont appelés, sous la houlettes de dirigeants qui les enfument et n’ont qu’une trouille : le réveil de la rue, à devenir les dindons d’une farce sinistre.
Sinistre qui tourne au comique depuis le naufrage de la finance capitaliste ! Cela devrait nous réjouir si nous n’étions au passage plumés jusqu’au fond de nos poches : car c’est à nous, aujourd’hui, de renflouer les banques qui ont précipité le monde dans le la crise que l’on sait. Et cela au moyen des deniers publics, c’est-à-dire l’argent de vos impôts augmenté de celui qu’on vous vole en délocalisant vos entreprises, en vous privant de vos emplois, en vous mettant en concurrences avec les plus défavorisés, les plus miséreux des ouvriers bulgares et roumains, accueillis dans cette Europe de riches comme de nouveaux esclaves.
Eh bien le Front de Gauche est décidé à lutter contre cette fausse fatalité.
Le Front de Gauche dit NON à l’Europe du chômage et de la misère sociale.
Le Front de Gauche dit NON à l’Otan et à la guerre qui se prépare en douce.
Le Front de Gauche vous invite à le rejoindre, à grossir ses rangs, à voter le 7 juin pour les candidats qu’il présente, parmi lesquels ceux-ci, placés en tête de liste :
• Hélène Franco, du P.G. Hélème Franco est juge pour enfants, secrétaire générale du syndicat de la magistrature, en lutte contre Rachida et Sarko, leurs fermetures de tribunaux, leur tentative de mise au pas des magistrats, leur protection des dictateurs africains et de leurs acolytes.
• Jacky Dubois, du PCF. Militant CGT, J. Dubois est adjoint au maire de Châlon/Saone, chargé des Services Publics, et conseiller régional de Bourgogne.
• Céline Malaisé, une des fondatrices de la Gauche Unitaire. Elle est enseignante et militante syndicale, attachée à la défense des services publics.
Cela dit, le Front de gauche a besoin de vous, la France qui souffre a besoin de vos voix, l’Europe en perdition attend le vote de chacun d’entre vous.
Ces élections se déroulent à la proportionnelle. Elle n’offrent qu’un seul tour.
Ainsi, chaque voix va compter, aucune d’entre elles ne sera escamotée : vous ne voterez pas en vain, mais pour des hommes et pour des femmes comme vous, décidés à ranimer ces notions que sont la justice, l’égalité, la solidarité entre les hommes qui sont la vraie richesse du monde.
Alors, frères et sœurs, amis, camarades, interrogez-vous :
Etes vous satisfaits de la fermeture de la Reliure Industrielle, des licenciements qui ont lieu chez Fulmen, chez Fruehauf, chez Amora et Paul Renard, etc, ainsi que des difficultés grandissantes que vous et vos enfants rencontrent journellement pour trouver un emploi, gagner sa croûte et vivre décemment ?
Eh bien, avec le Front de Gauche, en envoyant bouler les candidats de l’UMP, du Modem et du PS, en envoyant valser tous ces rapiats, tous ces voleurs et menteurs qui nous inondent de leurs mensonges, en renvoyant l’avocat d’affaires Nicolas Sarkozy à la défense de ses potes milliardaires, dites OUI à une autre Europe, OUI à une Europe démocratique et sociale, OUI à une Europe qui entend vous remettre au centre de ses préoccupations, rendre à chacun de vous le plaisir de vivre qui lui fut volé.
Et sachez que nous ne sommes pas les seul à raisonner de la sorte : les Allemands, les Portugais et bien d’autres, dotés eux aussi d’un Front de Gauche, sont eux aussi résolus à se battre.
Frères et sœurs, amis, camarades, merci de votre attention. Nous vous attendons. Venez rire et gronder avec nous, venez réfléchir avec nous.
07 mai 2009
à toutes et tous
Pardonnez mon absence, mon silence, cette manière que j'ai de me dissimuler pour ne plus voir personne, pour que nul ne devine dans quel état je suis, à l'intérieur de moi.
Je vivais en marge de la réalité, le rapport d'autopsie m'a rappelé à l'ordre.
J'ai réalisé soudain que mon fils était mort.
01 mai 2009
Plus de pain ? Eh bien qu'ils mangent de la brioche !
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Frères et sœurs,
amis,
camarades,
merci.
Merci d’être venus si nombreux. Comme lors des manifestations d’hier, nous sommes une multitude, et nous sommes le peuple.
Le peuple qu’on spolie, le peuple qu’on méprise, le peuple que son président, Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa, se refuse à entendre et continue de regarder de haut, conforté qu’il est dans ses illusions par la cour des Fillon, des Lagarde, des Pinault, des Bolloré, des Botton. De cette racaille dorée qui s’engraisse à nos dépens, qui s’imagine pouvoir nous mener à la baguette, nous faire produire lorsque ses affaires se développent, nous mettre au chômage lorsqu’il s’agit, sous prétexte d’une crise qu’a provoquée sa seule voracité, de sauvegarder l’accroissement de ses bénéfices.
Que lui importe le peuple, à ce ramassis d’argousins, tant que le peuple se contente des reliefs du festin, des ragotons d’une croissance qui est le fruit de son travail avant d’être celui de princes qui n’ont nullement semé ! Que lui importent les besoins des manants que nous sommes, à cette bande qui bientôt s’écrira, comme l’épouse de Capet : « Le peuple n’a pas de pain ? Alors qu’il mange de la brioche ! »
Ah, frères et sœurs, amis, camarades, de cette brioche que se réservent les puissants, nous allons en manger ! Parce que cette boule légère et dorée, qui d’autre que nous en a pétri la pâte ? Eh bien nous allons nous l’approprier, cette succulence, et nous allons la partager. Nous la découperons en portions égales et l’ouvrier aura sa part, et le maître d’école, le soldat et le paysan, et le chercheur et le poète auront eux aussi de quoi se sustenter.
Et même Bolloré en aura, à condition que l’ami Bolloré vienne s’asseoir parmi nous, que le camarade Bolloré, nous rejoignant, distribue les milliards de brioches honteusement entassées dans ses coffres.
Oui, frères et sœurs, amis, camarades, nous sommes un peuple libre, et nous voici à présent qui marchons, solidaires et égaux, vers un avenir à notre portée. Alors disons aux seigneurs et à leurs vassaux :
« Notre table n’est certes pas une table de ripailles, mais vous y êtes invités. Alors, avant de commettre l’irréparable, avant de rameuter vos chiens, vos hallebardiers et vos CRS, avant d’en appeler à vos armées encagoulées, et si votre gloutonnerie vous a laissé un restant de sens commun, réfléchissez, et réfléchissez vite : pour des questions à la fois de bonheur et de survie, notre planète en sursis, ses blés, ses derniers coquelicots et ses peuples, n’ont plus de temps à perdre en de funestes calculs financiers ! »
Serrer les poings
Je pensais en avoir terminé non pas avec le chagrin, mais avec ses débordements imprévisibles. Il n’en est rien. Je me suis rendu lundi au tribunal de Bobigny, où le substitut du procureur, après maints palabres, a bien voulu photocopier à mon intention le rapport d’autopsie.
Raphaël, intérieurement, était infiniment plus atteint que ne le ‘avait laissé supposer l’examen du Samu. Il est mort à son arrivée à l’hôpital. Cela m’a secoué. Les débordements ont repris.
Ne manque plus que le rapport de police, c’est-à-dire la dernière épreuve, du moins je l’espère.
En ce premier mai, je vais défiler en serrant les poings.





